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Marché flottant. Oui, j’ai bien dit « flottant », posé sur des petites péniches, Quai Montebello, en face de la cathédrale Notre-Dame, dans le quartier Saint-Michel à Paris. Ici, point de marchand hurleur « 2€ le kilo, ma p’tite dame ! » C’est pas le genre. Le genre de ce marché-là, c’est le bon calme campagnard dans la capitale. Et pour moi, c’est l’occasion de gagner un peu d’argent. Je suis paysanne pour quelques jours. En ce vendredi 19 septembre, déguisée en fermière avec un chapeau de paille et un tablier vert, j’y distribue des petits sachets en papier que les passants pourront remplir gratuitement de pommes, de raisin et d’ail.

Rien de tel qu’une tranche de foie gras de canard et un bon verre de vin pour se réchauffer ! Mais ça, c’est payant. De 8 heures du matin jusqu’à 19 heures, on n’arrête pas. Habitante de Bobigny, je me transforme en ambassadrice des produits du Sud-ouest. Une fanfare met l’ambiance. Des odeurs, créant un mélange quelque peu corsé, attirent les narines. Sentir des petits gâteaux aux coquelicots et aux lilas, c’est fort agréable.

Paris est la première capitale touristique du monde et le quartier Saint-Michel est particulièrement visité. Des touristes ignorent mes petits sachets et mes « bonjours ». C’est comme s’ils ne me voyaient pas. Les goujats ! Bon, je ravale ma fierté. Pas grave, après tout. Mes touristes préférés sont les Québécois et les anglophones. Avec eux, j’ai toujours droit à un sourire. Bien que parlant anglais comme une Française, je parviens à expliquer pourquoi je leur donne des sachets. Chez les touristes français, seuls les 45-80 ans se montrent intéressés par ma démarche et en plus, ils sont très sympathiques.

Le marché a ses habitués, qui reçoivent des invitations personnalisées sur leur boîte e-mail et qui, avant même que je ne leur aie adressé la parole, me disent : « Ah le sachet ! Donnez-le-moi, je vais aller chercher mes fruits ! » Bon, moi, au moins, j’économise ma salive. Et puis, il y a des Parigots qui se la jouent cailleras et qui me tiennent ce discours : « C’est quoi votre truc ? Pourquoi t’es sapée comme ça ? Vas-y, c’est de l’arnaque, ton marché il est bidon. » Sur le sachet que je distribue, il y a pourtant un texte qui dit ce que je fais et explique pourquoi je suis vêtue de la sorte. Mais eux, ça ne les convainc pas. Passons…

Heureusement qu’il y a des gens fort courtois, comme ces dames âgées qui viennent se confier à moi, en étant très tactiles. Elles ne demandent qu’une chose : l’amitié d’une jeunesse qui leur rappelle leur vie d’antan, ainsi qu’une aide pour descendre ces nombreuses marches qui mènent au marché. Profitez-en, il est encore ouvert aujourd’hui et demain dimanche.

C’est la première fois que j’y travaille. C’est une découverte pour moi qui, d’habitude, me cantonne à ma « petite » banlieue du 93. Il m’a suffi d’une dizaine de stations, métro et RER confondus, pour pouvoir faire de nouvelles rencontres. L’atmosphère qui se dégage du quartier Saint-Michel, bercé par les cloches de Notre-Dame, est reposante et ensoleillée. Je vous conseille de vous placez au-dessus du quai Montebello, face à la cathédrale, vers 19 heures, pour observer ce coucher de soleil rasant les pierres et s’écrasant dans la Seine.

Inès el Laboudi


Les marchés flottants_0001
 

envoyé par Bondy_Blog

Inès el Laboudi et Widad Kefti

Ines el Laboudy

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