Moussa était aimé de tous. A l’intérieur de la salle, les visages sont tristes et fermés. Beaucoup de mères ont fait le déplacement. La plupart d’entre-elles pleurent. Elles ne peuvent s’empêcher de penser que cela aurait pu être l’un de leur enfant.
Sont aussi présents dans la salle, Guy Malandain, maire de Trappes (PS) et Ali Rabeh, adjoint à la jeunesse et aux sports. Ali Rabeh prend la parole pour décrire la personnalité de Moussa élève de 3ème au collège Courbet :« C’était un jeune adolescent sérieux et très gentil. Moussa revenait juste d’une semaine de stage de révision pour le brevet des collèges organisé par la mairie. Il ne faut pas laisser croire que Moussa était de près ou de loin concerné par les affrontements entre bandes rivales de quartiers ou qu’il était un trafiquant. C’était une enfant gentil comme sa famille et ses amis le disent. Nous avons tous été effondrés lorsque nous avons appris la mort de Moussa« .
C’est du barbarisme et de la folie complète
L’un des moments forts dans la salle est la prise de la parole de la famille du petit Moussa, une femme exprime sa douleur et son incompréhension : « Hier après midi, lorsque Moussa était à terre les gens qui près de lui on appelé les secours et la police, ils ont mis 30 minutes pour arriver au chevet de l’enfant. Ce n’est pas normal.  » Des applaudissements se font entendre. Le père de Moussa prend le micro : « Je suis dans la salle aujourd’hui, mais cela ne fera pas revenir Moussa auprès de nous. Mais, je ne veux pas que d’autres bateaux chavirent. Je suis arrivé en France en 1982 et tous mes enfants sont nés à Trappes. Hier, j’ai dû retourner à l’hôpital alors que je n’y avais pas mis les pieds depuis la circoncision de Moussa, faite lorsqu’il était petit ». « L’éducation passe d’abord par les parents » poursuit le père de Moussa en larmes. « Mon fils avait un ami Tarek, et je ne connaissais bien sa famille et leur éducation ». Avant de conclure : « Je ne comprends plus ce monde ». La mère de Moussa ainsi que la sœur de ce dernier ont également pris la parole, émues aux larmes.
En écoutant les différents témoignages, une mère de famille se rend compte que le garçon qui était décédé était le Moussa qu’elle connaissait. Elle fond en larmes en ne quittant pas une seule seconde de vue les parents de Moussa. Elle n’arrive pas à y croire : « Je me souviens de l’avoir pris dans mes bras quand il était tout bébé« , dit -elle. Elle se faufile dans la salle pour se rendre au chevet des parents. Avant que tout le monde quitte la salle, une minute de silence a été demandée.
A l’extérieur, une centaine de personnes attendaient dehors sous la pluie, tout le monde ne pouvait pas entrer dans la salle faute de place. Les visages sont tristes, des larmes coules, beaucoup de jeunes se sont déplacés également. A sa sortie, Guy Malandain s’adresse aux journalistes, qui se rue sur le maire, car les journalistes étaient interdits dans la salle de l’espace Anatole France. « Moussa était un bon élève, très assidu au collège. Il était membre du conseil des jeunes. Moussa était adorable. Et le voilà assassiné et son autre camarade blessé. C’est insupportable et inhumain, c’est du barbarisme et de la folie complète. Pour l’instant, les services de police ne connaissent toujours pas les auteurs de cet acte. On dit que c’est une bataille entre deux quartiers, est-ce vrai ou pas, je reste très prudent tant que l’enquête n’est pas terminée ».
Explication, partage, solidarité et fraternité
« Aujourd’hui, poursuit le maire, il y a eu une réunion avec les familles, leurs amis et un certain nombre d’éducateurs de rues, des principaux de collège et des représentants de la police pour échanger sur le pourquoi, le comment et que fait-on maintenant ? Nous avons de très nombreuses questions, toutes des questions profondes et très humaines sur le comment faire pour que des jeunes gens, et même sur celui qui a été blessé, aient un autre horizon que le trafic de drogue ou la bataille. Je vous rappelle que deux cas précédents ont eu lieu, des jeunes ont été tabassés et ils n’avaient pas dit qui étaient les auteurs. Il faut trouver le moyen de casser l’esprit de revanche pour trouver une explication. Aujourd’hui, il fallait avoir une expression forte, pour montrer qu’il ne peut pas y avoir de haine et d’assassinats. Nous devons arriver à : ‘explication, partage, solidarité et fraternité’ ».
Dans la salle, une mère de famille avait interpellée le maire sur les problèmes auxquels les jeunes sont confrontés : « Je pense que les responsabilités sont partagées avec les parents et la société et je suis d’accord avec lui. Il me semble qu’il serait aussi temps de parler des problèmes de la jeunesse à Trappes. Je pense donc qu’il serait temps de faire une réunion avec le maire pour trouver les moyens qui pourraient être mis à disposition de la communauté. Nous avons des structures qui sont bien faites et nous avons un accompagnement sérieux pour la jeunesse, mais aujourd’hui le problème dépasse la municipalité, les Yvelines et même le niveau national. Dans notre quartier et dans d’autres villes du département nous avons un problème fondamental de délinquance et même de drogue comme le maire l’a dit lui même. Et ce sont des choses que les parents ne peuvent pas gérer, car cela les dépasse ».
Aider l’entourage
Christine Lemerlu, principale du collège Courbet depuis 6 ans, témoigne à son tour : « Moussa était un élève de 3ème, sans problème. C’était un gentil gamin qui travaillait. Il avait de bons copains et il avait de bonnes relations car il avait déjà travaillé à la mairie. Moussa jouait également au club de football. Les jeunes du quartier se connaissaient depuis la maternelle. Il avait donc un bon groupe de copain. Moussa avait bien compris les objectifs de la 3ème qui étaient l’orientation et le brevet des collèges. Il avait participé à différentes actions sur l’orientation et puis la révision du brevet, dont un stage a été organisé pour la première fois avec la mairie de Trappes. Ils sont donc partis en Auvergne, il y avait une cinquantaine d’élèves dont 26 venant du collège Courbet accompagnés de 3 professeurs de notre établissement. Et ça c’est très bien passé ». Elle ajoute : « J’ai appris la mort de Moussa vendredi, comme tout le monde, c’est incompréhensible et c’est choquant pour les professeurs qui ont accompagné Moussa durant 4 ans. C’est aussi choquant pour ses copains, il y a des jeunes qui sont très proches de Moussa et il faudra qu’on les aide à gérer leur émotions ».
On ne connait pas encore les circonstances exactes de cette fusillade. Mais les familles et ses camarades n’ont eu cesse de répéter que Moussa et son ami blessé, n’avaient rien à voir dans cette affaire de fusillade. « Moussa venait de sortir de la mosquée lorsqu’il a été touché. A aucun moment, ils n’ont été concernés dans cette affaire » souligne un de ses amis venu rendre hommage.
Deux sœurs âgées d’une vingtaine d’années, émues de la disparition Moussa affirment « Nous aimerions qu’une minute de silence soit organisée dans tous les établissements scolaires de France, dès lundis comme il a été fait pour Charlie Hebdo afin que personne n’oublie Moussa ». Une marche blanche aura lieu lundi à 18h sur la place du marché. Sur facebook, une collecte d’argent est mise en place pour aider la famille;
Hana Ferroudj
 

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