Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

«Ce pays n’est pas un pays laïc». Elle n’a pas l’habitude de s’agacer. «Où est notre liberté ?» Elle n’a pas l’habitude de dire les choses. Mais aujourd’hui, elle les dit. Parce qu’elle en a assez du silence. Au départ, on parle d’un film, d’un livre, d’Internet qu’elle paye 2250 dinars par mois (22 euros). Des choses de la vie. Et la conversation s’emballe.

«Je ne fais pas le ramadan, ni moi ni mon mari». Elle l’avoue comme elle ne  l’a jamais avoué. «D’ailleurs, ils sont beaucoup, dit-elle, à ne pas le faire, mais maintenant, on ne peut plus dire qu’on ne le fait pas. Avant, il y avait un certain respect, maintenant c’est dangereux d’assumer». L’année dernière, en Algérie, deux ouvriers chrétiens ont été jugés (et acquittés) pour n’avoir pas respecté le jeûne.

«Je ne suis ni chrétienne, ni musulmane. Je crois en une force spirituelle, c’est tout. Mon mari, lui, est athée» raconte Asma. Et de poursuivre : «Avant les années de terrorisme, on avait le choix. Depuis, ça s’est durcit. Par exemple, moi, je n’oserai jamais fumer dans un lieu fumeur, même cachée, pendant le Ramadan», poursuit-elle.

Alors, les non-jeûneurs se cachent. «Le matin, on prend notre café et on doit attendre de rentrer le soir pour manger ou boire». Devant ses amies, elle fait comme si de rien n’était. Elle parle de la qualité des fruits, cette saison, qu’elle juge «mauvaise». Elle parle de prix, de viandes. Les préoccupations principales pendant le Ramadan. «Le seul pays musulman vraiment laïc, c’est la Turquie. Tu peux faire ce que tu veux. Même pendant le Ramadan, on te propose à manger», dit Asma.

Sa voisine, malade et contrainte à avaler des médicaments tous les jours, ne jeûne pas. «Il y a deux catégories de gens qui ne font pas le ramadan : les malades qui ne peuvent pas et les intellectuels qui refusent de le faire, par principe». Mais même ces derniers n’ont pas intérêt à se prélasser à la terrasse d’un café. «C’est inimaginable», confirme la voisine d’Asma. En Algérie, le ramadan semble aller de soi.

Mehdi Meklat (Alger)

Crédit photo: caricature de Dilem parue dans le quotidien algérien Liberté .

Articles liés

  • Après Trappes, le procès du racisme médiatique

    Depuis l'attentat raciste de Trappes, la colère contre les médias ne retombe pas. Accusées d'avoir promu les discours de haine, les chaînes d'information en continu cristallisent les critiques. Une étude sur la couverture télévisuelle de l'attaque révèle aussi la place dérisoire accordée aux victimes, comparée à celle réservée aux dégâts matériels des manifestations.

    Par Ramdan Bezine
    Le 03/11/2026
  • Rue d’Aubagne : huit ans après, le logement indigne tue encore à Marseille

    À la veille de l'ouverture du procès en appel des effondrements de la rue d'Aubagne, qui avaient fait huit morts en 2018, plusieurs centaines de personnes ont manifesté dimanche à Marseille pour réclamer un logement digne. Huit ans après le drame, les habitants dénoncent une situation qui perdure et entendent inscrire leur combat dans le mouvement contre la vie chère.

    Par Samy Hage
    Le 02/11/2026
  • Les antifascistes font barrage au week-end de la « remigration »

    À la veille de l'acte III des mobilisations sociales, les antifascistes s'organisent pour faire barrage à trois événements d'extrême droite annoncés en région parisienne. Deux ont été interdits jeudi 29 octobre, quelques jours après l'attentat raciste de Trappes. Une première victoire pour les militants, qui n'entendent pas baisser la garde.

    Par Valentin Wender
    Le 30/10/2026