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Au sortir d’un chat au Nouvel Observateur, Place de la Bourse, l’envie subite de visiter le quartier nous a pris. « Tiens si on faisait un post sur notre périple mon cher Idir ? » me dit d’un air guilleret Kamel. Le hasard a voulu que nous soyons équipés d’un appareil photo, d’un carnet de notes et d’un stylo. Le ciel était limpide comme un matin de printemps en fleurs et dans l’air flottait comme une odeur de paprika ….Mon compagnon me sommant d’arrêter de jouer le mytho voici donc une intro moins emprunte de lyrisme : « Ne rentrez pas à Bondy sans avoir fait un papier ! Le Mc Do ça se mérite! ». C’est sur cette terrible injonction que notre rédacteur en chef nous quitte après le déjeuner suivant notre matinée au Nouvel Obs. On aurait préféré un grec mais on s’exécute. Après Kamel chez Sarko, Kamel avenue Montaigne, voici donc Kamel au quartier de la Bourse (jusqu’aux Galeries La Fayette).

« Tu sais pas prendre une photo, passe ! ». « Arrête de faire ton timide laisses moi-parler ! ». Le petit nouveau admire le maître à l’œuvre, Kamel au boulot c’est quelque chose. Impossible de pénétrer l’édifice de la Bourse, TF1 y tourne Femme de loi. Aucun des hommes habillés en costume gravitant dans le quartier ne veut avouer qu’il travaille dans la finance, notre sujet sur les golden boys tombe à l’eau. Ce n’est rien, Kamel propose tout bêtement de raconter ce qu’il voit.

Cette demoiselle tout d’abord, élégante et brushinguée contemplant la vitrine d’une armurerie. Mon ami, intrigué, l’aborde et lui demande pourquoi une femme pourrait bien s’intéresser aux armes : « J’habite en banlieue dans le 78, on sait jamais pour ma protection ». En plaisantant Kamel joue les connaisseurs et lui propose un flingue qu’il montre du doigt comme ça au hasard. Un python Magnum 357 de marque Colt, si j’en crois la forme de la crosse, à canon réduit (non je ne sus pas membre de la NRA, juste fan de Nicky Larson). Il continue sa boutade en affirmant pouvoir lui avoir des armes deux fois moins chères. La chalande prend notre ami au sérieux au point de quémander son mail ! Y a-t-il eu des Kamel en Tchétchénie ou des Kamel en ex-Yougoslavie ? Je me promis plus tard d’aller décortiquer les archives du Blog voir si je n’aurais pas manqué quelques épisodes d’anthologie.

On continue notre marche, Kamel s’émeut à la vue de mendiants dont l’activité contraste tant avec le pedigree du quartier. Une dizaine furent ainsi croisés sur notre route, des Roumains des Africains et même une sexagénaire qui semble venir de nos campagnes. Les distributeurs de billets à chaque coin de rue l’interpellent également : « Il n’y en a pas un à Bondy Nord (sauf celui de la Poste) tu te rends comptes, la CB de la banlieue, c’est la carte CMU  ». Kamel pointant du doigt un édifice, demande « c’est quoi cette gare ?», je lui réponds que c’est l’Opéra, le nom de la place où l’on se trouve confirme mes dires. On s’extasie devant les prix affichés dans chaque salon de coiffure : 25 euros la coupe pour hommes alors que c’est 10 à Bondy et même 6 chez le Pakistanais pour une coupe de luxe.

Voyant une jolie montre sous une enseigne Rolex c’est tout naturellement que mon camarade me propose d’aller s’enquérir du prix à l’intérieur. On passe un sas de sécurité, un vigile et, malgré le manque flagrant de moyens affiché par nos guenilles, nous sommes très cordialement accueillis dans ce haut lieu du luxe. La vendeuse propose à Kamel d’essayer la montre, ce qu’il fait sans hésiter. C’est fou à quel point une mécanique de précision à 21 800 € peut changer un homme. Dans le court laps de temps où ce bijou s’enroula sur le poignet de mon collègue celui-ci devint plus beau, presque fluo tellement j’avais l’impression qu’il brillerait dans la nuit. Redevenu Bondynois il promit à notre ôte de revenir dans les prochains jours l’acheter, « l’Euro-million c’est vendredi ! » lança-t-il avant de partir.

Arrivés aux Galeries Lafayette Mister El Houari n’eut qu’une seule remarque cette fois : « Je préfère le Carrefour de Rosny 2, c’est trop surfait ici». Kamel retourne enfin à Bondy le vent dans les cheveux coupés à ras, l’air était vif et les effluves de jasmin qui s’évadaient des palmeraies environnantes accompagnèrent notre ami dans son retour à Blanqui la lumineuse.

Ses dernières paroles furent pour son scribe : « Idir !! C’est quoi ces phrases de bouffon, tu te fous de moi ?! ». Une élévation de la voix, des poings serrés, un rictus de rage sur ce beau visage basané rappelèrent à ma mémoire ces magnifiques moments de partage avec père et son ceinturon. Un homme averti en vaut deux et court plus vite, d’autant que les deux filets o fish et la grande frite du midi pesèrent lourdement sur l’estomac de Kamel, incapable de rivaliser à la course avec son compagnon. 

Idir Hocini- Kamel El Houari

Kamel El Houari

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