Je vous l’avoue avec mon plus grand sérieux : je commençais à m’ennuyer franchement sur le Tour de France. Bon, la course, ok ! Les coureurs, les maillots, les luttes entre Armstrong et Contador où la presse se déchaîne, ok ! Les paysages qui défilent, les auberges accueillantes, ok ! Ca commençait à ressembler à une routine déplaisante, sans politique excitante, sans phrases assassines. 

Mais là, sortez du temps maussade, fermez les yeux sur l’atrocité de la périphérie de Colmar, oubliez qu’ici les restaurants ferment à 20h30 et que le Quick est un désertique « restaurant pour enfants », dès 21h. Parce que ce matin, sur le Tour, tout s’accélère. Tout prend du mouvement et s’excite, vibre, bouge. Quel génie, vous demandez-vous, pourrait donner autant d’intensité par sa simple présence ? Eh bien, je vais pas laisser durer le suspense plus longtemps. Et je nomme… non, pas Nicolas Sarkozy, mais … M. Frédéric Mitterand.

Le tout frais ministre de la Culture qui s’est déjà tapé une Garden Party, une visite de l’hémicycle et, peut être même (avec un peu de chance), le concert de Johnny Hallyday sous la Tour Eiffel pour la Fête Nationale est venu faire un tour… Après autant de sorties, « l’homme de culture » débarque sur le Tour. Ou quand le Village de Départ subit un véritable Tsunami … « C’est normal, il vient d’être élu à un poste où on ne l’attendait pas et en plus, c’est très rare qu’un ministre de la Culture vienne sur le Tour », explique Christophe Marchadier, responsable de la presse sur le Tour de France.

Mêlant badauds incultes qui saluent « le fils de François Mitterand » et journalistes affamés à la simple vue d’un homme politique, le troupeau compact s’engage dans les allées. Le ministre prend le temps de sourire et de s’interroger très sérieusement : « Est-ce qu’on a le droit d’être embrassé par des jolies filles ? » La réponse est évidemment positive, alors une nenette s’empresse et lui claque la bise. Monsieur est satisfait ?

Mais quand tout le monde est heureux, que le Maire de Colmar est au Paradis, que le Directeur du Tour se félicite de l’engouement provoqué par la course, qu’on se sourit et s’embrasse comme le 31 décembre à minuit de chaque année, il y a quand même des râleurs ou des pauvres gars, perdus. Ou dissimulés, cachés. Moscovici en fait partie. Là, au coin d’un stand qui propose des plats chauds (choucroute, pâtes à la tomate), le socialiste déambule. A part quelques rares micros, pas beaucoup de journalistes s’y risquent. Pierre Moscovici se dit « enchanté » par la visite de cet homme qui « n’est pas un Mitterrand de gauche ». Se délectant quand même de « cette année inutile pour le PS ». Noooon, Pierre, pas ça, pitié ! On parlait de Mitterand, de festivités et même s’il pleut, ne nous met pas le moral à plat, pitié, Pierre. !

Mitterand réapparaît, n’entrapercevra pas Moscovici, jouera sa rock-star et s’amusera à signer « Ami Mitterand » sur les papiers ou images que les fans lui présentent. Devant les flashs qui redoublent d’intensité. Une folle course matinale qui s’achève en douceur au stand France Télévisions, après une photo avec un gamin qui ne le connaît même pas, mais poussé par papa (« Allez, vas-y, mince alors »). Les micros poussent encore sur ce stand qui semble fertile, des caméras pointent leurs minois. Le Ministre ne perd pas de sa bonne humeur, siffle un café. N’a pas de le droit aux madeleines, ni au mythique vin de Colmar, mais aux questions des reporters. Dix minutes pas plus, juste le temps d’avouer un « souhait », celui de faire un « véritable musée du sport ». Et de saluer, encore et toujours, ce phénomène « culturel » qu’est le Tour. Un « événement » qui « non, n’est pas prêt de disparaître ».

Au fait, ce matin, il y avait aussi Alain Jouyandet, un autre ministre. Dont moi comme d’autres ne connaissons ni la fonction, ni l’utilité de sa présence. Subtilisé par un Mitterand ultra-présent. Et qui risque d’être enjoué d’apprendre que l’arrivée, à Besançon, où il sera, se fait à quelques mètres de l’avenue François Mitterand …

Mehdi Meklat, dans la voiture entre Colmar et Besançon.

Mehdi Meklat

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