Je ne fais plus partie de ceux qui ont un petit hoquet horrifié à la vue de résultats qui placent le Front national en tête des suffrages. Je ne me dis pas mon Dieu la République est en péril, il faut que j’aille enfiler un sarouel, griffonner un petit « no pasaran » sur une pancarte et descendre dans la rue crier comme « j’ai mal à ma France ». Et je me suis demandé si c’était l’habitude. Ça y est, nous nous y sommes faits au sourire carnassier de la présidente du parti répétant inlassablement que son parti, celui de son père, est « le premier parti de France ».
Et après tout, voilà quelque temps maintenant que le Front national impose ses thèmes, impose la danse, est-ce si étonnant que cette danse aujourd’hui il la mène ? Les unes de certains journaux ressemblent à s’y méprendre à des prospectus frontistes. Et n’a-t-on pas vu une gauche mettre le paquet sur le sécuritaire ces derniers jours ? À quelle autre réponse a-t-on eu droit après l’effroi partagé par tous ? Où est le social, où est l’égalité, où est l’intelligence collective, la solidarité ? A-t-on seulement réfléchi ? Essayé ?
La droite quant à elle, est restée fidèle à elle-même, une droite dure, tellement dure qu’en regardant le duel qui se profile en région PACA on se demande si on n’assiste pas à quelque chose d’inédit : la confrontation entre une candidate d’extrême droite et le tenant d’une droite extrême. J’ai bien conscience qu’en écrivant ça, je fais « le jeu du FN » comme beaucoup balancent à la volée. Mais mon discours ce n’est pas celui du « tous pourris » c’est juste celui du « tous inconscients ». Et pourtant, je suis un peu un « canard électoral », depuis que je peux voter je n’ai pas raté une seule élection, je sais la valeur de la démocratie et pourtant je n’arrive pas à blâmer la moitié de la population qui n’est pas allée voter.
Je n’arrive pas à faire la morale à tous ces habitants des Mureaux (67,48% d’abstention), de Grigny (68%) ou de Clichy-sous-Bois (71%) qui se sont largement abstenus et qui hier avaient largement voté pour un François Hollande qui en deux jours et deux discours décide de modifier notre Constitution, mais qui n’est pas en mesure de faire en sorte que les étrangers puissent voter aux élections locales et dont le Premier ministre estime que le récépissé n’est pas une solution pour lutter contre le contrôle au faciès. Les promesses non tenues sont nombreuses, les attentes énormes.
C’est pour ça que je n’arrive pas non plus à en vouloir au monsieur qui était devant moi hier, dans le bureau de vote de ma petite ville de province, et qui n’a pris qu’un bulletin avant de se rendre dans l’isoloir : celui du FN. Il avait juste l’air fatigué et las ce vieux monsieur et je n’ai pas pu m’empêcher de penser que ceux qui votent FN sont les compagnons de chantier de mon père d’hier, qui votaient rouge. Le manque de courage de la gauche les a refroidis et aujourd’hui les voilà bleus. Puis je me suis dit eux sont fatigués et n’ont plus la force d’y croire, mais comment prendre le vote des jeunes ? 34 % des 18-30 ans ont voté FN, 64 % se sont abstenus (selon une enquête Harris Interactive) comme si de toute façon rien de pire ne pouvait arriver, comme si l’avenir était de toute façon sombre.
En rentrant, j’ai regardé la soirée électorale, et ça ne parlait pas trop de fond, moi-même j’ai oublié que l’on votait pour des régions « du futur », aux compétences encore floues et je me suis laissée embarquer dans le jeu politique. Comme d’habitude, point de remise en question. Partout on demandait aux citoyens de faire barrage, comme s’ils ne s’étaient pas sabordés d’eux-mêmes.
Latifa Oulkhouir

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