Plus de deux millions de femmes sont victimes de violences conjugales en France. 400 d’entre elles meurent chaque année sous les coups de leurs maris. Elles sont nombreuses à subir les violences conjugales. Quelles que soit les catégories sociales ou les âges, ce problème touche un nombre important de foyers. Elles se sacrifient par amour ou parfois pour le bien de leurs enfants. Certaines ne trouvent pas de remède miracle pour sortir de cet enfer.

C’est le cas de Marie, une jeune Bondynoise de 28 ans qui a failli y laisser la vie.

Vous êtes mariés depuis combien de temps ?

Nous sommes mariés depuis 3 ans maintenant, mais ma belle-mère ne m’a jamais apprécié. Elle me critique sans arrêt et quand elle vient chez nous, elle se mêle de tout et me fait des remarques. C’est insupportable.

Qu’en pense votre mari?

Pour lui, la famille est très importante. Quand je lui fais des remarques concernant le comportement de sa mère envers moi et il se met en colère. Il ne supporte pas que je parle de sa mère comme ça mais pourtant il voit parfois qu’elle n’a pas un comportement correct envers moi. Il dit qu’elle a beaucoup souffert pour ses enfants alors il ne permettra à personne de dire du mal de sa mère. Cette femme a une langue de vipère, elle passe son temps à diriger ses fils. C’est vraiment pénible cette situation.

Que s’est-il passé la première fois qu’il vous a battue ?

Les débuts étaient calmes, merveilleux avec beaucoup de romantisme. Un jour, je me suis disputé avec sa mère, je n’en pouvais plus, elle avait toujours des remarques à faire, pour elle je ne suis pas assez bien pour son fils etc. Je lui ai dit ses quatre vérités et mon mari n’a pas apprécié. Le ton commençait à monter et il m a donné une gifle, puis il ne s’est pas contrôlé.

Et qu’avez-vous fait ou ressenti ?

Les voisins ont téléphoné à la police, mais je n’ai pas osé en parler. Un jour il est allé trop loin, il m’avait donné plusieurs coups et j’avais le visage gonflé. J’ai été au commissariat de police faire une main courante. Ils m’ont demandé si je voulais porter plainte et je leur ai répondu non, donc ils ne sont pas intervenus. Je garde les preuves au cas ou un jour on passe au tribunal.

Combien de fois vous a-t-il battue ?

Plusieurs fois. Je l’aime, je n’arrive pas à l’expliquer. J’aimerais trouver le courage et la force pour divorcer mais je sais qu’il ne me laissera pas partir. Il m’aime, je le sais sauf qu’il n’arrive pas à se contrôler parfois.

Avez-vous des enfants ?

Oui une fille de 4 ans.

Votre enfant a-t-il déjà assisté à vos disputes ?

Souvent, quand le ton monte, je la regarde et j’essaye de me calmer mais mon mari continue a hurler. Un jour il m’a donné un coup violent dans le dos devant la petite. Elle a commencé à pleurer fort en lui disant qu’elle le détestait et qu’il était méchant. Je lui ai demandé de se calmer car il y avait la petite mais il ne m’a pas écouté.

A-t-il déjà battu l’enfant ?

Non, il aime sa fille. Il ne fera jamais cette bêtise.

Et votre enfant en a déjà parlé à l’école ou à ses camarades ?

Non. On a été convoqué une fois par sa maîtresse parce qu’elle n’arrivait plus à suivre en classe et qu’elle était de plus en plus agressive envers ses camarades. Je lui ai répondu que je ne comprenais pas d’où venait cette agressivité et que j’allais en discuter avec elle.

Je savais au fond de moi que c’était de notre faute et qu’il faut faire très attention devant les enfants. Le soir même j’ai parlé avec ma fille et je lui ai expliqué que parfois les parents se disputent mais que cela n’arriverait plus et que j’étais désolé. Depuis je me contrôle, j’essaye de garder mon sang froid quand mon mari commence à s’emporter. Je lui fais mes excuses même si c’est lui qui est en tort pour éviter les disputes surtout devant notre enfant.

Avez-vous consulté un psychologue ?

Non, il dit souvent que c’est moi qui le pousse à bout. J’ai honte d’en parler autour de moi, même mes parents ne sont pas au courant sauf ma meilleure amie qui ne comprend pas pourquoi je ne porte pas plainte contre lui. Parfois les gens ont un regard différent, ils se demandent pourquoi je ne divorce pas ou pourquoi je ne vais pas voir la police etc.

Certaines décisions sont difficiles à prendre surtout quand il y a un enfant en jeu. C’est dur de penser à partir ou même voir mon mari finir en prison. Ce qui est certain, je partirai un jour.

Propos recueillis par Essi Gnaglom

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