Le MAG comme « Mouvement d’Affirmation des jeunes Gays et lesbiennes ». Cette association a été créée il y a 20 ans pour lutter contre l’homophobie.

N’étant qu’un pion sur l’échiquier scolaire, c’est dans mon service que je fais connaissance avec cette association. Ce jour là, deux intervenants bénévoles sont venus dans le lycée professionnel pas loin de Bondy dans lequel j’exerce mon office, pour parler avec deux classes de terminale. Je décide de participer au débat par curiosité, et par peur aussi que l’intervention ne dérape. Car il faut l’avouer, la rencontre risquait d’être particulière, le public qu’a choisi l’association n’étant pas forcément de tout repos.

Un garçon et une fille se présentent et proposent aux jeunes de regarder d’abord une vidéo et, par la suite, à ceux qui le souhaitent, de poser des questions. La vidéo est une succession de témoignages de jeunes homosexuels apparemment d’origines très diversifiées, avec pour premier message que les homosexuels ne sont pas des extraterrestres, et qu’ils ne sont pas si différents de ces lycéens. La vidéo commence et déjà, les commentaires dans la salle fusent. Apparemment les jeunes ont l’air allergiques aux homosexuels, leurs visages et leurs propos expriment le dégoût. Et lorsqu’un garçon sur la vidéo témoigne : « Je suis musulman et homosexuel, et j’en suis fier », c’est alors un véritable tollé dans la salle. Certains n’hésitent pas à insulter le poste de télévision, d’autres ont l’air vraiment en colère, et j’entends même certains dire qu’ils souhaiteraient quitter la salle.

Le film terminé, la première question aux intervenants est sans surprise : «Vous êtes homosexuels ? ». La réponse est : « Oui ». Mais heureusement pour lui, personne ne lui a sauté dessus pour le tabasser, comme je l’avais envisagé. Les intervenants parlent de leurs homosexualité : à quel âge ils se sont ont aperçus de leurs attirances, comment ça se passe avec leurs familles, le regards qu’on pose sur eux. Les jeunes, eux, voient cela comme une maladie et ne comprennent pas comment on peut être un homme et ne pas avoir d’attirance pour les femmes. Le message qu’essaient de faire passer les intervenants est que l’homosexualité est un état d’être, que la notion de tolérance est très importante, qu’il n’y a pas de différence à tolérer quelqu’un d’une autre couleur ou quelqu’un qui a des attirances différentes.

Malheureusement, les lycéens n’ont pas l’air très réceptifs, et continuent de proclamer qu’être homosexuel n’est pas normal. Le message n’est apparemment pas passé : « Si je vois un pd, je change de trottoir », « j’ai pas envie de connaître de pd », « si on les tolère, y en aura trop, et qui fera les enfants ? ». Ces lycéens ont apparemment leurs positions bien ancrées et ne sont pas près de voir l’homosexualité sous un autre angle, mais le fait d’être devant leurs camarades a certainement beaucoup influencé leur discours. Dommage car j’ai trouvé qu’intervenir ainsi dans les lycées était d’abord très courageux, et en plus que le message qu’ils essayaient de faire passer est très important. Si cette initiative existe, c’est à cause des actes homophobes qui n’auraient pas lieu d’être, du regard différent que la société porte encore sur eux. Quelle que soit son orientation, chacun devrai être libre d’aimer qui il veut. Chacun sa route, chacun son chemin, chacun son rêve, chacun destin.

Chou Sin

Chou Sin

Articles liés

  • Des jeunes surendettés à cause des amendes du couvre-feu dans les quartiers

    Des familles entières se retrouvent endettées à cause de salves de contraventions liées aux mesures sanitaires. Des associations dénoncent un « phénomène d’ampleur grandissante » et « une application disproportionnée et discriminatoire des mesures ». Une enquête en partenariat avec Mediapart.

    Par Anissa Rami
    Le 26/07/2021
  • La cantine des femmes battantes : solidarité féminine, ambition et cuisine

    #BestOfBB Lancée en fin 2019, l’association dionysienne La cantine des femmes battantes vise l’émancipation des femmes précaires grâce à la cuisine. Tous les weekends, Aminata, Mariame, Maïté et Fatou se réunissent pour cuisiner, vendre et livrer une cinquantaine de plats à Paris et en Seine Saint Denis. Issues de parcours compliqués, ces cuisinières ont décidé de monter l’association dont elles avaient besoin, afin d’aider, par la suite, les femmes qui leur ressemblent. Reportage.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 26/07/2021
  • Le blues des petites mains du monde de la nuit

    Après 16 mois de fermeture administrative, les discothèques ont rouvert leurs portes le 9 juillet dernier. Mais alors que l’épidémie repart, l'étau se ressert déjà pour bon nombre de professionnels partagés entre la colère des derniers mois sans activité, et le doute concernant le futur. Nous avons rencontré quelques petites mains du milieu, qui racontent la précarité des derniers mois.

    Par Lucas Dru
    Le 22/07/2021