Je me rappelle d’une dame qui avait dépassé les 80 ans et qui vivait seule depuis la mort de son mari. Elle n’était plus capable de rentrer seule dans notre immeuble. Un soir où j’étais sur mon balcon, je l’ai vue arriver dans son fauteuil et attendre près de dix minutes avant que quelqu’un ne daigne l’aider à monter les quatre marches qui la séparaient de la porte d’entrée et de l’interphone. Mais son calvaire ne s’arrête pas au franchissement de ces marches.

Une fois dans le hall de l’immeuble, il y a l’étape des boîtes aux lettres qui peut paraître simple pour nous, mais imaginez-vous récupérer votre courrier avec un mètre en moins ? Puis il faut encore prendre l’ascenseur, s’il fonctionne, mais pour cela il faut pouvoir monter dans l’ascenseur, ouvrir la porte dans un espace ou même les poucettes ont du mal à entrer, alors les fauteuils roulants, pensez…

Trois mois après la mort de son mari, cette dame a fini par déménager, ne pouvant plus supporter l’indifférence et le peu d’aide qui lui était offerte. Même si en ville certains accès sont facilités par des rampes, ou que les bâtiments publics fraîchement construits sont pourvus de normes pour les handicapés physiques, rien n’est fait dans la vie courante pour aider les personnes à mobilité réduite à se déplacer. Pour allez acheter du pain, ce qui est déjà une corvée pour nous, ou encore pour aller retirer de l’argent, cela relève de la mission impossible lorsque les distributeurs se trouvent généralement à plus d’un mètre du sol. Ou pour allez faire ses courses à l’hypermarché. Ah, mais j’oubliais qu’il y avait une à deux places de parking « handicapés » devant chaque grande surface… Quel progrès !

Il est vrai que ces fameuses places bleu fluo sont bien utiles pour les personnes concernées, mais deux places suffisent-elles ? Elles sont souvent occupées par des clients en « parfaite santé », aussi ceux qui devraient en avoir l’usage exclusif doivent-ils se garer parfois très loin de l’entrée du magasin. Trouvez-vous cela normal ? Non. Mais agissons-nous pour que tous les problèmes que rencontrent ces personnes soient résolus ? Non plus.

Aurélie Laizé

Paru le 19 mai

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