Quand j’étais au lycée on avait un jeu, c’était l’Everest de la débilité. On traquait dans la cour de récré les mecs qui ne se lavaient pas régulièrement. Dés que nous trouvions une proie à pointer du doigt, une meute d’ados sans cerveaux, aiguisés depuis l’enfance à la vanne bien grasse et cuisante du ghetto de la cité, l’entourait pour l’afficher devant toutes les jolies filles jusqu’à ce qu’il pleure. Pour peu qu’il soit dans la même classe que nous, on le disait même à la maîtresse (oui, le Bondynois utilise le mot maîtresse jusqu’au lycée).

Dans cette méchanceté crasse, nous avions tout de même nos limites : interdit de vanner les pauvres. Quand je dis pauvre, c’est le vrai pauvre, selon nos critères à nous en banlieue. Autant dire que la barre est placée si bas qu’elle s’enfonce dans le sol. Pauvre, c’est être au moins huit frères et sœurs parqués dans un foyer de clandé avec un sceau d’eau pour tout l’étage en guise de douche. Ce n’est pas parce qu’ils ne veulent pas qu’ils ne se lavent pas, c’est parce qu’il faut faire quatre heures de queue devant un tuyau de jardinier au saut du matelas.

Entre se brosser les dents et arriver à l’heure au TP de chimie, ces chats noirs du pouvoir d’achat ont vite choisi. Déjà qu’ils ont un niveau de vie favélas, si l’un d’eux arrive en Terminal S en portant la misère du monde sur son dos, on ne va pas en plus lui saouler la bite parce qu’il ne peut pas faire sa toilette tous les quatre matins. J’avais un copain, il me disait : « Je me lave chez le voisin, l’eau chaude c’est si bon », j’ai la plus belle langue de pute de la ville, mais là, je ne sais pas pourquoi, je n’ai jamais bavé. Bizarre, si ça se trouve, j’ai un cœur.

Les autres nantis, par contre, aucune pitié. Ils crachent sur ce luxe qu’est l’eau ? Ils vont payer la facture pour tous les autres qui n’ont pas le choix. Aucune excuse pour ces maxi-crasses, leurs parents, c’est des gros bourgeois qui font leurs courses à Carrefour et tout le monde sait qu’ils ont une salle d’eau à tous les étages de leur pavillon. Se laver, pour eux ça n’a jamais était un souci. Malgré tout, cherchant vraiment les ennuis, certains Bondynois pouvaient taper un foot en plein cagnard, puis dormir tout habillés sans passer par la douche, se lever le lendemain avec les mêmes fripes, pour aller de bon matin se faire assassiner par la verve enjouée de tous leurs camarades de classe.

Moi-même, malgré mon hygiène buccodentaire déplacée, je vous avouerai qu’il m’est arrivé de me défouler sur des gars beaucoup plus propres que moi. Oh ! Que j’étais bon pour chier sur les gens malgré mes chaussettes trouées. C’est que bibi avait déjà bien appris les leçons de l’histoire de France. C’est toujours celui qui a le plus fricoté avec les fritz en faisant « 3615 Kommandantur ? Mon voisin communiste mange casher et il écoute la BBC », qui a intérêt à gueuler le plus fort possible : « Collabo !! Elle a couché ! Tondez-la! Tondez-la deux fois ! » Pour se faire oublier à la libération.

L’hygiène pour le rat de Bondy est donc quelque chose de sacrée, puisqu’une mauvaise gestion de la brillance corporelle permet de bien rire au dépend d’autrui. Mais attention à ne pas en faire des tonnes non plus ! Si vous faites trop votre princesse, pour nous ça sent pas bon. Ça cache un truc. Une filouterie style je me fais beau pour aller en soirée sans les copains. Dans l’ordre de croissance, voici les titres de noblesse que le Haut Conseil bondynois peut vous décerner selon votre capacité à résister à Satan et à son vicaire sur la terre, le savon Palmolive. Oui, j’ai dit Satan. Pour certains, croyez-moi. Ne pas se laver, ils en ont fait leur guerre sainte intérieur, leur religion.

L’Homosexuel :
Il brille, il sent bon, il se lave tous les jours avec du baume Roger Cavaillès. Il arrive, Dieu m’en préserve, que deux fois dans la journée il passe sous la douche ! Il met du déodorant et fait de la dermabrasion, un mot que j’ai lu dans la presse féminine, je sais même pas si ça veut dire un truc. C’est aussi un faiseur de miracle : ses chaussettes sont toujours blanches. Tout ça pour faire le paon devant les filles. Il a renié toutes nos techniques de drague ancestrale qui privilégient le mensonge et la manipulation psychologique au détriment de la richesse physique, de toute façon inexistante pour a majorité d’entre nous. Il n’est plus un rat, c’est un damné, un dandy, un Anglais.

La Tourterelle :
Cette petite chose bondynoise virevolte vers le sommet du bien être hygiénique, sans jamais l’atteindre, car ses intentions sont impures. Il se lave, mais pour de mauvaises raisons. Ses caleçons sont propres ? C’est qu’il veut jouer à la bête à deux dos avec sa petite amie. Ses chaussettes ne sentent rien ? Il a un entretien d’embauche. Il prend un bain ? Il vient de voir le Grand Bleu et veut se faire un trip dans sa baignoire de clochard. S’il se lave les dents, c’est que la webcam HD de sa petite amie msn voit tout depuis la Bulgarie. La tourterelle pratique l’hygiène Manpower : en intérimaire.

La Tourte :
Il sent la tourte fromagère ! D’où son nom. Cet hurluberlu ne se lave que quand ça le gratte. Avec la Tourte on n’a pas encore atteint les limites critiques. Sur lui, un bon litre de parfum peut toujours faire illusion en société. Mais ayez pitié de votre nez tout de même, si vous invitez une Tourte à la maison. Il faut, dans l’absolu, l’exempter de se déchausser sur le palier, Même si vous avez une moquette toute blanche, vaut mieux qu’il garde ses souliers. Il salira plus pieds nus qu’en chaussures, ce crado. Les chaussettes, le calbute, c’est des choses qui ne se voient pas du dehors, alors pourquoi diable en changer, se dit la Tourte ?

Le Tourteau : 
Alors lui, c’est Saupiquet ! La mer ! Le grand large, le poisson à la criée, les odeurs à marée basse. Il sent l’océan et ce n’est pas un compliment. Il pique les yeux. Le tourteau n’a jamais grandi dans sa tête, la douche pour lui, ça a toujours été la punition et ça le restera. En plus, cette bête des fonds marins, souvent, il se paye le luxe incroyable d’être sportif. Il adore le foot, la course à pied et tous les trucs qui font transpirer. Je sais pas, peut-être que c’est comme certaines combinaisons : ça glisse mieux dans l’air, la crasse sur la peau.

La Tourbe :
La Tourbe, honnêtement, c’est chaud, ça bouillit, il fait des bulles. C’est simple, il pue. Il a un cul dans la gorge. C’est une goule. Quand la Tourbe vous parle, il vous transforme en pierre. Lorsqu’il éternue, il y a une odeur dans l’air, on dirait c’est le foie qui est parti. Il participe à préserver les réserves d’eau douce de la planète, en laissant sa part de bains pour les autres. C’est un gros flémard de la vie. La nuit, quand cette bactérie humaine a une envie pressante, il préférera chier derrière la télé du salon plutôt que de se traîner jusqu’aux chiottes. Ses vêtements ? Avec le temps ils ont collé, c’est devenu sa peau. Pourquoi se changer ? Tu sautes tout habillé une fois le mois dans l’eau du canal de l’Ourcq, ça fait bain et lessive en même temps. Point intéressant pour vous les filles : embrasser une Tourbe, c’est remboursé par la Sécu.

La Turbine :
La Tourbe en pire. Lui en plus, il ronfle. Oui c’est ça : le bruit et l’odeur.

La Tourbière des Andes :
Personne n’osera vanner un homme qui a atteint ce niveau, car nous autres, rats bondynois savons que du haut des cieux, nos ancêtres, les brigands de la Forêt de Bondy et Notre Père fondateur Al Bundy, sont vachement fiers de lui. Nos aïeuls et le héros de la série « Mariés deux enfants » étaient dégueulasses au possible, c’est pour ça qu’ils donnent leurs barakas sacrée à l’hygiène de vie d’une Tourbière des Andes. Lui, c’est l’Olympe de la gadoue, le dieu de la crasse. Cette bête du Gévaudan a un mort dans le corps et tout un cimetière dans le ventre. Quand ce cador de la crasse enlève ses chaussettes, il perd de facto sa nationalité : la France a signé les accords de Genève contre les armes bactériologiques.

S’il est musulman, malgré ses cinq ablutions par jour à l’eau de Javel, quand il prie, des voix descendues du ciel clament : « Abuse pas aussi ! Fais un effort ! Nous les anges on n’en peut plus ! Eh ! Cousin ! Le patron t’a crée; Il t’a pas vomi ! Il t’a fait avec de la terre ou de la merde ? Encore tu serais dans le désert à l’ancienne, woualah ! On aurait rien dit ! Mais là, il y a de l’abus social. T’es à Bondy il y a Rosny 2, à coté, tu peux acheter du shampoing quand même, t’as pas d’excuses. Arrête ! Tu m’énerves ! Ne prie pas ! Ça ne sert à rien. Mange du porc, t’iras pas au paradis de toute façon, je te laisserais pas entrer. Tu pues ! »

Idir Hocini

Idir Hocini

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