A Vitry-sur-Seine, la cité Balzac est en reconstruction. C’est l’occasion pour les habitants de se poser des questions. Une interrogation philosophique et littéraire sur leur vie passée dans cette cité et sur leurs aspirations. 

Près d’un hangar gris, le long d’une voie ferrée, deux rails parallèles, il pleut un peu… Une adolescente vêtue d’un manteau à capuche est immobile entre deux rails… Une autre jeune fille habillée presque à l’ identique, vue de dos, marche en avant… Sa voisine marche finalement sur l’autre rail, dans l’autre sens… Toutes les deux marchent lentement, ne se parlent pas, elles évoluent sur des trajectoires parallèles. Symbole de la difficulté de se rencontrer ?

Puis devant les grilles d’un parc de jeux d’enfants face à une barre d’immeuble en rénovation, un adolescent à lunettes, un cartable en bandoulière, prend la parole : « D’accord, j’habite Balzac. Cette cité ne me reflète peut-être pas, mais j’y ai passé mon enfance. Si j’avais pu y mettre des commerces, des salles de concert, des conservatoires, des banques, des gymnases (…), je l’aurais fait. Mais là je ne suis qu’un jeunot de 19 ans, la tête pleine de rêves… Par-là, j’aurais bien vu une petite ferme, avec des oiseaux exotiques, des Diamants mandarins, des Diamants de gould, des perruches, des canaris… Par là, j’aurais bien vu aussi des vaches, des poules, des canards (…), aussi un petit potager. Et tous les mois on se réunirait pour faire un barbecue géant, on n’aurait même pas le temps de s’ennuyer… Bon, peut-être que j’en demande trop. Mais puisque j’ai encore le droit de rêver, alors je rêve… ».

La cité Balzac est en reconstruction. Elle a d’abord été démolie. C’est une étape douloureuse pour ses habitants : « Démolition, ça nous fait très mal. (…) Tout notre passé s’écroule », scandent des petits garçons dans un genre de rap.

Une vingtaine de garçons et filles vont alterner expression personnelle et interprétation d’extraits d’œuvres classiques ou contemporaines. L’expression des jeunes met en évidence les manques constatés dans leur quotidien. Les adolescents souhaitent plus de nature ; plus de commerces, pour « éviter de prendre les transports pour acheter un pack de lait » ; plus d’activités sportives et culturelles. Et avant tout le besoin d’être mieux considérés, comme des êtres humains différents, mais respectables. « Ils ne sont pas comme moi », reconnaît une jeune fille, mais ce sont « des gens qui puisent leurs forces dans la chaleur humaine ».

Le choix des textes n’est pas neutre : ces oeuvres ne sont pas conformistes, contrairement à celle de l’écrivain Balzac qui n’est d’ailleurs pas évoqué par les jeunes. Ce sont des textes engagés. Ils dénoncent l’enfance volée, la fausse dévotion et l’extrémisme religieux, l’amour impossible, le racisme et la xénophobie. Ils prônent les droits des femmes, la revendication de soi, la fraternité… Ils encouragent à profiter de notre courte vie, à faire le lien entre poésie et peinture artistique, à apprécier un poème d’amour…

Depuis une dizaine d’années, j’ai l’habitude de fréquenter ces jeunes… Je les ai reconnus. La plupart d’entre eux sont attachants. Ils ont avant tout besoin de notre attention.

Marie-Aimée Personne

Si Balzac m’était conté, film documentaire réalisé par Malika-Sandrine Charlemagne et Pantxo Arretz, 44 mn. En projection, ce vendredi 14 juin 2013 à 20h aux Trois Cinés Robespierre de Vitry-sur-Seine.

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