Honorine Musenga soupire. A cause de cette histoire de paracétamol, la mère de Naomi n’a pas dormi de la nuit : « Je suis blessée par cette annonce qui tourne en boucle dans les médias. Cela insinue que Naomi s’est tuée toute seule ». Dans son communiqué publié mercredi, la procureure de la République de Strasbourg, Yolande Renzi, a expliqué que sa fille serait morte d’une « intoxication au paracétamol absorbé par automédication sur plusieurs jours » ce qui aurait amené à « la destruction évolutive des cellules de son foie et (…) de l’ensemble de ses organes conduisant rapidement à son décès ». Une conclusion que Honorine Musenga et toute sa famille, réunit ce jeudi dans les locaux parisiens de la plateforme en ligen Change.org, rejettent en bloc. Le père, Polycarpe Musenga, évoque même un piège : «On a impression que leur but est de transformer la victime en coupable. Quand elle était plus jeune, Naomi me disait de bien faire attention de respecter les 6h entre la prise de deux médicaments. Elle n’est pas bête ! », s’exclame-t-il.

Une analyse médicale erronée ? 

Pour eux, l’analyse médicale est erronée. Déjà le 22 juin dernier, lors d’une conférence de presse, le professeur strasbourgeois Jacques Marescaux, qui les accompagne, avait déclaré : « Il y a bien eu une étude toxicologique mettant en avant un fort taux de paracétamol mais on a fait des prélèvements dans le liquide de l’oeil car il n’y avait plus de sang disponible à cause de l’état du corps ». Une méthode qui fausse le résultat selon le chirurgien. Louange, la soeur de Naomi, est donc convaincue que l’explication se trouve ailleurs. « Lorsque Naomi a été transportée à l’hôpital, elle aurait du être amenée dans un service abdominal puisqu’elle se plaignait de maux de ventre, sauf qu’il n’existe pas de service approprié. On l’a donc faite patienter pendant 2h ». 

L’ouverture d’une enquête judiciaire va permettre d’éclairer ces zones d’ombre avec la nomination d’un juge d’instruction. Une bonne nouvelle pour la famille qui réclame cette procédure depuis 6 mois. « C’est pour le bien de la France ! Il existe plein de mauvais opérateurs de Samu comme celle à qui ma fille a eu à faire. Il faut les responsabiliser ! », affirme le père. Suite au décès de Naomi, la responsable du Service d’Aide Médicale d’Urgence de Strasbourg a démissionné le 20 juin et avec l’ouverture de l’information judiciaire, l’opératrice pourrait être poursuivie.

Photo de Naomi Musenga, page Facebook « Justice pour Naomi Musenga »

Les portes étaient fermées pour nous, la pétition a été notre voie de secours

Le 29 décembre dernier, il est 11h lorsque Naomi appelle les secours .« J’ai très mal. Je vais mourir », dit-elle, souffrante et d’une petite voix dans l’enregistrement que la famille a bataillé des semaines pour se procurer. L’opératrice répond alors cyniquement : « Oui, vous allez mourir un jour, comme tout le monde, ok ? ». La jeune maman finit par appeler SOS Médecin. Elle sera prise en charge 5h après son premier coup de fil. Elle décèdera à 17h30 le jour-même.

Depuis, les proches veulent connaître toutes les circonstances de la mort de la jeune maman. Ils ont décidé de publier l’enregistrement sur le site d’information Heb’di afin de toucher l’opinion publique. Rapidement, l’affaire fait le tour des réseaux sociaux et une pétition sur Change.org rassemble, à ce jour, un peu plus de 310 000 signatures. « Les portes étaient fermées pour nous, la pétition a été notre voie de secours », explique Honorine Musenga. Louange complète : « On a appelé la police deux fois depuis l’autopsie, personne nous a aidé alors on a décidé d’enquêter de notre côté avec des avocats et des experts qui nous ont contacté suite à cette pétition ». 

Pour la ministre, nous recevoir c’était un protocole parmi d’autres. Je poursuis un objectif qu’elle ne peut pas résoudre : comprendre la mort de ma fille. Elle, veut améliorer le Samu

Un sentiment de solitude face aux pouvoirs publics qui s’accompagne d’un manque de reconnaissance selon Gloire, qui porte un t-shirt « Justice pour Naomi Musenga ». « Personne, ni de l’hôpital ni du gouvernement ne s’est déplacé chez nous pour nous présenter des excuses ». Reçus mercredi par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, la famille n’en garde qu’un souvenir de formalité. « Pour la ministre, nous recevoir, c’était un protocole parmi d’autres, sans aucune émotion. Je poursuis un objectif qu’elle ne peut pas résoudre : comprendre la mort de ma fille. Elle, veut améliorer le Samu. »

Leur mobilisation continuera donc sur le terrain jusqu’à la fin de l’enquête. Un match de foot est déjà prévu le 28 juillet à 15h au stade de la Rotonde à Strasbourg en hommage à Naomi. La famille réfléchit aussi à un moyen d’utiliser les témoignages qu’elle a reçus de personnes victimes, comme Naomi, de ce qu’elle appelle : « le mépris médical« .

Nesrine SLAOUI

Crédit photo : Nick PAULSEN

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