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Le prochain Koh Lanta, ils vont le tourner à Bondy Nord, mais chut ! C’est un secret. Là-bas il y a tout ce qu’il faut pour jouer aux survivants, c’est le Mordor. Les candidats auront droit à un kebab par jour mais ils devront le bouffer avec les autochtones, c’est-à-dire nous. Ils vont crever de faim, les pauvres, pire que dans les autres saisons, où au bout de deux jours ils commencent à se battre entre eux pour une poignée de riz. C’est que pour nous, le « grec » d’un autre, il a toujours eu meilleur goût. Côté épreuves aquatiques, l’eau verte fluo du canal de l’Ourcq fera très bien l’affaire, et tant pis si un bras leur pousse dans le dos à la fin du jeu. En final, on les met sur des poteaux à attendre devant l’arrêt du 346, un bus qui ne vient jamais. Ça pourrait franchement être une bonne idée, surtout qu’à Bondy, le cadre s’y prête bien, on a de la vie sauvage pour de vrai ! En 3D.

Avec un ami, on a crée le Bondy Geographic (ce juif voulait appeler ça le Judaic Geographic, parce que ça rime, soi disant). On a fait ça à cause de notre enfance au bled, lui au Maroc, moi en Algérie. On n’avait qu’une seule occupation pendant nos vacances d’été de galériens romains : regarder les reportages animaliers. Ils passaient en boucle sur nos chaînes nationales. Ils se prennent pas la tête, les politiques du bled, ces cochons. Avec un documentaire sur les guépards, pas besoin de censure, quoique qu’un guépard ça fait l’amour des fois et pas qu’un peu.

A part une grosse qui tombe par terre sur une autre grosse, qu’est ce qui il y a de mieux dans la vie qu’un reportage animalier ? Pardi, observer la vie sauvage de nos banlieues. C’est la mission du Bondy Geographic. Revenons au Mordor, ou dès le matin, du haut du toit de son HLM, Walid le faucon (ils aiment bien donner des noms aux animaux dans les reportages animaliers) quitte son nid pour nourrir ses trois oisillons. Il est venu de Paris, ou quelqu’un de la mairie a cru que c’était une bonne idée de faire un lâcher de faucons pèlerins dans la capitale pour qu’ils bouffent du pigeon. Walid banlieusard des cieux, dépasse en piqué les 300 kilomètres/heure, mieux qu’Air Algérie (1200 km divisé par 2 heures de vol + 4 heures d’attente à l’aéroport d’Alger). Il ne niche que dans la pierre ou le béton, autant dire qu’à Bondy Nord, il a l’embarras du choix,

A la gare, vers minuit, qui croise-t-on sur le quai ? Goupil le renard. De loin, il ressemble à un chacal avec sa longue queue beige, mais sa tête en triangle et son regard malin, ne trompent pas l’expert autoproclamé que je suis. A vue de pif, ça doit venir du parc de Sevran ou de La Courneuve, je dirais. Conseil, si vous vous balader en foret, ne mangez pas les mûres qui poussent trop bas, un renard, ça aime bien pisser dessus et ça vous donne des maladies.

Le furet et la fouine sont des espèces très communes à Bondy, on les aperçoit souvent la nuit tombée, filant entre deux voitures. La fouine est même l’emblème du F.B.I (Force berbère d’intervention), le service de renseignement le plus puissant de la ville, spécialisé dans la collecte de dossiers qui détruit la réputation des locaux. Une fouine, ça mange les rats. Un émigré clandestin vient de s’installer le long du canal, l’écureuil de Corée. Il fait chier parce qu’il se multiplie trop vite et qu’il n’a pas de prédateur. Pour l’instant à Bondy, j’en ai vu qu’un, donc ça va.

Le hérisson est presque commun. Malheureusement, il sert trop souvent de revêtement encore fumant sur la chaussée quand une voiture passe. Il regarde jamais quand il traverse. Avec ses piquants, ils se croit invincible, c’est comme nous avec le whisky.

Le loup a fait son apparition à Bondy. Rigolez pas, c’est vrai. Un ami, estimable Bondynois depuis deux générations, s’est procuré un chien loup tchécoslovaque. Une espèce de dog croisé avec des loups dans les années 1950. Ils avaient de ces idées, les soviets, je vous jure. Possesseurs de pit-bull et autre rottweilers, rhabilleez-vous. SI vous voulez faire les bonshommes pour de vrai, prenez un loup ! http://kairashopping.canalplus.fr/index.php?idvideo=27

Mes cousins des 3000 à Aulnay – et je conclus ainsi ce premier épisode du Bondy Geographic – m’ont parlé d’un lionceau volé dans un cirque par des coquins des Bosquets. Mais faut pas déconner, les salades pas fraîches, on me les vend assez facilement d’habitude, je suis un bon client, mais le coup du lion qu’on nourrit dans une cave pour le vendre dix mille euros en bisness, ça fait un peu histoire extraordinaire de Pierre Bellemare.

Idir Hocini

Idir Hocini –

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