Pour la quatrième année consécutive, l’association des paralysés de France publie son baromètre de l’accessibilité. Alors que la plupart des villes de France se sont améliorées, Marseille continue à jouer les mauvais élèves.

Moins 13 places par rapport à l’année 2011. Marseille fait encore figure de mauvais élève et pointe à la 83e place sur 96. Le baromètre de l’accessibilité publié tous les ans par l’association des paralysés de France (APF) a pour premier objectif d’évaluer l’avancée de la loi handicap. Parue en 2005, celle-ci prévoit que les bâtiments accueillant du public et les transports en commun soient accessibles aux personnes handicapées dans les villes de France d’ici à 2015. 96 villes de France sont ainsi passées en revue et notées. Le bilan pour 2012 : la note globale française  a pris un point de moyenne passant de 12 à 13. En tête, la ville de Grenoble. Elle rafle la première place à Nantes qui détenait la palme des villes les plus accessibles de France depuis deux ans. « Cependant, ces améliorations ne sauraient masquer le retard de grandes villes comme Marseille, Besançon, Dijon, Valence ou Bobigny », souligne le rapport.

Un constat que Linda ne peut pas contredire. A 33 ans, la jeune femme ne peut se déplacer qu’en fauteuil roulant car elle est infirme moteur cérébral de naissance. Les rues de Marseille sont un calvaire pour elle. Pour se rendre à son travail elle doit traverser l’Avenue de la Capelette. Un exercice de haute voltige pour les piétons, un cauchemar pour les personnes en fauteuil. « Quand il y a un trottoir accessible, il y a toujours une voiture garée, soupire-t-elle. Je ne peux pas venir en roulant, les trottoirs ne sont pas adaptés. Et puis, je me pause toujours la question, est-ce que je dois rouler sur la route ? Est-ce que je dois rester sur le trottoir mais c’est compliqué à cause des voitures et des travaux incessants à Marseille. »

« Pourtant, les choses peuvent-être améliorées de manière toute simple, explique David Laboucarie de l’association des paralysé de France. C’est difficile de passer d’un trottoir à un autre pour les personnes à mobilité réduite. Imaginez, vous êtes sur un fauteuil électrique de plusieurs centaines de kilos, c’est difficile à manier. S’il y a une marche de plus de trois ou quatre centimètres c’est impossible à franchir seul. Mettre en place des bateaux trottoirs est une solution simple. »

« On doit se battre tous les jours »

Impossible donc pour Linda de circuler sur les trottoirs marseillais. Impossible aussi de prendre le bus. « Il y a deux lignes de bus dits accessibles sur les soixante-dix-sept.  Mais soit les arrêts ne sont pas accessibles soit les conducteurs ne descendent pas la rampe car ça fait perdre du temps », regrette Linda. C’est pourquoi la jeune femme doit faire appel au service de transports à domicile mis à disposition par la métropole, le service Mobimétropole. Du mardi au vendredi, un véhicule équipé vient la chercher chez elle et l’emmène juste de l’autre côté de l’avenue. Même rengaine le soir. Le seul moyen pour Linda de mener une vie professionnelle. Pour les trajets ponctuels et imprévus (cinéma, courses, promenades), il faut s’y prendre à l’avance. Linda doit appeler une semaine avant. Une contrainte qui pèse beaucoup sur la jeune femme : « pour une personne valide c’est facile de prévoir quelque chose du jour au lendemain. Mais pour les personnes handicapées il faut tout anticiper, tout. Je regrette de ne pas pouvoir sortir comme je veux sans avoir à me dire qu’il faut que je programme un transport une semaine en avance. »

L’autre difficulté pour Linda, c’est l’ascenseur de son immeuble. « Le pire c’est chaque soir quand je rentre, je suis très angoissée. Quand j’appuie sur le bouton et qu’il marche je souffle de soulagement. Ça arrive très souvent que l’ascenseur soit en panne. Je ne sais pas ce qui est pire d’être coincé en bas ou en haut. » Quand elle est en haut, elle appelle à son bureau pour expliquer qu’elle ne pourra pas venir. Quand elle est coincée en bas, c’est un peu plus compliqué. Il faut que quelqu’un l’aide à monter sans son fauteuil ou l’héberge dans un lieu accessible pour elle. « Je ne ressens pas vraiment mon handicap, ce sont les situations qui deviennent handicapantes.  On doit se battre tous les jours. »

Pris en compte dans la conception, l’accessibilité coûte seulement 1% du total du prix

Hormis les transports et les adaptations de la voirie, le classement de l’APF prend en compte l’accessibilité aux commerces et aux cabinets médicaux. Autre point faible de Marseille selon David Laboucarie : « Souvent c’est l’accès au lieu qui est un problème : les entrées des centres médicaux et paramédicaux et l’accès aux infrastructures sportives surtout les piscines. Concrètement, par exemple, pour un commerce ça va être une ou plusieurs marches à l’entrée. » Si les édifices publics doivent être construits ou mis aux normes, ce n’est pas le cas des bâtiments privés. « Nous ce qu’on remarque, c’est que les commerçants ne savent pas comment rendre accessible un lieu. Souvent ils imaginent que c’est très cher alors que souvent c’est assez simple : rajouter une petite rampe, un module déplaçable par exemple. »

Alors que la loi l’oblige, beaucoup de bâtiments publics sortent de terre encore aujourd’hui non adaptés à l’accès de personnes en fauteuil roulant. Pourtant, « à partir du moment où l’accessibilité est prise en compte dans la conception, le coût est relativement faible, environ 1% de la construction », remarque David Laboucarie. Linda se souvient en souriant : « Quand ils ont inauguré la patinoire un élu en fauteuil a dû monter par le monte charge. »

La jeune femme en rit mais c’est la preuve pour David Laboucarie qu’il n’y a pas de prise de conscience sur le sujet. « Nous ce qu’on aimerait c’est qu’il y ait une vraie politique de sensibilisation de l’accessibilité et qui pourrait être faite notamment par la municipalité. » Et c’est aussi peut-être surtout à cela que sert le baromètre. Pour l’APF, il permet de rappeler les difficultés quotidienne des personnes handicapées : « Franchement, c’est long, mais c’est un état d’esprit à intégrer. Le baromètre sert à ça. C’est une piqure de rappel, un moment dans l’année où on en parle. » Et afin de faire un état des lieux précis sur le département, l’APF des Bouches-du-Rhône a réalisé un baromètre spécifique. « On a remarqué que l’accessibilité n’est pas une thématique politisée. Arles, Aix, Aubagne sont des villes très accessibles mais sont de sensibilités politiques. » Une thématique qui n’a donc pas été récupérée par un parti selon David Laboucarie, : « l’accessibilité ne dépend que de la volonté politique. »

Malgré toutes ces difficultés à affronter au quotidien, Linda reste souriante et optimiste : « C’est ma philosophie, il y a toujours pire que soit. » Elle profite donc au maximum de la vie. Très dynamique, elle aime particulièrement aller au cinéma. Elle prend même des cours de danse, la moderne-jazz.  Son rêve : « J’aime beaucoup le patinage artistique et je me suis demandée si le patinage en fauteuil ça existe. J’aimerai beaucoup en faire. »

Charlotte Cosset

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