Ils ont été hébergés chez les parents de l’un, puis chez les parents de l’autre. Ce jeune couple a fait toutes les démarches dans l’ordre mais sans se faire trop d’illusions. Comme tant d’autres, ils sont sans domicile fixe. Ils ont fait une demande de logement à la mairie, ont cherché dans le privé. Cela n’a jamais abouti. A la mairie, on leur a répondu qu’il y avait plus de 10 000 demandeurs de logement sur la liste d’attente. Dans le privé, on leur a demandé des garants et des garanties qu’ils n’étaient pas en mesure de fournir.

Et puis un jour la chance a tourné. Elle est venue de la référente sociale de Michèle, qui a mis le couple en contact avec un centre d’hébergement. La famille sans logement s’est vu proposer un petit deux pièces propre et pas trop cher dans le 19e arrondissement de Paris. Pour obtenir les clés de l’appartement, ils ont dû signer un contrat d’insertion avec à la clé l’attribution d’un logement social définitif. Ce qu’ils ont fait sans rechigner.

Ils ont enfin pu poser leurs valises et souffler un peu. La chance semblait être revenue de leur côté et ils commençaient à refaire des projets. Ça changeait du « jour le jour » dont ils avaient fait leur philosophie. Quelques mois plus tard, ils ont pris rendez-vous avec le responsable du centre d’hébergement pour parler de leur sortie possible via l’attribution du logement social promis.

A partir de là, les relations plutôt cordiales que le couple entretenait avec l’équipe d’insertion ont commencé à se détériorer. Selon Michèle, il semblerait que dès qu’elle a abordé le sujet du départ de sa famille, cela « n’a pas plu ». La durée de séjour dans un centre comme le leur ne doit pas dépasser six mois renouvelables, car il faut laisser la place à d’autres familles qui vont d’hôtels en hôtels, en général avec des enfants sous le bras.

« Ils ne nous laissent pas nous débrouiller tout seuls. Là, je n’ai pas fait appel à eux et ils me mettent la pression. Ils aimeraient que je sois assistée. Comme je ne les sollicite pas, ils doivent avoir l’impression de ne servir à rien. Je n’ai besoin que d’un logement. Mon responsable d’hébergement a accès à mes prestations CAF et se permet de s’immiscer dans ma vie. Je n’ai rien à me reprocher mais c’est pesant cette surveillance. Ils croient qu’ils ont tous les droits. Ça fait 11 ans qu’on galère, c’est pas pour autant qu’on a envie d’être infantilisés. J’ai demandé à être logée, pas fliquée. Ils doivent nous proposer un logement, c’est un cercle vicieux. Du jour au lendemain ils peuvent nous foutre dehors. »

Mais sachant que dans l’immédiat il n’y a pas de logement disponible, Michèle et son compagnon ne feraient-ils pas mieux de prendre leur mal en patience ? « Effectivement », admet Michèle. « Je vois que rien ne bouge pour l’instant alors je vais attendre. Encore. » Le couple va donc continuer d’avaler des couleuvres. L’ordinaire, quoi.

Nadia Méhouri

La chronique 19th DISTRICT paraît tous les mercredis.

Nadia Méhouri

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