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Paris a mis sa robe toute illuminée pour les fêtes de fin d’année. Les sapins sont dressés et les décorations sont de sortie. Pour les enfants, sapin rime avec cadeaux. Les bouts de chou s’appliquent à écrire leur lettre à Papa et Maman Noël. Les cadeaux, un vrai casse-tête pour les parents. Mais pour certains, la question ne se pose même pas. Pas de sapin et pas de cadeaux dans les chaussettes. « Ce n’est pas ma religion. Ce n’est pas ma fête », dit Hicham, un fonctionnaire de 30 ans, domicilié dans l’Essonne.

Sa femme Fatiha tient un tout autre discours : « Comme mon mari, je suis musulmane, je fais ma prière. Hicham ne m’impose rien, sinon je ne serais pas avec lui. J’adore la fête de Noël, mais elle ne représente rien de religieux pour moi. Je ne vais à pas la messe de minuit. Pour moi, c’est famille et cadeaux avant tout. » Hicham et Fatiha ont trois enfants, et à chaque Noël, c’est la même ritournelle : elle est pour, il est contre. Qui imposera ses arguments à l’autre ?

Hicham fait valoir sa conviction religieuse : « La fête de noël célèbre la naissance de Jésus, Saïdouna Aïssa où Issa pour les musulmans. Nous le reconnaissons en tant que prophète. Mais pour nous musulmans, il n’est pas le fils de Dieu. Et Allah n’est pas son père. Mais ça, c’est un autre débat. Le fait est que nous n’avons pas le droit de fêter les naissances des prophètes. Tous, sans exception. Même celle de Mohamed. C’est une question de foi. En plus, le 25 décembre n’est pas le jour de naissance de Issa, alayhi salam. Ce jour a été fixé arbitrairement par un empereur romain. »

Fatiha privilégie la dimension sociale de Noël : « Je veux que mes enfants soient intégrés, normaux. Je ne veux pas qu’on les montre du doigt à l’école. D’ailleurs, c’est le truc du moment avec la maîtresse. Le petit a 6 ans et la petite a 4 ans (le dernier, 3 ans, ne va pas encore à l’école, ndlr). Ils ne parlent que de ça. » Hicham n’est pas convaincu par les arguments de sa femme : « Les enfants doivent apprendre aussi à revendiquer leur différence. C’est leur richesse. C’est comme ça qu’ils apprendront la tolérance. Musulmans où chrétiens ne sont pas obligés de fêter les fêtes des uns et des autres. Nous avons le droit d’accepter l’invitation mais pas la célébration. Est-ce que les chrétiens qui vivent en terre musulmane célèbre le sacrifice du mouton ? Non. »

Fatiha ne voit pas les choses sous cet angle : « La foi, la religion, tout ça est dans le cœur. C’est intime. En quoi le fait de faire un sapin et d’offrir des cadeaux devient un symbole de foi ? Pour beaucoup de mes copines musulmanes, cette fête est purement commerciale, elle n’a rien avoir avec les origines. C’est une occasion de partager de la joie entres amis. Et d’ailleurs, si je la fête avec mes enfants, ça ne veut pas dire que je vais me convertir, ni eux pour autant. Il ne faut pas tout mélanger. Avec Hicham, c’est toujours le même conflit, que ce soit Noël ou la Saint-Valentin. Il ne veut pas. »

Le mari ne démonte pas : « Je suis un musulman pratiquant. Je me dois de suivre les préceptes de ma religion. Dans l’islam, en tant que père de famille, je suis le dieu de ma maison. J’ai le devoir d’inculquer les préceptes de ma religion à mes enfants. Après, quand ils partiront, ils feront ce qu’ils voudront. »

Fatiha n’a pas gagné la bataille cette année. Elle se résigne. Mais elle n’a pas dit son dernier mot. Elle a offert des cadeaux à ses enfants pour la fête de l’Aïd el Kebir. En disant que c’est le mouton qui les leur a apportés avant de s’en aller.

Nicolas Fassouli

Nicolas Fassouli –

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