La saison de foot 2009 est finie et comme tous les ans, elle en aura fait rêver plus d’un. Et fait chuter pas qu’un seul. Yanis, 25 ans, s’est toujours vu footballeur. Il joue depuis tout petit dans le club de sa ville et malgré son âge – à 25 ans, dans le milieu du foot, on n’est pas un perdreau de l’année –, il garde l’espoir d’intégrer un club professionnel. « Au collège, il m’arrivait même de m’endormir avec mon ballon, raconte-t-il. Je ne pensais qu’à jouer, quitte à jouer tout seul, mais j’ai complètement zappé les cours. J’ai jamais vraiment bossé, je ne sais pas de quoi j’aurais pu être capable, mais on m’a envoyé en BEP compta que je n’ai même pas passé. Aujourd’hui, j’ai encore l’espoir de jouer en pro, je me dis que, peut-être, un CFA ou un CFA2 pourrait me sélectionner. »

Seulement, Yanis, comme beaucoup de jeunes, n’a fait ni sport-études ni n’est passé par un centre de formation. Ses chances de se faire repérer par un club sont minimes. Croyant en ses chances, il a dû mal à se convaincre de l’utilité de suivre une formation professionnelle. « Quand on a un rêve comme le foot, c’est difficile de tirer un trait dessus et de s’avouer qu’on n’en fera pas son métier, dit-il. Quand je regarde un match à la télé, quand je voyais Zidane dribbler, ça me faisait rêver. Aujourd’hui, quand je regarde le jeu de Messi, ça me fait mal de ne pas être à sa place, je ne saurais expliquer, c’est entre la jalousie et la nostalgie. » Tantôt animateur, tantôt livreur, Yanis ne parvient pas à garder un emploi plus d’un mois.

Il n’est pas le seul dans ce cas. De nombreux jeunes refusent de regarder en face leur échec sur la voie du foot pro et s’interdisent d’envisager tout autre activité. Une légende urbaine veut que des détecteurs de talents viennent dans les cités repérer les génies de demain. Beaucoup croient en cette rumeur qui se transmet de génération en génération. Ces jeunes ne sont apparemment pas conscients du chemin extrêmement difficile qui mène au poste occupé par un Benzema ou un Gourcuff et qu’il est encore plus dur d’y parvenir lorsque qu’on ne sort pas d’un centre de formation. Lionel Messi et Cristiano Ronaldo ont été repérés à l’âge de 10 ans !

Rachid, lui, est passé par le centre de formation d’Amiens. Ce n’est pas pour autant qu’il a trouvé facilement un club professionnel où jouer. « Quand on entre dans un centre de formation, on n’est pas sûr de pouvoir intégrer l’équipe auquel le centre est rattaché, explique-t-il. Et trouver un agent en qui on peu avoir confiance, c’est tout sauf évident. Moi, je ne suis pas resté en France. Mon agent m’a trouvé une équipe en Belgique. C’est loin d’être la situation dont je rêvais, le salaire n’est pas mirobolant du tout. En plus, si jamais je me blesse, je ne joue pas, et si je ne joue pas, je ne suis pas payé. Je ne suis même pas sûr de signer un contrat l’année prochaine, puisque je n’ai signé qu’un contrat d’un an. » Rachid vit donc une situation professionnelle précaire, comme la plupart des footballeurs de troisième et deuxième divisions.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, des filles aussi rêvent de vie en foot. Et négligent pour cela leurs études. C’est ce qui est arrivé à Audrey : « J’ai toujours adoré le foot, petite je battais même les mecs de ma cité, dit-elle. Ici, le foot, c’est une sorte de respect, si tu sais jouer au foot, t’auras jamais de problèmes avec les gens, ils ont une sorte d’admiration pour ceux qui savent jouer. Aujourd’hui encore, je joue au foot mais pas en pro. »

Audrey n’a malheureusement pas prévu de plan B. Aujourd’hui, elle travaille à l’usine l’Oréal d’Aulnay-sous-Bois, où elle étiquette les produits de la marque. A l’évidence, ce n’est pas la carrière professionnelle qu’elle envisageait.

Widad Kefti

Widad Kefti

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