Il y a un an, la première victime de Mohamed Merah, Imad Ibn Ziaten tombait sous les balles du tueur à Toulouse. Un évènement commémoré hier par le ministre de la Défense et qui lance le début d’une semaine de recueillements et d’hommages.

C’était le dimanche 11 mars 2012. Un motard allongé sur le sol d’un parking dans le sud de Toulouse. Une balle a traversé son casque. Sa moto, une Suzuki, est à côté de lui. Lorsque l’enquête débute, la brigade criminelle de Toulouse pense à un règlement de compte. L’unique douille a été soigneusement ramassée par le meurtrier. Dettes, stups, tout est évoqué. La PJ cherche qui peut en vouloir à Imad Ibn Ziaten, militaire au premier régiment du train parachutiste, mais rien. Il faut attendre quatre jours et un nouveau drame à quelques dizaines de kilomètres de là. Trois autres militaires sont pris pour cibles à Montauban.

Le bilan est de deux morts et un blessé grave. La piste d’un conflit personnel est alors écartée par les enquêteurs. Imad n’avait aucune raison de penser qu’il pouvait mourir là, un dimanche après-midi près d’un gymnase dans le quartier de Montaudran alors qu’il venait pour rencontrer le potentiel acheteur de sa moto. Le militaire, en gage de sérieux, avait eu le malheur de préciser sa profession dans l’annonce sur internet. C’est pour cela que Mohamed Merah l’a contacté.

Le tueur a pris soin de filmer la rencontre, puis l’exécution. Il lui a ordonné de se mettre a plat ventre, Ibn Ziaten a refusé. Il est mort debout. Le 15 mars, le « tueur au scooter » abat deux autres parachutistes, Abel Chennouf et Mohamed Legouade, à Montauban. Puis le 19 mars, Jonathan Sandler, ses deux fils et une fillette du collège juif Ozar Hatorah à Toulouse tombent sous la folie de Merah. Lui tombe finalement le 22 mars sous les balles du Raid.

latifa-196x300« Je suis fière d’Imad, il est mort digne, il est mort debout. C’est pour cela que je n’ai pas le droit de rester assise. » Latifa Ibn Ziaten ne reste sûrement pas en place. Depuis la mort de son fils en mars 2012, la mère d’Imad, première victime de Mohamed Merah, n’a eu de cesse de se battre pour faire reconnaître la mort de son fils et celles des deux autres militaires assassinés à Toulouse. Depuis novembre dernier, l’Etat français a déclaré que ces militaires étaient morts au service de la nation. Elle habite toujours Sotteville-lès-Rouen. Elle a publié mercredi 6 mars dernier, un livre à la mémoire de son fils et veut promouvoir la paix et le respect à travers une association, en allant notamment à la rencontre des jeunes. Une plaque portant la mention « Ici, le 11 mars 2012 a été lâchement assassiné l’adjudant Imad Ibn Ziaten, mort pour le service de la nation » a été inaugurée hier matin à proximité du gymnase de l’Hers, à Toulouse,  lieux précis où l’adjudant Ibn Ziaten a été abattu. La cérémonie civile, en présence du maire de Toulouse Pierre Cohen, de la famille de la victime et de nombreuses personnalités, a marqué le début des commémorations des attentats perpétrés par Merah à Toulouse et Montauban en mars 2012.

Très émue, Latifa Ibn Ziaten, la mère de l’adjudant Ziaten, ne s’est finalement pas exprimée comme prévu initialement. Elle a seulement remercié toutes les personnes présentes. « Merci… Merci à tous d’être là« . La petite foule regroupée ici sous les arbres à quelques mètres du périphérique toulousain écoute, recueillie. Il y beaucoup de journalistes, des caméras, des appareils photos. Des représentants des cultes musulman, juif ou catholique aussi. Des élus. Quelques anonymes. Et puis la famille de Imad Ibn Ziaten, et cette mère qui tente de prendre la parole, mais qui au bout de quelques mots derrière le pupitre, gagnée par l’émotion, préfère s’arrêter.

Quelques heures plus tard, à la mi-journée, toujours à Toulouse, c’est une ambiance différente dans la cour d’honneur du premier Régiment du Train Parachutiste. L’armée a tout organisé. D’un côté les élus, les invités. De l’autre, la famille et les proches. A droite, la presse derrière un cordon. Et au milieu le Ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian et le Ministre des Anciens combattants Kader Arif. Le ministre de la défense a évoqué la vie de l’adjudant Ibn Ziaten et lui remet à titre posthume les insignes de chevalier de la Légion d’honneur. Une cérémonie très émouvante aussi bien pour les proches de la victime que pour les Toulousains présents.

D’autres cérémonies s’étaleront toute la semaine à Montauban et à Toulouse, théâtres des six autres meurtres de Merah, dont une marche blanche dimanche 17 mars dans la Ville rose, en présence du Président de la République, qui se terminera par un rassemblement de mémoire sur la place de la mairie. Après être revenu sur les lieux de l’assassinat de son fils, Latifa Ibn Ziaten participera a cette marche blanche où juifs et musulmans défileront en souvenir des sept victimes de Mohamed Merah.

Mohamed Mezerai

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