J’arrive en retard au culte. Je pousse la porte au parterre d’une grande maison individuelle, la salle du Royaume comme la nomment les témoins de Jéhovah. « Le culte est public, tout le monde peut venir… » m’avait dit Hélène. A l’entrée, des cerbères trient le bon grain de l’ivraie. « Vous avez été invitée par qui? » me demande l’un d’eux. « Par Hélène que j’ai rencontrée au marché de Bondy où elle tenait un stand ». « Hélène comment? » « Je ne sais pas son nom de famille Monsieur ». Il insiste pour connaître le nom de famille. Coup de bol, je vois Hélène dans la salle. Je la désigne.

Apparemment, l’entrée du Royaume est bien gardée… J’ai de la peine à écouter le « frère » qui enseigne, un français pure souche. Hélène prend place à côté de moi. J’aimerais lui poser quelques questions sur son expérience de témoins de Jéhovah à Bondy. Nous nous isolons dans un petit local. C’est d’abord son mari, un fervent catholique de la Guadeloupe qui s’est converti. Comment les voisins ont-ils réagi? « Au début les gens ne comprenaient pas. Ils pensaient que nous faisions partie d’une secte. Puis ils se sont rapprochés. » Elle me parle de ses anciens voisins français, « des racistes », qui soudain, apprenant leur conversion, ont changé d’attitude à leur égard. « Ils nous ont même confié les clés de leur appartement pendant les vacances ». Quel miracle, ais-je envie de commenter. Et lorsque les témoins vont faire du porte-à-porte, sonnent-ils aussi chez les musulmans? « Oui bien sûr. Mais à Bondy, c’est spécial, les gens me connaissent. Certains musulmans nous font rentrer. Nous discutons de religion. Parfois l’on me dit: « Mais convertissez-vous donc à l’islam! Je leur réponds: « L’islam ne met pas en pratique les principes de Dieu. De plus, des gens prennent les armes au nom de l’islam ».

Hélène a été en prise directe avec les événements puisque son immeuble a dû être évacué. « Ils ont tout brûlé dans notre parking. Le lendemain, j’ai dû prendre congé, car j’étais fatiguée et bouleversée. » Hélène s’inquiète: « Si un jour il se passe la même chose dans toute la France, comment les êtres humains pourront-ils faire face à la situation? Seul Dieu pourra régler cela. » Mais alors pas au Kärcher j’espère!

Par Sabine Pirolt

Sabine Pirolt

Articles liés

  • À Paris, la Modest Fashion fait le show et s’engage

    Pour la première fois en France, un événement dédié à la mode pudique a vu le jour. Organisé par l’agence et média Modest Fashion France, l’événement « Modest Fashion Summer Session » s’est déroulé du 7 au 8 mai 2022. Étoffes chatoyantes, clientes enjouées, talks à thèmes et défilés étaient au rendez-vous. Retour sur un événement aussi stylé que politique.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 16/05/2022
  • Aux Pavillons-sous-bois, des mois sans anglais ni histoire pour des troisièmes

    Au collège Anatole France, aux Pavillons-sous-Bois, pendant des mois certains élèves de troisième n'ont pas eu de professeur d'histoire-géographie, ni d'anglais. Alors même qu'ils et elles préparent le brevet. Une situation chaotique que beaucoup d'établissements dans le département de Seine-Saint-Denis ne connaissent que trop bien. Reportage.

    Par Hadrien Akanati-Urbanet
    Le 11/05/2022
  • Objections, des poèmes pour raconter les comparutions immédiates

    Le 15 avril est paru Objections, Scènes ordinaires de la justice, un livre de l’historien et poète, Marius Loris Rodionoff. Il y raconte en poèmes les comparutions immédiates auxquelles il a assisté entre 2015 et 2019, dans les Tribunaux de grande instance de Paris, Lille et Alençon. Un livre percutant dont les portraits qui s’enchaînent nous montre la misère sociale et la violence de cette justice ordinaire qui condamne et emprisonne chaque jour. Critique.

    Par Anissa Rami
    Le 10/05/2022