Internet fête ses 20 ans. Et pour le Bondy Blog c’est sans conteste une date importante. Evidemment nous, blogueurs, il y a 20 ans, venions à peine, à quelques années près, d’être éjectés du ballon rond de nos mamans. A cette époque, on était encore loin de se douter que deux décennies plus tard, on allait pianoter aussi vite que l’éclair sur nos claviers. Parce qu’avant la révolution du web et de l’ordinateur, ce fut celle des téléphones. « Toi, t’as pas connu l’époque du téléphone avec fil », martèle mon grand-frère. Et les grandes sœurs, hein, c’était pas commode, le téléphone des familles : « On était obligé de dire « elle » à tout bout de champ et on devait utiliser en permanence un prénom de fille au téléphone à chaque fois qu’on parlait des garçons. »

Chez moi, les grands ont négocié dur pour faire accepter par le daron l’idée d’un téléphone sans fil. Donc c’est vrai que nous, les « petits », avons hérité de la lutte sociale au sein de la famille pour ce droit fondamental qu’est l’accès au téléphone sans fil. Grâce à ce nouvel outil, chacun a découvert le plaisir de discuter dans son coin sans se faire fliquer par l’entourage familial.

Quant au net, l’évolution est considérable. Cela dit, permettez…On nous bassine avec cette idée qu’Internet permet aux gens de se rencontrer, d’échanger plus. Alors oui, il y a les forums, les sites de rencontres, mais si vous regardez bien, c’est avant tout pour parler de soi. Blogs narcissiques en tout genre, sites internet autobiographiques, albums photos sur Facebook… Tout renvoie à sa petite personne.

Le net ne connaît pas le mot « patience » : on tape des pieds comme de vilains enfants capricieux, pour que nos désirs soient des ordres auxquels nos interlocuteurs se doivent de répondre aussi vite que l’éclair – sinon, c’est l’arme fatale : l’envoi d’un « wizz » ou, plus sévère, le clic de départ. Auparavant, les destinataires de nos courriers avaient l’excuse des grèves du service public ou le prétexte de la lenteur du tri postal. Tel un tsunami, Internet a balayé les règles anciennes, et Mamon Google est apparu.

Moi, je dis qu’il faut casser le cou à cette idée préconçue selon laquelle Internet permet aux gens de se rencontrer. Les gens ne se rencontrent pas. Ils se racontent, un point c’est tout. Sur le web, les gens se montrent, s’inventent des vies, des activités, des passions, obligés de s’afficher à tel ou tel événement, contraints de mentionner à la minute prêt leur dernier croisement de jambes. Pourquoi faire l’effort d’une vraie rencontre – vous savez, sur un banc public ou dans un café – quand je peux rester affalée sur mon canapé, bière ou soda à la main, sans l’horreur du transport et de la confrontation avec l’être humain? Oui, les individus existent encore, ils sont faits d’os et de chair. A bas les réseaux sociaux qui n’ont que de social que le nom ! On nous a menti, réveillons-nous!

Internet, royaume de la goujaterie ! Insultes, propos déplacés… « Pardon, qu’est ce que t’as écrit là ? – Désolé, votre ami vous a bloquée. Vous ne pouvez plus discuter avec lui. Trouvez-vous de nouveaux amis. » T’as intérêt à plaire sous peine de blocage instantané sur msn. Parce que c’est aussi ça, Internet : faire disparaître tes soi-disant amis, comme par magie, de ton supposé tissu relationnel. Aussi vite arrivés dans ta vie que repartis. Du « essayer, goûter, jeter » new generation. Parce qu’au fond, la seule chose qui importe, c’est ma petite personne. Si ça ne te plaît pas, tu dégages. Au suivant !

Nassira El Moaddem

Nassira El Moaddem

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