A l’âge de 25 ans, la vie devant soi, David a subi un accident vasculaire cérébral. Tout aurait pu s’arrêter. Tout a finalement recommencé. Récit.

Les yeux sont le reflet de l’âme. Par sa force tranquille, David me confirme cette impression. Son regard parle plus que les mots. Saisi par son intensité, je me rends compte que je suis en face de quelqu’un qui revient de loin. Je suis face à un astre qui a failli s’éteindre. Il a, à peine, plus d’un quart de siècle et il a survécu à un accident vasculaire cérébral il y a de cela un an. « J’ai commencé par ressentir de la fatigue. Ensuite, lors d’un passage au supermarché, j’ai lâché à plusieurs reprises mon sac de courses que je portais dans ma main gauche. Ce n’est que dans la soirée, en présence de proches, que les symptômes se sont amplifiés. J’avais le visage qui tombait du côté gauche et je commençais à ressentir une sorte d’épuisement insoutenable. Aux vues de ces signes inquiétants, mes amis ont décidé de contacter les pompiers. Ces derniers m’ont transporté d’urgence à l’hôpital de Saint-Denis. »

David repart des urgences avec une ordonnance de paracétamol et on lui recommande « beaucoup de repos». Il passe la journée suivante à dormir. Les symptômes de la veille persistent. Sa famille qui n’a pas l’habitude de le voir ainsi l’accompagne à nouveau aux urgences.  Et là c’est le trou noir. Il n’a que des bribes de souvenirs imprécis. « Je me souviens du moment où on m’annonce mon transfert qui se fera sous une seule condition : la provocation d’un coma artificiel suite à un saignement cérébral. » Il est transféré à l’Hôpital du Kremlin-Bicêtre. De sa voix grave et tremblante, il me parle de son réveil qu’il qualifie lui-même « d’extraordinaire ». C’est avec ironie qu’il le décrit : « la sonde cérébrale a remplacé mon bol de lait chaud matinal et la poche urinaire me fait comprendre que le repos est et sera à l’ordre des jours à venir ». David ne comprend pas. Son esprit est brouillé. Il poursuit : « le pouvoir de l’anesthésie prend le pas sur moi. Je suis en proie à de singulières hallucinations. Je me souviens des mains de ma compagne et de mes mots que je ne mesure pas à ce moment là : ‘‘Qu’est-ce que tu fais là ? Tu es venue en covoiturage ou en train ? ’’ » La simplicité de ses questions peut paraitre surréaliste, mais cela cache un drame en trois lettres. « Le diagnostic tombe. Le saignement cérébral s’est arrêté et un hématome s’est formé dans la partie droite de mon cerveau. On me parle d’AVC mais ça ne m’évoque absolument rien… »

Au fil des soins et des rééducations lourdes, David redécouvre son corps. Il a appris à apprendre. « La phase de rééducation a permis à mes proches et à moi-même de réaliser que je n’étais pas en mesure de reprendre le cours de ma vie sans passer par cette phase de réapprentissage ». Son entourage a beaucoup œuvré pour son rétablissement. « La présence de ma famille, de ma compagne et de mes amis a été capitale pour moi. J’ai l’intime conviction qu’ils m’ont détourné de la lumière blanche qui se profilait lors de mon coma. »

Un an après, l’heure est au bilan. David n’a plus de séquelles physiques. La période des maux de têtes récurrents semble révolue. Mais la gravité de l’accident l’a forcé à remettre son mode de vie en question. « Dire que j’ai le même train de vie qu’avant ça serait te mentir. J’ai perdu dix kilos et je m’alimente différemment.  Je découvre les joies du bio. » Cet ancien boulimique écoute son corps et essaie d’allier plaisir et modération. Son rapport à la spiritualité a également évolué. « Je suis baptisé et communié, mais je n’ai jamais eu l’habitude de me rendre à l’église ni de prier régulièrement. Un jour, à l’hôpital, ma mère m’a confié deux prières, depuis je prie tous les soirs. Pour tout te dire, j’ai toujours cru au destin et cette expérience a considérablement renforcé cette croyance qui veut que rien n’arrive par hasard. »

David ne cache pas son ignorance d’antan sur le sujet. Aujourd’hui, en bon pédagogue, il aimerait interpeler et expliquer à « un max de personne » ce qu’est l’accident vasculaire cérébral. « Avant mon AVC, j’étais de ceux qui se sentent intouchables. Depuis, j’ai accepté le fait d’être passé à côté de la mort. J’invite chaque personne à s’informer sur les symptômes de l’AVC et de lire les récentes études qui dressent un portrait très contrasté sur le sujet : les AVC diminuent pour les plus de 60 ans alors que le taux augmente chez les moins de 25 ans. Mais cela ne doit pas se restreindre à l’AVC. Chaque citoyen devrait passer un examen de premier secours pour une vigilance accrue sur la base de symptômes connus. »

Ce témoignage représente pour lui une opportunité de dire aux jeunes et aux moins jeunes que la vie lui a donné une deuxième chance qu’il ne veut pas gaspiller et être utile aux autres. « Si mon histoire peut aider d’autres personnes à adopter un mode de vie plus sain et être plus vigilants alors ça vaut la peine d’en parler. » Sur ces paroles bienveillantes s’achève notre entretien. Je souhaite bon vent à David et m’incline devant sa détermination et son courage quand j’apprends qu’il cumule actuellement un service civique avec des missions d’animations commerciales, tout en se laissant des plages horaires de repos pour souffler.

Balla Fofana

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