Gare de Saint-Denis, heure de pointe avant le début du travail pour beaucoup. Les voitures klaxonnent, immobilisées sur la voie d’un tram qui attend le désengorgement des rails pour repartir. Sur le quai, on s’impatiente. Noura sait qu’elle devra jouer des coudes pour arriver à l’heure. « C’est la même galère tous les matins : les trams sont bloqués, les RER retardent à cause des travaux. Les gens sont nerveux, tout le monde sait qu’on va arriver en retard. Le seul moyen de transport fiable en Seine-Saint-Denis, c’est ma paire de basket. »

Pourtant sur le papier, tout semble idéal : une commune irriguée par deux lignes de métro, 17 lignes de bus, et trois stations de RER. Le tramway n’est pas en reste, avec trois lignes traversant de bout en bout la ville du 93. « Il faut voir la tête du tram » ironise Hathem, en désignant du menton le T1, toujours bloqué avant le feu.

Le T1 est carré, moche, il n’y a plus de revêtement sur les sièges.

Le plus vieux tramway d’Île-de-France – premier tracé mis en service en 1992 – doit effectivement faire peau neuve dans les mois à venir. Plusieurs stations doivent être entièrement transformées, de la Gare de Saint-Denis à Bobigny. Des travaux attendus depuis longtemps, qui devraient être livrés en 2023.

Sur les réseaux sociaux, les usagers sont nombreux à partager leur sentiment face à la vétusté du tramway qui traverse la Seine-Saint-Denis, et qui accueille au moins 188 000 voyageurs par jour.

Covid-19 et remplissage des transports 

Cécile Gintrac suit minutieusement le déroulé de ces travaux. Cette professeure de géographie est dionysienne depuis une quinzaine d’années, et relie Paris et la Seine-Saint-Denis par migration pendulaire – aller le matin, et retour au soir. « Je tiens d’abord à saluer ce qui va mieux : les deux ‘nouvelles’ lignes de tram, le T5 et le T8, contribuent à désenclaver les banlieues entre elles, et c’est une bonne chose. En revanche, tout n’est pas rose.”

Rapidement, le problème de la surpopulation de la ligne 13 est évoqué, particulièrement en période de coronavirus. « On dit souvent que c’est le métro de l’enfer, avec 650.000 passagers par jour. Il y a de plus en plus d’entreprises au bord de cette ligne, et les travaux de prolongement du 14 commencent à se faire attendre. C’est la seule solution pour soulager la ligne que tout le monde prend le matin. »

Aux transports bondés s’ajoute le problème de l’accessibilité : nombreuses sont les personnes à renoncer à se rendre à la gare de Saint-Denis, faute d’équipement pour les poussettes et les fauteuils. En 2020, dans la totalité de la région parisienne, seuls 38% des transports en commun peuvent être empruntés par les personnes à mobilité réduite.

Du retard pour les travaux du Grand Paris Express

Alors que les difficultés, les nouveaux chantiers se multiplient à grande vitesse. Cécile Gintrac est également membre du Comité citoyen de vigilance des Jeux Olympiques Paris 2024. « Nous suivons des investissements très lourds, comme celui du Grand Paris Express. Le projet doit livrer quatre lignes de métro automatique. Il y a aussi la construction de la nouvelle gare Pleyel à Saint-Denis . Le point commun entre ces deux chantiers, c’est l’installation des Jeux Olympiques. »

Le département de la Seine-Saint-Denis accueillera plusieurs épreuves des Jeux Olympiques et Paralympiques dès le 26 juillet 2024. « Tout doit être terminé en 2023, et le retard s’accumule. Les travaux risquent de bloquer Saint-Denis pendant quelques mois, sous l’effet de l’empressement. Les infrastructures vieillissantes comme les RER B et D ne doivent pas être mises de côté. » Et d’espérer, une fois l’effervescence passée, que les dyonisiens voient enfin une réelle amélioration dans leurs transports.

Sarah Nedjar

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