Hier soir fut un enjeu de taille : une seule place et trois équipes candidates. Les Néerlandais sont les seuls du groupe C à s’être assuré un billet pour les quarts de finale de l’Euro 2008. Pourtant « notre équipe n’a pas été très bonne pendant les éliminatoires », concède Maartin, étudiant de 24 ans qui prend une pizza au pub, avant le match. Ses pronostics ?  « On va gagner 1-0. » Et pour l’autre match ? « Je pense que le score va être serré. Peut-être 1-0. Mais je ne sais pas pour qui ! »

Il règne comme un air d’euphorie sur la place Leidseplein. Les bars et les Amstellodamois ont fait le plein d’orange. Reste à savoir qui les accompagnera dans le reste de la compétition. Les Bleus, pas très convaincants en ce début de compétition? La Squadra Azzura, devenue notre bestia nera ? Ou la Roumanie, qui devra relever le difficile défi de battre les Néerlandais. Le mien sera de trouver au milieu de la foule orange, quelques T-shirts bleus, et un écran où seront retransmis les exploits de notre équipe nationale.

Rendez-vous avec un groupe de compatriotes au Sports Café. Pas moins d’une douzaine d’écrans au premier étage de ce bar, où un joli sourire au portier se révèle efficace pour se faire une place, quand il n’y a plus. Le plus grand écran est bien sûr réservé à la rencontre entre les Pays-Bas et la Roumanie. Aux toilettes, les Bleus affrontent la Squadra Azzura, et sur de nombreux écrans plats disséminés ça et là dans le bar. Regarder deux matches à la fois et n’en entendre qu’un : une expérience gourmande en connexions neuronales. Mode d’emploi pour les novices : rester concentrés sur les images du petit écran et tourner la tête vers le grand dès que les cris des supporters néerlandais se font entendre. Après quelques minutes de jeu, ça devient un réflexe.

Tout le monde est installé, son verre à la main. Coup de sifflet. Silence dans la salle et concentration extrême sur les images qui défilent. 17e minute : Riberi s’effondre à ma gauche et les Roumains taquinent gentiment le ballon à ma droite. Aucune réaction du public, excepté quelques remarques de mes voisins. Sept minutes plus tard, carton rouge : Abidal sort. Pirla concrétise après le pénalty. Mes compatriotes font la grimace. Toujours rien du côté orange. Il faut attendre une demi-heure de jeu pour la première montée d’adrénaline : la frappe du Roumain Mutu les a presque inquiétés. A gauche, les Italiens mènent le jeu. À droite ce sont les Néerlandais. Heureusement l’arbitre siffle la mi-temps. Petit tour de bar parmi les amateurs de foot.

Question : quand on n’est d’aucune des quatre nationalités du groupe C, comment choisit-on son équipe ? Pour les Amstellodamois, c’est facile, ils sont hollandais et leur jeune équipe fait des miracles ! Pour un groupe de jeunes Canadiens, en vacances en Europe aussi. « On fait honneur au pays qu’on visite, me dit Steven. Nous soutenons aussi la France, bien sûr. Enfin sauf Lucas !  Il a choisi l’Italie parce qu’une de ses amies est italienne. » « En fait son père est italien et sa mère est canadienne, précise Lucas. » J’insiste : « Pas d’amie française à soutenir ? Pas même une connaissance québécoise ? » Même l’existence d’une province francophone dans son pays ne le fera pas changé d’avis. Ses amis en revanche trouvent que « les Bleus jouent très bien. » Pour Maria, indonésienne, c’est l’Italie. Sa tante est mariée à un italien, alors elle se doit d’être derrière eux ! Pour Joseph, Italien installé à Amsterdam depuis quelques mois, la question ne se pose pas ! L’Italie réunirait-elle un grand nombre de supporters ?

Pas sûr. Un maillot de l’équipe de France ! Hervé fait honneur à son pays, qu’il a quitté il ya 8 ans. « Je viens ici car l’environnement n’est pas hostile du tout ! C’est important de partager la même émotion au même moment. Et c’est l’occasion de rencontrer d’autres Français. Quand on vit à l’étranger, un match de l’équipe de France ça prend une importance quasi-irrationnelle. »

Pas le temps de philosopher sur la vie d’expatriés, le match reprend et les visages se tournent machinalement vers les écrans. La deuxième mi-temps est pour l’Italie, et les Pays-Bas. Après une heure de jeu, les Pays-Bas concrétisent enfin, les supporters exultent. Les visages de mes voisins s’illuminent, l’ambiance est à la fête ! La France encaisse un autre but, les Pays-Bas marquent une seconde fois. Fin du match, le miracle bleu n’a pas eu lieu. Je sors un paréo orange, pour faire moi aussi honneur à mes hôtes !

Bouchra Zeroual

Bouchra Zeroual

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