Après le sondage sur la déchéance de la nationalité algérienne, publié sur lepoint.fr cet été, c’est au tour du Figaro de se demander si les musulmans de France condamnent suffisamment l’assassinat d’Hervé Gourdel. Deux heures après le sondage était retiré du site.

Les sondages, c’est souvent comme les « études » du genre « les femmes couche-tard ont plus de risque d’être célibataires » ou « pourquoi les poissons nagent plus vite quand ils sont ivres » ? De la même manière qu’il y a des études drôles, il y a des sondages amusants aussi, et puis il y en a des louches (comme ceux commandés par l’Élysée), il y en a parfois des instructifs et il y en a aussi dont on se fout (genre : pensez-vous que Jay-Z a trompé Beyoncé ?).

Et puis il y a celui du Figaro du jour « assassinat d’Hervé Gourdel : estimez-vous suffisante la condamnation des musulmans de France ? » Bon. Celui-là c’est un sondage hors compétition, comme si les petites lettres de l’écran d’un journaliste de Minute s’étaient bizarrement retrouvées sur celui d’un journaliste du Figaro.

D’abord dans le « vous », n’oublions pas qu’il doit y avoir quelques musulmans, musulmans qui ont peut-être pris le sondage au sérieux en se disant « tiens, oui, ai-je suffisamment condamné ? » Mais ça veut dire quoi condamner suffisamment ? Les musulmans français doivent-ils en faire plus parce que justement ils sont musulmans ? Lorsqu’un non-musulman dit que l’assassinat d’Hervé Gourdel et d’autres est abject et inhumain, un musulman doit-il lui sortir dans la rue, pleurer, se frapper le visage, s’excuser ? S’excuser de quoi au juste ? Un chrétien pratiquant doit-il constamment rassurer sur le fait qu’il n’est pas pédophile ? Certains trouveront peut-être cette analogie grossière, avançant surement le fait que l’Islam est une religion disposant d’une dimension politique, voulant toujours s’étendre et exterminer l’étranger lorsque le christianisme n’incite jamais à des gestes déplacés envers des petites têtes blondes. Reste que l’Islam est la deuxième religion de France. Et que je n’ai pas encore vu de grande compétition de décapitation d’infidèles.

À longueur de polémiques, ou quand il n’y a rien d’autre de plus intéressants à se mettre sous la dent, c’est à peine si les musulmans de ce pays n’ont pas à se fouetter à grands coups de saucisson corse, à dissimuler cette foi que l’on ne saurait voir et tout d’un coup que leur demande-t-on ? Crier haut et fort qu’ils sont musulmans, se constituer en petits bataillons de gentils soldats de l’amour pour dire « ah oui moi je ne suis pas d’accord avec le fait que l’on égorge des innocents ». Parce que cela n’est pas évident ?

C’est cette évidence que l’on occulte pour je ne sais quelles raisons, qui fait que certains ne souhaitent pas à participer à cette campagne lancée sur les réseaux sociaux « #NotInMyName ». Parce que cela pose une sorte de postulat implicite qui oblige les musulmans à rassurer comme pour dire « non, un tueur sanguinaire ne dort pas en moi et je ne vais pas casser mon PEL pour prendre un aller simple direction Mossoul, y acheter une esclave et tirer sur tout ce qui bouge ».

Le Figaro a retiré son sondage, ils étaient 87 % à avoir estimé que les musulmans n’avaient pas assez condamné l’assassinat d’Hervé Gourdel, donc pas d’éloge flatteur pour le Figaro, seulement la liberté de blâmer et surtout celle de laisser Hervé reposer en paix.

Latifa Oulkhouir

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