Corbeil-Essonnes. Comment une famille peut pourrir l’ambiance d’une cité et pousser les autres à partir.

La cité, c’est la solidarité, c’est une ambiance, presque une manière de vivre. On exprime tout notre amour aux « darons et daronnes », ce qui signifie les parents. Lorsqu’on voit arriver une mère avec des courses abondantes, avec lesquelles elle se démenait depuis le Franprix du centre ville, c’est automatique, c’est presque une compétition à celui qui portera le plus de bagages.

La cité, c’est aussi, malgré ces lourdes tours de béton, un environnement sans frontières où une variété importante d’origines et de cultures se brassent et se confondent. Avec les habitants de la cité c’est: « Chez toi, c’est chez moi ». Si il n’y a personne à la maison, ce n’est pas un problème, j’ai une dizaine d’autres maisons qui m’accueilleront à bras ouverts. J’habitais dans un HLM du quartier de la Plaine, à Cachan dans le Val-de-Marne. Une résidence d’environ huit tours de dix étages.

Pourtant mes parents ont voulu déménager, à cause d’une situation qui se dégradait de jours en jours, à cause de l’arrivée dans le bâtiment d’une seule famille, qui a contaminé de ses magouilles, d’abord le bâtiment puis la cité. La famille en question faisait du trafic en tous genres (canabis, automobiles, motos, télés). J’avais l’impression qu’ils ne dormaient jamais, toujours à l’affût « 24 heures sur 24 ». En peu de temps, ils réussirent à entraîner dans leurs affaires illicites les jeunes de la cité qui étaient en échec scolaire ou avaient de graves problèmes familiaux.

La cité se dégradait de jour en jour, il y avait même des suspicions entre les habitants de l’immeuble, chacun accusant l’autre d’avoir cassé la vitre de sa voiture. De pétitions en pétitions, en vain – la famille perturbatrice n’a pas cédé, déterminée à rester dans la cité! Alors nous sommes partis.

Nous voilà aujourd’hui dans une banlieue pavillonnaire des alentours de Corbeil–Essonnes. La maison est spacieuse, il y a 4 chambres, un grand salon avec cheminée, et un grand jardin avec terrasse. C’est un véritable vide que j’ai ressenti dès notre arrivé. Une absence cruelle de gaîeté, alors que l’apparence des maisons, avec leurs jardins fleuris, pouvait annoncer le contraire.

Six ans après le déménagement, je ne connais toujours pas mon voisin. Et pourtant j’ai fait l’effort d’essayer maintes fois d’amorcer des discussions plus profondes que le simple « bonjour, bonsoir ». En vain, l’idéologie régnante ici, c’est « chacun chez soi, chacun pour soi ». C’est étrange, une sorte de ghetto voulu. Cela dit, si j’avais le choix, je ne retournerais pas à la cité, vu la manière dont certains de mes amis ont mal tourné. Ici, il y a moins d’ambiance mais l’environnement me permet d’avoir une concentration accrue sur mes études et d’éviter de tomber dans les vices de l’argent facile.

Pourtant j’éprouve souvent un sentiment de nostalgie quand je repense aux bons moments. Mes parents, eux, sont très contents d’avoir quitté la cité pour la réussite de leurs enfants. Ils admettent toutefois regretter l’univers chaleureux de la cité. Dans les cités, il n’y a pas que les voitures qui brûlent pour réchauffer l’atmophère, mais aussi les gens fabuleux qui y habitent !

Moussa Dabo (Lycée Robert Doisneau)

Moussa Dabo

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