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Difficile d’aborder le sujet sans passer par une perspective historique pour l’autrice.
« L’histoire française est très particulière. L’entreprise coloniale a été justifiée par une mission civilisatrice. Il fallait civiliser les peuples barbares. Le corps des femmes est devenu un terrain de lutte entre les hommes modernes et les hommes sauvages ». Par conséquent, la dimension raciste ne peut être écartée quand on en vient à évoquer la perception qui peut être celle des femmes voilées, « le voile est considéré comme un accent, une couleur de peau ».

Le voile en crispe aussi certains car il n’est pas tout à fait compatible avec le modèle de la galanterie, de l’amour courtois à la française. « Une femme doit donner des signes d’ouverture à la rencontre sexuelle mais sans être une prostituée pour autant ». Comment ne pas penser au tweet de ce journaliste d’un grand quotidien pour qui une femme voilée est « une femme qui proclame dans l’espace public qu’elle n’aura jamais de relation amoureuse ou sexuelle avec un non-musulman ». « C’est violent » ajoutait-il.

Le répertoire émotionnel s’est transformé, elles font partie des femmes qu’il faut fuir. 

Pour Kaoutar Harchi, il y a « quelque chose qui se joue en ce moment », « on veut punir les femmes qui s’écartent du modèle de féminité dominant ». Et notamment quand il s’agit des femmes voilées. « Pendant longtemps, il fallait aider ces filles, qu’elles rompent avec la famille. Elles faisaient pitié et n’étaient pas heureuses. Aujourd’hui, le répertoire émotionnel s’est transformé, elles font partie des femmes qu’il faut fuir. On les met sous un régime d’accusation ».

Et cette perception des femmes voilées, elle va évoluer avec l’âge. On va souvent cantonner les femmes voilée s d’un certain âge au rôle de « maman docile » trop occupée à confectionner des cornes de gazelle à leurs voisins pour avoir une identité et une personnalité propres.

« La perception d’un corps en pleine santé et d’un corps en train de faiblir n’est pas la même. Le féminisme c’est la reconnaissance de la subjectivité des femmes. Ces femmes ne sont que ce qu’elles paraissent être. Ce sont des femmes qui sont renvoyées à l’invisibilité, tout concourt à faire d’elles des êtres monolithiques. C’est violent de voir à quel point elles ne sont rien d’autre qu’un morceau de tissu. »

Aux femmes voilées : dévoilez-vous,
aux lycéennes : couvrez-vous

Rares sont les discussions sur les corps des femmes qui ne renvoient pas à leur sexualisation. « Le corps est réduit à ses fonctions sexuelles, les femmes sont toutes prises dans cette injonction. On parle souvent de double injonction mais en vérité, il y a une multiplicité de pôles qui lient la prostituée et l’épouse admirable ».

Mais il y a également un certain nombre d’injonctions qui vont s’ajouter selon les origines des femmes. Kaoutar Harchi pointe les « formes originales de domination ». « Il y a un imaginaire orientaliste concernant les femmes d’Afrique du Nord, d’Asie. Ces perceptions entrainent des rapports de pouvoir très particuliers et les femmes ne cessent de le payer ».

Il y a une multiplicité de pôles qui lient la prostituée et l’épouse admirable

Les femmes voilées sont quant à elles « soit soumises, soit actrices stratégiques de leur vie. Il y a la  possibilité pour elles d’être amenées à une exclusion totale ce qui les amène à une anticipation perpétuelle de leurs actes, à une hyperactivité mentale pour qu’aucun drame ne surgisse ».

Qu’il s’agisse de sexisme ou d’islamophobie, Kaoutar Harchi se réjouit que sur ces questions, « des ressources puissantes et une matrice intellectuelle » se construisent afin de créer un rapport de force visible et clair. Et peut-être faire changer les mentalités, petit à petit. 

Latifa OULKHOUIR

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