Vous avez déjà assisté à un débat Algérie/Maroc dans le hall d’une cité ? Je vous conseille le spectacle, c’est du bel ouvrage! Une joute oratoire d’un très grand niveau entre défenseurs des deux plus grandes puissances de la Terre. Le leader mondial du phosphate contre le premier producteur de dattes Deglet nour. Le combat des titans de l’oued. La Guerre Tiède ! David contre…. David. Les empires roumains. En puissance, le Maroc additionné à l’Algérie c’est la banlieue de Pékin sans électricité. Mais dans un combat de bled entre copains, on est tous les Etats-Unis du sable.

Pendant des heures, les javelots volent entre partisans du royaume alaouite, et les fiers défenseurs du geyser de magnificence qu’est l’Algérie (ah ! Ben c’est clair, moi, j’ai choisi mon camp). A la base c’est du jeune, des petits cons qui ont grandi ensemble et s’apprécient. Mais à un moment dans le groupe, il y a une vanne sur M6 (Mohamed VI) qui fuse et c’est parti pour 4 heures de débats animés dans la bonne humeur d’une foire d’empoigne.

Ça vole aussi haut que l’herbe tondue. Une fois, il y a un mec, on l’a jamais vu mettre un doigt de pied à l’école, il occupe son temps à vendre je ne sais quelle épice à des gens aux cheveux longs dans la rue, il nous sort : « Le Maroc produit 880 254 tonnes de ciment, contre 645 325 pour l’Algérie, chiffres IFOP 2008, c’est la preuve que nous sommes une nation plus puissante ! » Les Algériens c’est plutôt ça : « L’Algérie s’est battue pour son indépendance. Le Maroc c’est libéré au stylo Bic ! ».

Un poil ingrat, tout de même la pique, vu que le pays des Chleuhs servait de base arrière au FLN. Et je ne vous raconte pas le niveau des vannes, la fois ou Le Parisien a fait une brève sur un paysan marocain surpris en train « d’aimer » une de ses poules, pour rester poli. La tirade classique, reste tout de même : « vous avez le roi le plus laid de la terre! Le prince charmant marocain, c’est le seul qui a une dent en or ».

En parlant de roi, celui des cons sur son trône, il siège quelque part à la frontière algéro-marocaine et il a une ambassade en Banlieue, c’est plus que certain. Non mais continuez, ça avait bien servi nos ancêtres ce petit coté rivalités tribales : «Toc ! Toc ! Toc ! Bonjour, c’est l’Empire romain ! On vient vous prévenir qu’on s’installe tranquillement sur la côte, vous embêtez surtout pas pour nous, finissez de vous embrouiller pour de la merde pendant qu’on déménage. Comment ça, c’est chez vous ? Oh ! Tout le monde dit ça au début ».

Et l’identité  nationale de la France dans tout ça ? On lui dit toz ! (prout ! en arabe). Venez pas me la jouer, vous faites pareil les Auvergnats et les Bretons. Une copine du Beauvaisis elle m’a même dit je suis surgelé Picard et fier de l’être. C’est ça la France maintenant, il y a les Français qui sont attachés à la région de leurs parents, et les Français qui sont attachés à la région du bled à leurs parents.

Revenons aux moricauds. Quand il n’y a pas de fils de Marocains à se mettre sous la dent, qu’est ce qu’on fait le soir quand on galère entre Algériens ?! Ben on se balance des piques entre nous, tant qu’a faire. Des pics de porc-épic, empennés d’harissa. Et ce n’est pas pour faire ma chouineuse mais ça tourne souvent à Kabylie vs reste du monde. Et vas-y que Fleury Michon il est né à Tizi Ouzou, qu’on arrose le couscous au beaujolais nouveau, qu’on a vu ton père courser un sanglier à Fontainebleau avec une fourchette dans chaque main, que les Arabes on ne veut pas les épouser et patin-couffin.

Et les soirées entre Kabyles c’est au-dessus tout. Pour la division on est champion, on survole tout le monde, des condors, Nils Holgersson et les oies sauvages. Voir un colloque Petite Kabylie contre la grande et puis mourir… de bêtise. Mon frère, à force de le croiser dans le salon, un jour, j’en suis sûr, on finira par se taper dessus. Et le matin, au réveil, je mets toujours un gros coup de tête au mec qui me regarde mal dans la glace, parce qu’à cette heure-ci je trouve que moi-même à embrouiller…

Mandela, pitié, reproduis-toi encore une fois ! Rien qu’une petite. Rends service à l’humanité moustachue, fais un gosse avec une beurette, fais-leur un Mandela-bis, aux Arabes, un guide, qui ne confondra pas la caisse de l’Etat avec son attaché-case. Fais-en un, deux, huit, en fin de compte, voyage ! Vois du pays, qu’il y en ait un peu pour tout le monde, prends du bon temps avant de partir ! Le plus tard possible, bien sûr. 

Idir Hocini

Idir Hocini

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