Aïssata, 22 ans, a subi un mariage forcé au Mali il y a trois ans. Elle a fui le pays pour revenir en France avec ses deux enfants afin d’échapper à une vie qu’elle n’a pas choisie.

 « Mes parents m’ont gâché la vie ». C’était il y a trois ans. Ses parents l’ont envoyée au Mali pour passer des vacances alors que son propre mariage l’attendait.

 Comment ça s’est réellement passé ?

 J’avais 18 ans, je voulais être comme toutes les jeunes filles de mon âge. Mes parents étaient trop sévères. D’autant plus sévères après le jour où ma grande soeur a ramené une grossesse à la maison. Nous sommes musulmans et avoir des enfants en dehors du mariage est une honte pour la famille. Mes parents n’ont jamais pardonné à ma sœur. Pour éviter tout affront, mes parents lui ont présenté un homme, un homme beaucoup plus vieux qu’elle qui voulait se marier. Ma mère disait que l’homme allait bien s’occuper d’elle et de l’enfant. Ma sœur a fini par accepter car elle était enceinte et seule. Elle n’a jamais été heureuse. Depuis ce moment, c’est devenu insupportable pour moi. Il fallait mentir à chaque fois pour sortir. Je leur je disais que j’allais chez ma cousine alors que j’allais voir mon petit ami. Un jour ils ont su la vérité.

Et ensuite ?

Mes parents m’ont envoyé en vacances au fin fond du Mali dans leur village appelé Mopti. C’était la première fois que j’allais au Mali. C’était difficile pour moi au début mais je me suis fait des nouvelles amies. Vers la fin des vacances, j’ai cherché mes papiers et mon passeport partout, je commençais à paniquer. Mes parents avaient tout prévu. C’était un coup monté. Je vivais loin de la capitale, Bamako, il m’était impossible de fuir. Mon cousin me surveillait tout le temps. Quelques jours après, une dame et un homme étaient venus voir ma grand-mère et mon oncle pour demander ma main. Un homme de 35 ans déjà marié et trois enfants. Ma grand-mère me dit que je lui plaisais et qu’il aimerait m’épouser. « Tu verras, c’est un homme de bonne famille, il est PDG d’une entreprise, tu seras heureuse avec lui. Tu vivras comme en Europe » disaitt-elle. J’ai tout fait pour éviter ce mariage, mais toute ma famille était contre moi. C’était un mariage forcé. Un mois plus tard, je me suis mariée et j’ai emménagé chez lui. J’avais ma maison et… ma coépouse aussi. Mon mari venait me voir assez souvent au début puis c’était deux fois par semaine.


Quelle était la relation avec vos parents, après ce mariage ?

 
Je suis la deuxième femme de mon mari et je n’étais pas heureuse avec lui. Mes parents ne m’avaient jamais soutenue. Quand je racontais mes problèmes de couple à ma mère, elle me disait que c’était la meilleure chose qui m’était arrivée et que je menais une vie de dévergondée en France. Elle ne savait pas à quel point j’étais malheureuse. Elle me disait que mon mari avait de l’argent et que c’était un homme mûr et qu’il s’occuperait bien de moi. Pour ma mère, une femme devait obéir à son mari, quel que soit le problème elle devait toujours le satisfaire. Je n’avais pas mon mot à dire. Mes parents disent que mon mari m’avait changé la vie. Ils étaient contents pour moi, malgré ma souffrance, je ne leur disais plus rien. J’attendais juste un miracle. Ils voulaient toujours contrôler la vie de leurs enfants. J’aime mes enfants, et une chose est sûre, je ne leur ferais jamais une chose pareille.

Comment avez-vous fait pour revenir en France?

Mes parents m’ont gâché la vie en me forçant à me marier avec un homme que je n’aime pas. Pour eux, le bonheur s’arrête à ça, même si je ne suis pas heureuse dans mon foyer, ce n’est pas n’important, du moment que j’ai la santé et les enfants, et un homme aisé, cela leur convient.

Un jour la femme de mon oncle est venue me remettre mes papiers en prétendant qu’elle les avait retrouvés. C’était le plus beau jour de ma vie. J’attendais cela depuis tellement longtemps. J’ai prévenu une amie, qui est la maîtresse d’un ami de mon mari, nous sommes très proche. Elle vit à Bamako et vient de temps en temps chez son copain à Mopti. Elle est venue nous chercher quelques jours après, tard dans la nuit. Elle a beaucoup de connaissances au consulat de France à Bamako. J’ai pu refaire un nouveau passeport avec mes enfants dessus. Au bout de deux semaines, nous sommes revenus à Paris. Je vis pour le moment chez ma sœur à Bondy. Mes parents ne nous adressent plus la parole, ma sœur n’a jamais été d’accord avec eux. Mon mari a voulu me reprendre les enfants,  je suis allée voir l’assistante sociale. Lui et mes parents ne peuvent plus rien me faire. Nous sommes dans un pays de loi. J’ai trouvé un travail il y a un mois en tant que vendeuse dans un magasin de prêt-à-porter, je ne gagne pas des millions, mais au moins je ne dois rien à personne.

Essi Gnaglom

Essi Gnaglom

Articles liés

  • Précarité menstruelle : à Grigny, on veut « changer les règles »

    Au cours de l’année 2021, la ville de Grigny, dans l’Essonne, a mis en place des dispositifs de distribution gratuite de protections périodiques. Cette initiative s’accompagne d’une politique teintée d’actions de sensibilisation pour lutter contre le tabou des règles. Cécile Raoul a rencontré les concernées de la précarité menstruelle. Reportage.

    Par Cécile Raoul
    Le 18/01/2022
  • Père Jean-Luc Ferstler : « La misère n’attend pas les business plans »

    Cette année Emmaüs Forbach fête ses 40 ans. Le prêtre et fondateur d’Emmaüs Forbach, Jean-Luc Ferstler, figure emblématique de la ville, a choisi d’accompagner les personnes les plus fragiles depuis les années 1980. Portrait d’une vie qui raconte un territoire paupérisé après la fin du charbon, heureusement riche en solidarités.

    Par Amina Lahmar
    Le 14/01/2022
  • À Saint-Denis, Profs et Parents épuisés mais solidaires face au protocole sanitaire

    Face à des protocoles sanitaires compliqués à suivre pour les profs et les parents, une grande majorité du personnel de l'Éducation Nationale fait grève ce jeudi 13 janvier 2021 pour signifier sa colère au Ministre Jean-Michel Blanquer. À Saint-Denis, à la fracture sociale s'ajoute la gestion de la crise sanitaire pour des profs au bord de l'implosion. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 13/01/2022