Suite au début de l’offensive israélienne sur le bande de Gaza mardi 8 juillet, le chef de l’Etat François Hollande a tenu à apporter « la solidarité de la France » à l’état hébreu lors d’un entretien téléphonique avec Benyamin Netanyahou. Un pavé dans la mare de la pacification.

On ne connaît pas leur nom. On évalue à peu près leur âge. Des enfants, des bébés parfois. Des femmes, des hommes. Des êtres humains en somme. Ils étaient quelque part à Gaza, dans leur chambre à Rafah, dans leur maison à Beit Hanoun. On en sait très peu sur les victimes. Etaient-elles éveillés, quand un bombardement est venu exploser leur maison ? S’étaient-elles endormies la peur au ventre ? Avaient-elles décidé de sortir de chez elles ? On n’en sait rien, ou peut-être ne veut-on rien savoir. Tout ce dont on est au fait, c’est que leur nombre ne cesse d’accroître. En trois jours, le bilan s’élève déjà à plus de 76 morts. Plus de 76 « dommages collatéraux ». Plus de 76 « pertes civiles » comme on se plaît à les nommer. Et si l’entreprise de déshumanisation des victimes de guerre semble réussie, toutes n’en demeurent pas moins des personnes à qui l’on a ôté la vie. Des êtres humains pour lesquels vous n’avez même pas eu un mot Monsieur le Président. Des innocents que vous avez ignorés.

« Le Président de la République a eu ce soir un entretien téléphonique avec le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Il lui a exprimé la solidarité de la France face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza. Il lui a rappelé que la France condamne fermement ces agressions. »
Difficile de croire que ces propos sont vrais. Impossible d’admettre qu’ils émanent du représentant de ce pays qu’est la France. De cette patrie qui a vu naître les droits de l’Homme. Impensable de croire qu’à un conflit si compliqué, le représentant d’une si grande nation ait pu apporter une réponse si simple. Mais c’est pourtant le cas. Ces propos sont bel et bien les vôtres et c’est ainsi que vous répondez aux morts. Aux victimes innocentes, vous répondez qu’elles l’ont finalement bien cherché. « Il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces. » Ainsi, Monsieur le Président, en exprimant la solidarité de la France, c’est un pays tout entier que vous engagez. Je ne me reconnais aucunement dans cette France belliqueuse incitant aux bombardements de civils, dans cette gauche française avalisant la droite israélienne.

Rien ne pourra jamais justifier la perte d’innocents, d’un côté comme de l’autre. Aucun argument ne pourra absoudre des meurtriers, quels qu’ils soient. Israéliens et Palestiniens partagent la même peine face à la perte d’un être cher. D’un fils, d’un frère. Ils auraient voulus que vous partagiez la leur, sans distinction.
Vous qui, sans grand courage, aviez malgré tout souhaité une « longue vie à l’amitié entre la France et la Palestine » lors de votre dernière visite en Terre sainte, venez de balayer, d’un revers de la main, les quelques espoirs d’un peuple qui ignorait naïvement que vos paroles n’engageaient que ceux qui y croient. Et pour les quelques endurants qui y croient encore, c’est leur parole que vous engagez. Et malgré nous, c’est la parole de tous les Français que vous entraînez dans votre douloureuse chute.

Monsieur le Président, nous n’attendions pas de votre part que vous régliez le conflit israélo-palestinien en un tour de main, nous n’attendions pas non plus que dans un élan de bravoure vous luttiez contre l’oppression et pour la justice. Nous attendions juste que vous respectiez l’honneur de la France en déplorant les vies perdues…

Widad Ketfi

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