Bondy Blog : L’Allemagne est un modèle pour beaucoup en matière d’écologie politique. Comment expliquez-vous cela ?

Marie-Luise Von Halem : C’est vrai, tout le monde regarde vers l’Allemagne depuis l’étranger lorsqu’il s’agit d’écologie politique. Nous n’en sommes pas vraiment conscients. Nous avons toujours été un petit parti d’opposition. Quand on discute avec des partenaires étrangers, on réalise que ce que nous faisons ici a un certain rayonnement. C’est une motivation importante pour nous.

Par exemple, ici en Brandebourg, nous n’avons pas été représentés au parlement de 1994 à 2009. Quand nous sommes revenus, il y a dix ans, nous avons proposé la sortie du lignite et de son extraction, à l’époque tout le monde riait de nous. Aujourd’hui, tout le monde est conscient que c’est une décision nécessaire.

BB : Quelles sont les idées fortes de votre parti ?

MLVH : Notre noyau dur, c’est évidemment l’écologie et la protection de l’environnement. Protéger la nature, les espèces animales, rendre les choses plus durables pour les générations futures. Cela ne concerne pas seulement les questions de pollution mais aussi celle de la réduction des matières brutes, quelles sont les matières que nous utilisons de nos jours…  Il y a toujours une devise sur nos affiches : cette terre, nos enfants nous l’ont juste prêtée. Très vite, nous avons découvert qu’avec ces sujets-là, nous ne pouvions pas occuper seuls une place importante. Les sujets autour de l’écologie, il faut toujours les lier à l’économie. Si nos propositions ne sont pas viables économiquement, nous ne serons vus que comme des rigolos. Longtemps, les politiques publiques ne se sont pas assez préoccupées des aspects sociaux. Nous essayons de lier tout cela. On a pensé un moment qu’il y avait le SPD pour parler des sujets sociaux, ou Die Linke à l’est. Depuis dix ans, nous avons aussi intégré ceci à notre logiciel.

Si Greta Thungberg s’était mobilisée il y a deux ans, personne ne s’y serait intéressé

BB : Comment expliquez-vous le bon score (20,5%) de votre parti aux dernières élections européennes ?

MLVH : Cela a toujours été une élection où nous sommes particulièrement forts. Mais il y a eu aussi les élections communales auxquelles nous avons obtenu des résultats formidables. Aujourd’hui encore (l’entretien a été réalisé dimanche avant l’annonce des résultats, ndlr), nous allons sans doute doubler notre score, voire plus, dans la région. Depuis un an, nous avons connu un développement qui nous surprend nous-mêmes. Nous nous frottons les yeux quand nous voyons tout cela. Ce que l’on dit sur le changement climatique et l’urgence actuellement, cela fait 20 ans qu’on dit ça. On nous a longtemps ri au nez. Mais depuis un an, ce discours a un écho particulier auprès des électeurs. Nous ne savons pas vraiment pourquoi mais cela nous réjouit. Les médias, les autres partis ont tous donné une grande place au changement climatique depuis peu. Certains disent que c’est dû à Greta Thunberg. Mais je mets ma main à couper que, si Greta Thungberg s’était mobilisée il y a deux ans, personne ne s’y serait intéressé. Elle n’est pas la cause mais juste un symptôme de tout cela. Pour moi, le changement climatique est vraiment arrivé chez nous et les gens le voient. C’est dommage mais les gens ont dû attendre de voir qu’il y a moins de pluie, que nous connaissons des étés historiquement chauds pour réaliser que tout cela est vrai.

BB : Comment vous positionnez-vous par rapport aux autres partis ? Avez-vous l’impression d’être un parti au-dessus des autres ?

MLVH : Oui, c’est un peu ce qu’on nous reproche, de se sentir au-dessus des autres partis. On nous voit comme ceux qui surplombent la mêlée, ceux qui prêchent la bonne parole aux autres partis. Bien sûr, tous les partis ont l’impression qu’ils ont les bonnes solutions à proposer. Nous aussi (rires). Par ailleurs, y a aussi un autre point sur lequel nous nous démarquons, c’est le fait d’intégrer les citoyens. Je remarque toutefois que l’AfD aussi a porté cette volonté récemment. Nous essayons toujours de faire de la place aux autres, d’avoir une bonne entente avec les autres partis pour être efficace et obtenir des résultats. Depuis que l’AfD est au parlement, nous avons fait beaucoup de choses à 4 contre l’AfD (avec la CDU, le SPD et Die Linke). Nous avons fait ensemble des pétitions, des initiatives en laissant l’AfD de côté, à notre droite. J’ai eu l’impression que c’était positif pour nous. Le piège, c’est que les gens n’y voient plus forcément très clair, qu’ils ne fassent plus la distinction entre les partis. Et puis, nous nous interrogeons : si tout le monde est d’accord, quid du débat démocratique ? Il faut que chaque parti affirme ses valeurs et ses caractéristiques.

BB : Où vous situez-vous sur l’échiquier politique ?

MLVH : Les Verts, c’est plutôt un parti qui est au centre-gauche, mais assez proche du centre. Mais la gauche et la droite, ça date de la lutte des classes. Dans la discussion politique, ces sujets continuent à jouer un rôle mais si vous regardez les questions écologiques, le changement climatique, ces marqueurs n’existent plus. En ce qui me concerne, j’ai de plus en plus de mal à donner du sens à ces identités de « gauche » et de « droite ».

BB : Cela est-il possible d’être écolo dans le pays de l’industrie automobile et d’une des économies les plus productives d’Europe ?

MLVH : Si nous voulons que ce monde reste habitable pour les générations à venir, il faut changer un certain nombre de nos habitudes. Notre orientation, ça doit être de restructurer l’économie dans le sens de l’écologie.

BB : On a l’impression qu’en Allemagne, la société et la classe politique partagent de façon plus large qu’en France les convictions écologiques que vous portez ?

MLVH : Pendant longtemps, il n’en a pas été ainsi. D’un coup, nous voyons que les défis écologiques interviennent dans les programmes de tous les partis. Je pense que l’on peut être fier d’avoir su convaincre les autres partis. Ce que l’on porte depuis 20 ans, les autres le partagent aussi. Sur la question de la reconduction à la frontière des réfugiés, nous sommes le parti qui est le plus loin des positions de l’AfD. Nous avons toujours défendu l’intégration réussie des réfugiés, pour empêcher la formation de sociétés parallèles et offrir à ces gens des opportunités. Nous avons vu un certain nombre de personnes qui ne sont pas éligibles au droit d’asile. S’ils ne sont pas en péril dans leur pays d’origine, certains Verts disent qu’il faut les renvoyer chez eux au risque de mettre en péril notre politique d’immigration. Là-dessus, même les Verts assument de parler du sujet de la reconduction à la frontière. Il y a à peine cinq ans, c’était inimaginable de voir un représentant des Grünen parler de cela.

BB : Qui vote pour Die Grünen en Allemagne ?

MLVH : Nous avons beaucoup travaillé pour être en mesure de répondre à ces questions. Nos électeurs sont, pour beaucoup, les habitants des villes, les universitaires, les femmes… C’est à nous d’élargir cela en faisant preuve d’un engagement permanent, notamment en direction des territoires ruraux. Pendant longtemps, on nous a dit « vous n’avez aucune chance de faire des bons scores en Brandebourg. » Et on l’a fait. On a longtemps été vu comme un parti de l’ouest, parce que l’Est n’avait pas connu la révolution de 1968, ce mouvement chez les jeunes générations… Mais c’est quelque chose qui est en train de bouger.

Propos recueillis par Soraya BOUBAYA et Mohamed ERRAMI

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