Au même titre que Louis Vuitton, il s’est imposé à Bondy comme le nouveau signe extérieur de richesse : le sac… Carrefour ! Une fois, j’ai voulu me faire plaisir en achetant du fromage qui en avait le goût, à Rosny 2. On aurait dit que j’étais Lagardère, tellement j’ai fait des envieux dans le quartier : « Bourgeois ! On mène la grande vie, hein ! Monsieur achète des yaourts au bifidus actif, des trucs vus à la télé… Nanti, va ! » Faut bomber le torse, maintenant, quand on rentre des courses faites au centre commercial ? Merde ! J’habite pas dans un township, tout de même. Acheter du Nutella dans un supermarché classique, c’est devenu bling bling à l’heure actuelle, vu la place qu’a prise le hard discount dans le cœur, et le ventre surtout, des Bondynois.

Chez nous, on les a tous, on fait collection: Lidl, Leader Price, Ed… Six magasins low cost, ouverts il y a moins de deux ans pour la plupart. On en a même en double. Bondy : la ville au deux Lidl et demi (en comptant celui situé à la frontière de Rosny). Longtemps considéré comme un supermarché pour les pauvres, le hard discount brasse une clientèle de plus en plus diversifiée : jeunes, étudiants, nouveaux ménages, classes moyennes, pour qui le mot « crise » rime avec dèche du Bangladesh.

Et vu le contexte, même les bobo-dynois s’y invitent : « Je gagne près de 3000 euros par mois mais je fais la plus grande partie de mes courses à Lidl ; d’une, parce que c’est à coté, de deux, parce que c’est moins cher, de trois, parce que j’ai un crédit sur le dos et qu’on a beau dire, Lidl, ça nourrit son homme », raconte Sami, 30 ans, qui se définit comme un jeune cadre dynamique. Pour les habitants de la ville, le hard discount ne présente pas un visage uniforme, certains discounts ont une image moins hard que d’autres : « Leader Price c’est pas ED, c’est clair, ça fait un peu plus classe, la qualité des produits a l’air meilleur, mais ce qu’il faut dire, c’est que les prix ne sont plus tellement moins chers que dans les grandes surfaces », souligne un client.

Six hard discounters quadrillant une même commune, n’est-ce pas se coller une image de paupérisation ? Non, répond le maire, Gilbert Roger : « Le discount d’aujourd’hui, ce n’est pas celui d’il y a dix ans. L’offre et le standing ont tout de même augmenté. Mon prédécesseur pensait qu’on protégerait le petit commerce en évitant leur implantation. L’histoire nous a montré que ce n’est pas le cas. Après, notre principal souci, c’est que l’offre soit la plus diversifiée possible. »

Parfait, mais ces dernières années, on a surtout vu des enseignes low-cost s’implanter en banlieue. « Même Le Raincy (ville voisine qui passe pour le Neuilly du 9-3) a son Leader Price, cafte une ménagère. L’image des grandes enseignes a évolué, elles donnent l’impression d’être moins accessibles. Les Lidl et autres les ont donc remplacées pour les courses au quotidien. Mais comme on ne trouve pas tout dans le hard discount, on continue à fréquenter les grandes surfaces. »

Boisson fluo qui brille la nuit, fromage qui a un goût de poulet… Si certains produits low cost vous violent le palais, d’autres, avouons-le, tiennent la route. Après tout, une banane chez Ediars, ou chez Ed, ça reste grosso modo, une banane. Certains produits en promotion sont presque donné « et à cheval donné, on ne regarde pas la bouche », dit le proverbe.

Reste que pour nombre de nutritionnistes, la multiplication des enseignes low cost est une régression. Le consommateur bondynois régresse peut-être, mais il ne s’y trompe pas : « Le hard discount, ça aide si on peut compléter avec de la grande surface. Mais si on est astreint tous les jours à la sous-marque, avec des dates de péremption plus courtes, sans pouvoir en sortir faute de sous, c’est un peu triste », confie une retraitée au caddie chargé, à la sortie d’un magasin ED.

Idir Hocini

Idir Hocini

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