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Gare de l’Est, en semaine, 18h00, le rush du soir. Imen, une jeune française de 22 ans, attend son train. Sur le quai, les autres usagers s’occupent comme ils peuvent, l’un au téléphone, l’autre en feuilletant son 20 minutes. Au milieu de tout ça, un individu banal. Seul son regard plein de mépris le signale dans la foule. Le nez se plisse, les yeux fixent leur proie : « Dégage saloperie! » La fronde est lancée au passage d’Imen. La jeune femme demande des explications, elle en sera quitte pour une deuxième attaque verbale, avant que l’homme ne s’en aille. Imen craque. C’est la goutte de trop. Depuis qu’elle porte le voile, c’est comme si elle vivait une nouvelle vie à travers le regard des autres.

Elle repense à ses examens oraux, en Master de droit. Un sans faute aux questions, les sourires et les hochements d’approbation des professeurs, mais des notes en dessous de la moyenne au final. Et cette femme à la bibliothèque publique du Centre Pompidou qui l’interpella devant tout le monde : « Vous là !  Vous méritez une amende pour ce que vous portez sur la tête ! ».

Durant son stage, un collègue a fait un scandale à cause de sa présence dans le cabinet d’avocat. Pourtant, Imen a tout fait pour rester discrète. Son voile réduit à la portion congrue et sa place attitrée à l’arrière du cabinet, à l’abri des regards, au fond à côté du chauffage, comme un cancre. Un mois de labeur fut à peine écoulé qu’un coup de fil du cabinet  lui signifia: « Ça ne sert à rien de revenir demain, on ne peut plus vous accueillir. Donc ne revenez pas ». Une telle rupture de contrat, c’est comme si votre petite copine vous larguait par mail.

Les malheurs d’Imen, j’y ai droit tous les soirs, elle partage ma vie. Son ordinaire mérite-t-il un article ?  Est-ce vraiment grave, au final, ce qui lui arrive ?

« Il y a eu en 2010, 188 actes islamophobes déclarés. Mais beaucoup ne nous remontent pas car dans l’atmosphère médiatique et politique actuelle, où l’on montre les musulmans comme des terroristes, ils ont du mal à se voir et à être vus comme victimes », affirme Lila Charef, responsable juridique au Conseil Contre l’Islamophobie en France (CCIF). Cet  organe juridique a été mis en place en 2003, pour recevoir les plaintes liées à des agressions ou discriminations envers la communauté musulmane française.

Le CCIF organisait, ce dimanche 30 Octobre, une conférence intitulée « Islamophobie : Etat d’urgence ». «On veut alerter tout le monde car ce qui se passe depuis quelques années est grave », déclare en ouverture de la conférence un modérateur. Sur un tracte, quelques chiffres : « 26 % de hausse des actes visant les individus en 2010 » et « 75 % des victimes sont des femmes ».

Les membres du CCIF sont tous bénévoles et ont, malgré leurs emplois et leur vie de famille, réalisé un travail de collecte de données considérable. Le CCIF n’est pas relayé par le monde politique français et les médias ne le connaissent pour ainsi dire pas. Alors qu’au niveau européen et supranational, il dispose d’une certaine reconnaissance : « Nous travaillons avec l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) et nous sommes devenus depuis cette année membre consultatif de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Malgré ce palier que nous avons franchi et notre travail depuis 2003, les politiques en France font preuve d’autisme » explique Marwane, membre du CCIF.

Dans la salle de l’espace Chevreul de Nanterre, où se tient cette conférence, il y a foule. Toutes les places sont quasi occupées. Des femmes voilées et non voilées, des hommes barbus, d’autres moins, d’autres pas du tout, certains en tenue traditionnelle et d’autres « à la mode ».

Les hommes et femmes ici présents se sentent tous préoccupés par l’islamophobie. Certains sont chefs d’entreprises, étudiants, cadres, signe que ces discriminations minent la communauté musulmane dans son ensemble, pas seulement les classes les plus populaires.

Au milieu de ces citoyens français, on remarque l’absence des politiques, hormis quelques têtes locales d’Europe Ecologie-Les Verts et d’Europalestine. « Il faut que l’on fasse notre autocritique. Pour que les politiques nous prennent au sérieux nous devons nous déplacer aux urnes.  Il faut, deuxièmement, ne plus jamais accepter que nos femmes et nos sœurs se fassent discriminer et pour ça, saisir le CCIF tout de suite » termine Marwane.

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Aladine Zaiane

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