Il y a un truc que je n’ai jamais bien compris chez les filles de banlieues : elles veulent vivre. Dés que ça a 21 ou 22 ans, ça veut faire des trucs complètement déments comme prendre un verre ou rentrer à la maison à 21h30, ou, summum de l’anarchie, appeler un garçon au téléphone. N’importe quoi ! C’est à cause des études, faut arrêter ça tout de suite. Ça leur a mis des idées démoniaques dans la tête. Les femmes réussissent mieux à l’école que nous, les rats, ce qui fait que de nos jours, elles se refusent aux plaisirs simples et sains de l’existence, comme faire le ménage, la cuisine ou rêver du grand amour qui ne vient jamais devant les « Feux de l’amour » toute l’après-midi. Ça veut vivre…

Est-ce qu’on vit, nous, hein ? Est-ce qu’on a des moments privilégiés avec le beau sexe, nous ? Est ce qu’on va tortiller en boite le soir, nous ? Non. Nous, c’est la casse, le fossé, une vie sociale digne du gûmnasion, le gymnase où traînaient les éphèbes athéniens.

Alors, si nous on n’a pas de vie, et bien nos sœurs, elles n’en auront pas non plus ! Heureusement, pour ces jeunes poussent innocentes, face à toutes ses tentations de Satan, les meilleurs d’entre nous ont mis sur pied une véritable police de la vertu : les GFO (les Grands frères organisés), constitués de tous ceux qui savent précieusement utiliser leur temps libre à veiller sur la moralité du sexe faible en bas des cités, au lieu de le perdre sur les bancs du lycée ou au boulot. Des guetteurs aux yeux de lynx. A qui n’échappent pas les moindres détails de la vie de nos littles sistas pour aller le répéter à qui de droit.

Pour un membre des GFO, le rouge à lèvre c’est le mal ; la mini-jupe, c’est le maxi mal ; le soir chez une fille, ça lui noircit son âme au charbon. Les relations sexuelles ? Non, ça, c’est très bon… pour lui. Pour elle, c’est sale, dégradant, de la gadoue, et surtout c’est très, très mal.

C’est pour ca que nombre de petites sœurs basanées – mais pas la majorité, comptez pas sur moi pour confesser qu’on est tous des talibans – doivent faire des pieds et des mains pour s’organiser une vie sociale dans la clandestinité. Aux Guantanamo, Kandahar et autres Alcatraz posés en modèles d’existence par leurs grands frères, la Grande Evasion et Flash Dance sont les réponses apportées par celles-ci au carcan familial. Le principe en est simple. Une pyjama party chez la copine à l’autre bout de la ville, le sac à main bizarrement bombé, cachant une boite de maquillage et une mini-jupe roulée en boule. Un petit tour sur soi dans les chiottes, Wonderwoman ! Et hop ! Tenue aguichante, direction le dancing.

Une jeune fille, ça s’éduque, mais pas jusqu’à ses 24 ans. Vivre comme dans une prison, c’est brider des envies de liberté, au point de faire de la prisonnière un volcan prêt à exploser. On risque, alors, le scénario catastrophe. Pour peu que la famille lui ait trop serré la vis, la jeunette va profiter de la moindre faille pour faire « sa Narta moi je suis femme et ça se voit », afin de rentabiliser en une sortie ce qu’elle n’a pas pu faire en une vie. Je ne vous fais pas un dessin : ça va voir le loup (faire l’amour avec le premier venu) et comme ça ne peut pas cacher de capotes dans sa chambre et qu’elle ne sait pas qu’on peut semer contre le vent (coït interrompu), ça se retrouve à fêter Pâques avant la Noël, avec un polichinelle dans le tiroir (faire l’amour avant le mariage et être enceinte sans le vouloir).

Enfermer une fille, pour la donner au cousin peintre du bled, c’est non moins catastrophique, comme scénario. Même au pays, on les laisse chercher du lait, maintenant. Laissons les banlieusettes rêver d’amour, même s’il n’existe pas à Bondy.

Et nos traditions, dans tout ça ? Ould el haram ! (fils du péché !), me crieront certains. Une femme a tout à fait le droit d’attendre l’émir charmant, si c’est son choix. Mais on ne peut décemment plus la forcer à porter la robe à fleurs de la fille Ingalls dans la « Petite maison de la prairie » qui fait que des trucs cashers. Elles sont derrière nous, les trente glorieuses !

Pardon si je suis cru, mais une meuf, ça a la dalle comme un mec. Alors, si Shérazade veut s’envoyer en l’air, Aladin, il peut toujours faire un beau rêve bleu pour l’en empêcher.

Idir Hocini

Idir Hocini

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