Dans Les douze travaux d’Astérix, lors de la huitième épreuve, nos chers gaulois doivent récupérer le formulaire A-38 dans un bâtiment bureaucratique romain, épreuve censée les rendre fous, tant les poncifs sur les fonctionnaires qui les accueillent sont poussés à l’extrême. Une journée au consulat d’Algérie c’est normalement ça, un bâtiment qui rend fou et des heures d’attente à faire la queue pour un papier. Des heures et des heures, on y passe généralement la journée dans le stress et la cohue. Je me suis mis la tête dans les mains et j’ai respiré un long moment par saccade quand j’ai découvert que mon passeport vert était périmé depuis février. A moi les joies moscovites du temps de la mère patrie soviétique, celles consistant à s’insérer toute la journée dans une longue traine faite d’hommes, afin de dégoter un kilo de patates ou de la paperasse. La perspective de ce ROYAL PLAN GALERE sauce Deluxe lame Quatro Sensor Excelle me plongea dans une abyssale consternation. Faire la queue au consulat, faire la queue à l’aéroport, faire la queue à la corvée d’eau du village, faire la queue au siège de la wilaya, faire la queue pour un visa ! Faire la queue, faire la queue, encore et toujours.

La nationalité algérienne, même si elle est doublée avec la Française, avant tout c’est ça, passer du temps en fil indienne avec autrui ; un fondement de notre identité nationale à côté de la 405 srdt et de notre passion pour le fromage et le pain. Armé d’un gros livre en vue de tuer le temps, je commençais mon périple vers le nouveau consulat, à Bobigny. Eh là… c’est le choc ! C’est grand, c’est spacieux, c’est climatisé, c’est rond… C’est bien ! Rien à voir avec l’ancien consulat à Aubervilliers tout miteux qui faisait honte à la communauté. Pour l’attente, le numéro 60 est affiché sur le panneau électronique, on me tend le numéro 247. Mais bien évidemment, « La Perceuse » (mon surnom parce que je rentre partout) a toujours un truc. J’avais déjà le numéro 60 en partant de la maison. Rien de bien impressionnant, une âme charitable faisait la queue pour moi depuis ce matin. Je passe au guichet, on me demande 7 photos je n’en ai que quatre « ce n’est pas grave » me dit avec le sourire, la charmante fonctionnaire de la république démocratique et populaire qui tamponne mes nouveaux papiers. Merde ! Ils sont aimables, souples et serviables en plus ! Où suis-je ? Est-ce que mes parents sont devenus Suisses où Luxembourgeois depuis ma dernière visite dans un consulat ? Etape suivante, la caisse. Etre algérien ça ne coute que 63 euros tous les 5 ans. Ensuite, plus rien c’est fini.

45 minutes pour un passeport, une carte d’identité et une carte consulaire. Même avec mon truc de Bondynnois ça aurait dû me prendre au moins 3 bonnes heures à l’ancien consulat. « Je suis la depuis 7h30, on m’a délivré mon passeport à 11h30 …» confie un compatriote, un autre lui répond « eh alors tu as jamais fais la queue de ta vie ? Souviens-toi à Aubervilliers, tu faisais la queue à l’aube, tu emportais ta gamelle, et tu repartais au couché du soleil. » « Ah maintenant c’est beaucoup mieux ! C’est la classe. Grand luxe ! », s’exclame un autre. Je ne me sens pas bien, j’ai la tête qui tourne, j’ai besoin de m’assoir. Je viens de jeter des fleurs à la bureaucratie algérienne.

Idir Hocini

Idir Hocini

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