Les voleurs rivalisent toujours plus d’imagination pour soutirer leur larcin. Se fondant dans la masse dans les transports en commun ou à l’université, leurs vols à l’arraché sont devenus des tours de magie.

Un jeudi après-midi. A Paris 8, nous avons un rituel mes amis et moi : se retrouver à la cafétéria à la fin de journée de cours. L’euphorie due à l’approche du weekend me rend un peu plus tête en l’air que d’habitude. Malheureusement pour moi, ce jour-là une « fausse » étudiante, assise à la table d’à côté, décide de me prendre discrètement mon portefeuille de mon sac et de s’en aller tout aussi subtilement. Je m’en rends compte un peu trop tard, et tente vainement, à l’aide de la sécurité de l’université de retrouver mon bien. Journée banale à Paris 8, on me dirait. On me répète constamment qu’il faut redoubler d’attention et être vigilants, mais de là à se faire piquer des trucs dans l’enceinte de la fac ? Des amis ont déjà assisté à des vols assez brutaux, mais à l’extérieur. La zone entre la porte de sortie de la fac et la porte d’entrée du métro est une zone « à risques », je l’appelle « la zone rouge ». Je ne passe pas d’appel, je n’envoie aucun message, bref, je range soigneusement mon téléphone portable pour ne pas risquer de me le faire chopper !

Bien entendu, j’ai compris que cette zone était dangereuse seulement lorsque j’ai entendu un nombre assez conséquent de personnes me raconter leurs mésaventures à cet endroit. Mon amie Caroline justement me racontait l’autre jour, « Mon dieu si tu savais ce qui vient de m’arriver ! Je parlais au téléphone en sortant du métro quand un mec est sorti de nulle part, me l’a piqué des mains et a couru jusqu’à un immeuble lugubre, j’ai voulu lui courir après mais en traversant la route une voiture s’est arrêtée devant moi et un homme m’a crié de ne pas tenté de le suivre parce que cet endroit est trop dangereux, je risquais de me faire tabasser, voire pire ! J’ai eu tellement peur que je suis repartie en direction de la fac sans réfléchir. C’est le deuxième smartphone que mes parents m’offrent et que je me fais piquer, j’en ai vraiment ras-le-bol ! » Pauvre Caroline ! Je comprends tout à fait son désarroi.

Mon portefeuille m’a chagrinée, mais je m’en suis remise, alors qu’il y a quelque mois mon bien le plus précieux me fut volé sous mes yeux dans un train : mon MacBook Air flambant neuf. Un homme ingénieux s’est assis derrière moi et à profité du fait que je posais mon sac par terre entre mes jambes pour le faire tomber tout doucement et retirer délicatement la pochette de mon ordinateur portable. Il descendit à l’arrêt suivant, ne sachant même pas qu’il avait tiré le gros lot puisque je pense qu’il n’avait pas la moindre idée de la marque de l’ordinateur qu’il venait de voler. Je n’ai pu profiter de lui qu’un mois ! J’avoue qu’il m’a fallu un temps pour l’avaler. Heureusement, ces expériences m’ont appris à faire plus attention à mes affaires.

Certains récits de vol sont plus choquants que d’autres. Quand les délinquants en viennent aux coups, c’est une toute autre histoire. Alex, me raconte ce qu’il a aperçu à l’entrée « Sérieusement, ça devient de plus en plus grave ! A l’instant, un homme âgé a sorti son portable quelques secondes et deux hommes sont sortis de nulle part, l’un l’a tabassé et l’autre lui a arraché le portable des mains et ils se sont mis à courir. Le pauvre homme n’a même pas eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait ! Ça m’a choqué de voir qu’autant de personnes autour de lui n’ont même pas bouger le petit doigt. Je trouve ça normal d’être effrayé, ce genre de voleur peut cacher un couteau et là c’est une tout autre affaire, mais bon, ça choque toujours autant, surtout quand on voit un vieil homme sans défense prendre des coups. »

Le scénario le plus fréquent reste celui du vol à l’arraché dans le métro. Un moment d’inattention et hop ! Un téléphone piqué. Une femme abordée au hasard accepte de témoigner « Je ne fais confiance à personne. Je suis constamment aux aguets et je vois en tout le monde un potentiel voleur. Vous pouvez croire que j’exagère mais les voleurs sont de plus en plus malins : ils se fondent dans la masse, s’habillent et agissent aussi normalement que vous et moi. Et puis croyez moi, il y a eu tellement de vols sous mes yeux qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Je préfère en faire trop que pas assez. Je tiens à mes objets personnels. En plus d’être coûteux, ils ont une valeur sentimentale. Je ne veux pas perdre tous les souvenirs qu’ils contiennent. »

Toutes ces histoires rendraient presque parano. Les vols sont tellement fréquents que toutes les cinq minutes, on a tendance à vérifier ses poches et son sac pour être bien sûre que rien ne manque. Une camarade de classe a cru avoir perdu son téléphone portable et a sonné l’alerte en demandant aux élèves de notre promotion s’il ne l’avait pas vu, alors qu’heureusement pour elle il était dans l’un de ses sacs !

Malgré toutes mes douloureuses pertes, je suis bien heureuse de ne jamais avoir été agressée. Parce qu’il y a à la fois une souffrance corporelle et une souffrance mentale. Certaines personnes en sortent traumatisées, ne voulant plus s’acheter des objets de valeur susceptibles d’être volés ou laissant tout ce qui est important chez eux. Vivre dans la peur ne sert à rien puisqu’il existera toujours des vols. Il faut savoir choisir quoi laisser et quoi emmener avec soi, redoubler de vigilance en permanence, que ce soit dans les différents moyens de transports, au travail où dans la rue. Personne n’est à l’abri d’un vol à l’arraché, il faut simplement mettre toutes les chances de son côté pour ne pas en être victime.

Dalal Jaïdi

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