Une religion qui ne dit pas son nom. À l’époque ministre de l’intérieur, il a tenté de bâtir les fondations d’un « islam de France » avec la création du CFCM (Conseil français du culte musulman) en 2003. Aujourd’hui, au crépuscule de son quinquennat, Nicolas Sarkozy, depuis les coulisses, poursuit les travaux de rénovation. La « Convention sur la laïcité » se veut l’Annonciation de cette nouvelle religion. Jean-François Copé, son apôtre.

Nicolas Sarkozy, c’est un peu le nouveau prophète du culte laïc, cette religion sans dieu mais pleine de dogmes, d’interprétations. D’extrémistes aussi. Ces partisans de la pensée unique ont leur propre définition de la liberté, se fondant toujours sur un malheureux fait divers pour ne considérer les choses que par un bout de la lorgnette. Lyes Hebbadj a été leur plus beau pain béni. Leur maîtrise de l’art schopenhauerien d’avoir toujours raison leur procure le monopole de la définition des valeurs universelles de liberté et d’égalité. Exemple : la femme musulmane voilée n’a pas fait le choix de sa tenue vestimentaire. La domination masculine sur elle, à travers les âges, a contribué à lui faire intérioriser son infériorité supposée. Un peu cliché. Mais ça marche toujours.

Bien que les Français de confession musulmane aient intégré depuis bientôt 106 ans le principe de la laïcité à la française, un discours bourdonnant voudrait les faire passer pour les réprobateurs de la loi de 1905. Une manière de retourner le problème pour arriver à leurs fins ? Au fond, les pourfendeurs de la laïcité ne sont-ils pas les mêmes qui prétendent la défendre corps et âme ? À force de vouer une adoration sans borne à la loi de 1905, ces laïcs de la riposte en ont dénaturé le sens et la portée. L’ont-ils seulement lue ? Au fond, ne veulent-ils pas réviser la loi de 1905 en utilisant un coupable désigné d’office, et en faire une loi de séparation du Minaret et de l’État ?

En plus d’être liberticide, leur conception de la laïcité est sacralisée, identitaire et sécuritaire. L’école républicaine est devenue un lieu saint, où l’habit constitue un trait quasi liturgique. Jusque dans ses réfectoires, les terroristes de la laïcité veulent imposer leur charia. Si manger du poisson le vendredi à la cantine ne gêne pas, les repas dits « sans-porc » (qui n’ont rien à voir avec quelque repas halal que ce soit) sont la damnation suprême.

Prétendant détenir le monopole du progressisme, ceux qui s’acharnent à vouloir débattre de la question de la place de l’islam en France (la « Convention sur la laïcité » n’étant qu’un doux euphémisme pour évoquer la deuxième religion de France) font preuve d’un conservatisme inavoué. Un déluge de paradoxes. Pourvu qu’il ne dure que 40 jours.

Hanane Kaddour

La même nourriture pour tous les écoliers. Je ne suis pas dupe : le débat qui s’ouvre aujourd’hui, porte officiellement sur la laïcité et officieusement sur l’islam. La religion musulmane n’est certes pas un sujet prioritaire du moment. A côté, il y a l’emploi, le logement et le pouvoir d’achat, par exemple, qui priment sur tout autre chose. Doit-on pour autant pas ne parler de l’islam, le mettre sous le tapis ? Je dis non. Pour le vivre-ensemble, il est nécessaire d’en discuter, même si la tenue d’un tel débat à un an des présidentielles a quelque chose de pervers et d’hypocrite.

Venons-en aux faits : l’Etat doit-il contribuer au financement de la construction de mosquées ? Faut-il interdire le halal dans les cantines scolaire ? Comment résoudre les problèmes posés par les refus, par le patient ou son entourage, de consultations en raison du sexe du médecin ? Et concernant le port du niqab, avons-nous vraiment trouvé la bonne solution ?

Voici des questions qui suscitent un intérêt particulier, peu importe les confessions religieuses de nos concitoyens. Mais la vraie question est de savoir si nos élites politiques arriveront à aborder ces sujets de manière intelligente et sereine. Je ne vous parle pas de la loi sur l’interdiction du port de la « burka », en l’occurrence du niqab, dans l’espace public, qui entrera en vigueur le 11 avril. Une loi rien que pour une ultra-minorité des musulmanes, c’est grotesque et très certainement difficilement applicable sur le terrain. Je ne vous parle pas non plus des préconisations du ministre de l’intérieur, Claude Guéant, qui demande l’interdiction du port de tout signe religieux non seulement par les agents des services publics, mais aussi par les usagers desdits services. Absurde.

Au lieu de créer des polémiques stériles et honteuses en convoquant un débat, ne serait-il pas plus simple de rappeler les principes de la loi de 1905, qui interdit tout financement public de bâtiment religieux ? D’appliquer le règlement intérieur des hôpitaux qui dit que chaque patient(e) doit être traité(e) sans distinction de sexe ou d’accommodement religieux ? Ne serait-il pas plus simple de réaffirmer (oui, réaffirmer) que la France est devenu un pays laïc suite à des mouvements de protestations, épris, parfois jusqu’à la mort, d’égalité et de liberté ? Et que cet héritage, nous avons bien entendu le droit d’en jouir, mais aussi et surtout le devoir de le perpétuer. C’est-à-dire, pour être très concret, car c’est dans les détails de la vie quotidienne que se niche le réel, d’établir des horaires de piscine publique sans distinction de religion, de proposer aux enfants des écoles, là encore publiques, la même nourriture sans y faire entrer de spécificités religieuses. La même France pour tout le monde.

Voilà l’affaire est réglée ! Alors, sérieusement : pourquoi un débat sur la « laïcité » (doit-on la remettre en cause ?) de quelques heures et dont on se demande bien quelles pourront en être les suites ? Tout ce cirque politique dans un but électoraliste, non pédagogique, est par nature vicié. Occupons-nous vite du chômage, de l’insécurité et de tout ce qui nous rend la vie dure. Et pour ce qui concerne la laïcité, appliquons les textes et règlements en vigueur.

Prosith Kong

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