Retraité, mais pas inactif, l’ancien champion du monde n’a pas la langue dans sa poche. Poings sur les I face à la Fédération Française de Boxe, des projets en tête, mais surtout, son envie d’affronter Roy Jones sur le ring.
Jean-Marc Mormeck, champion du monde de boxe incontesté dans la catégorie des lourds légers (— de 90,719 kg) de 2002 à 2006 a pris sa « retraite » en décembre après un combat titanesque. Le champion s’entraine toujours avec Nasser Lalaoui et Halim Chalabi , coachs, dans la salle d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Il garde la forme, et reste affûté, en témoigne la photo postée sur les réseaux sociaux pour son anniversaire, le 3 juin. Pas besoin de retouche, mais d’un bon régime à base de sac de frappe et de travail physique. Le boxeur ne manque pas de projets, jamais très loin du ring sur le fond ou la forme. Le carré magique, il n’exclut pas de le fouler de nouveau dans un avenir proche.
Interview avec Jean-Marc Mormeck.
À Aulnay, l’annonce de votre retraite a dû faire un grand vide. Qu’en est-il de la relève ? Y’a-t-il des champions en devenir dans le club ?
Jean Marc Mormeck : Les entraineurs seront plus aptes à vous répondre, mais il y en a. Il y a quelques boxeurs aguerris qui combattent, je pense notamment au petit Yahia Tlaouziti [ndlr : 22 ans, 8 victoires, 1 défaite, 1 nul, 3 KO’s] qui est très bon.
Natif de Bobigny, vous avez tenu lors de votre dernier combat à rendre hommage à « ce coin de la banlieue nord » à travers la voix de Grand Corps Malade. Pourquoi était-ce important pour vous ?
JMM : Je pense que lorsqu’on a accompli quelque chose, il est important de remercier tous les gens qui nous ont accompagnés, qui nous ont aidés, qui nous ont encouragés, qui sont venus nous voir. Que ce soit dans le public ou devant leur télévision, c’est eux qui m’ont donné cette énergie. C’est pourquoi je pense que c’était important avant de partir, de remercier.
La banlieue, c’est ce qui vous a donné cette force ?
JMM : Forcément. Je le dis souvent, le fait d’être issu de cette banlieue m’a donné beaucoup de caractère. Cela m’a aussi donné cette envie de me surpasser dans tout ce que je fais.
Où en êtes-vous dans votre reconversion ?
JMM : Je fais beaucoup de choses. Dernièrement, j’ai fait une action pour l’ambassade américaine. Nous étions en Normandie, car ils aident des jeunes à monter leur entreprise et je travaille avec eux pour faire des interventions sur un parcours de vie et raconter comment j’ai pu m’en sortir. J’ai aussi fait une intervention en Suisse. Je suis également allé à Lyon pour les cités d’or, qui est une association qui aide les enfants défavorisés et qui sont dans des familles d’accueil. C’était de beaux échanges.
L’adrénaline de la compétition ne risque pas de vous manquer ?
JMM : Ça me manque déjà. C’est difficile de trouver quelque chose pour pallier cela, mais bon, je me trouverai peut-être un nouveau challenge. Je ferai peut-être un jubilé contre un boxeur que j’aimerai rencontrer. Quand je dis jubilé, je ne parle pas d’une démonstration, mais d’un vrai combat.
Avez-vous un nom en tête ?
JMM : Je ne sais pas, pourquoi pas quelqu’un comme Roy Jones*…
Un très grand jubilé donc ?
JMM : Ce serait quelque chose d’engagé. Quand je fais un truc, je ne le fais jamais à moitié, et je le fais bien.
Avez-vous déjà des contacts sur ce projet ?
JMM : Les contacts, ce n’est pas ce qui manque. Après, il faut prévoir où et quand. Je suis en train de régler des trucs en ce moment. Je pense qu’après ça va aller très vite. Roy Jones est encore actif, et les seuls combats qu’il a perdus, c’était contre des champions du monde. Il faudrait que je fasse quelque chose entre temps pour que ce soit beau.
Pourrait-on vous revoir aux alentours du ring ? Coach par exemple ?
JMM : C’est plus difficile coach. Je trouve ça dur d’entrainer les gars, puis de les voir sur le ring. En revanche, vous pourrez me voir en tant que promoteur, comme je l’ai fait pour moi.
Y a-t-il des promoteurs en France ?
JMM : Il va y en avoir. J’ai vu que Malamine Koné s’y était mis, ce qui est une bonne chose. Il a organisé ce grand gala au cirque d’hiver*.
On a pu vous voir au lancement du plan de lutte contre le racisme présenté par Manuel Valls le 17 avril dernier. Quel sera votre rôle dans ce plan ?
JMM : Je fais partie des parrains. Dernièrement, on a eu une réunion avec le préfet Gilles Clavreul pour discuter des interventions que nous allons mettre en place. Pour l’instant ça démarre.
Envisagez-vous une carrière politique ?
JMM : C’est flatteur d’être appelé par le Premier ministre. C’est quelque chose de positif, cela montre qu’on a fait quelque chose de bien, qu’on a un nom qui porte. De là à parler de carrière politique, il y a un pas. Un poste m’intéresse tout de même, qui pour moi n’est pas un poste politique, celui de commissaire à la diversité et à l’égalité des chances. Je pense que l’on doit fédérer, et tendre la main aux jeunes, parfois en manque de repères. On a besoin de rêves. Il n’y a de rêve nulle part ailleurs qu’aux États-Unis. Je pense qu’il faut mettre du rêve dans les banlieues. Il faut aussi alléger l’administration.
En parlant d’administration, à la fin de votre dernier combat vous avez déclaré vouloir rajeunir la Fédération Française de Boxe. Où en êtes-vous ?
JMM : J’ai commencé la boxe à quinze ans. Il y a toujours les mêmes personnes à la tête de la fédération. Ne faut-il pas la rajeunir ? Je pense qu’il ne faut pas avoir peur des mots, et dire les choses pour pouvoir dépoussiérer tout ça ! Il faut que les clubs et les entraineurs, puisque ce sont les entraineurs qui font les champions, puissent avoir leur mot à dire sur leur président. C’est légitime, le président ne doit pas avoir tous les pouvoirs. Il faut séparer les pouvoirs, par exemple les arbitres. Il doit y avoir un représentant des arbitres.
Dans quel état est la boxe en France selon vous ?
JMM : Aujourd’hui elle est un peu sinistrée, mais je pense qu’elle repartira. Il faut un nouvel élan. Il faut restructurer ce sport.
L’équipe 21 a retransmis beaucoup de combats mettant en scène des Français et des Françaises à l’échelle internationale dernièrement. Y’a-t-il un renouveau de l’intérêt du public hexagonal pour la boxe ?
JMM : Je pense que oui. Il y a du monde dans les salles et devant la télé. Il suffit de voir mon dernier combat, on a fait quand même près de 800 000 téléspectateurs. C’est beaucoup, c’est la 3e meilleure audience de la chaîne depuis qu’elle existe. Il y a un vrai public qu’il faut fidéliser. Il faut aussi redéfinir les règles de ce sport. Il faut une vraie explication, car il y a beaucoup de fédérations. Il ne faut pas s’affilier à d’autres fédérations, et conserver une règle de conduite pour que le public comprenne mieux.
Le 2 mai a eu lieu le « combat du siècle » entre Floyd Mayweather et Manny Pacquiao. Ce duel vous a déçu ?
JMM : Déçu non. C’était un coup marketing, on s’attendait à un truc extraordinaire. Mais est ce qu’on annonce un combat du siècle ? Non. Je pense que c’est le public qui définit ce qu’est un combat du siècle. Par exemple, Ali-Foreman, on a vendu un combat entre deux grands champions, et ça a été le combat du siècle. Là, à l’inverse, on a eu un beau combat entre deux grands champions.
Pensez-vous que Hassan N’dam puisse redevenir champion du monde samedi ?
Je l’espère pour lui. On a besoin de champions. On a Cédric Vitu qui est devenu champion d’Europe, je lui ai d’ailleurs envoyé un petit message pour le féliciter. Hassan N’dam rencontre quelqu’un qui frappe apparemment. Que le meilleur gagne, j’espère en tout cas qu’il le deviendra.
Mathieu Blard
*Roy Jones Jr, boxeur de 46 ans toujours actif est une légende de la boxe. Il fut champion du monde des poids moyens (-72,574 kg), des poids mi-lourds (-79,378) et des poids lourds (+90,719). Il évolue actuellement dans la catégorie des lourds-légers (-90,719) où il n’a, pour l’heure remporté aucun titre majeur. À noter qu’il a affronté en 2013 Zine Eddine Benmakhlouf, qui s’entraine avec Jean-Marc Mormeck. Un combat avec Jean-Marc Mormeck avait déjà été évoqué en 2012, mais celui-ci n’avait pas eu lieu. Un duel entre ces deux boxeurs devrait ravir certains fans.
**Gala « apocalypse », qui a eu lieu le 13 juin, où certains des meilleurs boxeurs Français se sont produits, parmi lesquels l’ex boxeur olympique désormais champion de France Nordine Oubaali, ou encore l’excellent poids lourd Carlos Takam.

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