Imaginons qu’à 21h30 vous êtes en pleine préparation d’un délicieux gâteau au chocolat. Soudain, vous vous rendez compte à la dernière étape de la préparation qu’il n’y en a plus, du chocolat. Il y a trois solutions: la première est de jeter toute la préparation à la poubelle, ce qui fait mal au cœur étant donné tout l’amour que vous y avez mis. Qui plus est, pensez à tous ces pauvres gens qui n’ont pas la chance de manger ne serait-ce qu’un bout de pain.  La deuxième est de prendre son courage à deux mains pour toquer chez la voisine.  Dernière solution : l’épicier du coin.

Kraiem a toujours accompli cet office au bout de la rue, il est «épiceman» comme il dit. Le magasin porte le nom d’Alimentation générale, comme les autres commerces du genre. Il est situé en plein milieu de l’avenue Edouard Vaillant, une des grandes artères de Bondy.

Il tient la boutique tout seul mais en été, il installe des chaises devant son magasin pour profiter du soleil avec ses voisins.  Si vous entrez dans la boutique quand les jours sont plus froids, vous croiserez forcément quelqu’un qui bavarde avec lui. «Bavarder» telle est sa spécialité. C’est grâce à cette tchatch qu’il se démarque des autres commerçants qui se contentent eux du traditionnel  ‘bonjour, au revoir’.

Il est ouvert de 8h à 22h et ce depuis 26 ans, sa boutique est même classée dans le patrimoine historique de la ville. A 8h certains clients passent prendre leur casse croute du midi et d’après lui, il joue un rôle dans l’humeur du client : «chaque personne à son caractère certains ne supportent pas qu’on parle avec eux ça se résume à «combien je vous dois, merci au revoir» mais je pense qu’on a quand même un rôle à jouer: mettre les gens à l’aise, leur redonner le sourire en parlant avec eux. Parfois ils arrivent avec un ras-le-bol et quand ils ressortent d’ici ils ont le sourire aux lèvres, ça fait plaisir».

J’ai interpellé un habitué, un petit papy, il m’explique qu’il est là tous les jours, pas forcément pour faires ses courses, mais surtout pour discuter. Les autres clients, qui sont plus jeunes me disent qu’ils passent par l’épicerie pour acheter une canette de coca, des bonbons ou du pain tout en précisant que : «c’est vraiment quand on n’a pas le choix, parce que franchement l’épicier c’est trop cher».

Il est vrai que les épiciers ont la réputation de vendre du camembert à 20€. Mais malgré  tout,  ils arrivent à faire tourner leur affaire, principalement grâce à leurs horaires. A 21h30 pour trouver une tablette de chocolat, du lait ou du beurre, bon courage !

C’est d’ailleurs pour ça que la concurrence ne leur fait pas peur, en tous cas pas à mon épicier: «il y a certes Lidl et Intermarché qui sont tout proches mais ce n’est pas pour autant que les clients se font moins nombreux parce que certains n’aiment pas faire la queue, ne supportent pas le monde, surtout les personnes âgées»

J’ai appris par ailleurs qu’épiceman était un bon samaritain. C’est ma tante qui me racontait qu’il y a quelques mois sa voiture est tombée en panne à quelques rues de chez elle, donc de l’épicerie, la  voyant à pied, il a comprit que quelques chose ne tournait pas rond. Il n’a pas hésité à abandonner sa boutique pour aller la dépanner avec sa caisse à outils qui est sortie du fond du magasin.

On a tous un épicier au coin de sa rue qui a toujours tout ce qu’il faut dans ses rayons, Epiceman m’expliquait d’ailleurs qu’il teste ses produits pour que les clients soient satisfaits à longueur d’années. On sait qu’on peut compter sur lui à n’importe quelle heure de la journée et de la nuit, et ce ne sont  pas les prix qui nous feront changer d’avis.

SARAH ICHOU

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