Après ma frayeur dans le salon de manucure de Bobigny 2 – je vous en avais parlé au mois d’octobre –, des changements drastiques sont intervenus dans ce centre commercial. Des « Halles d’Auchan » au MacDo en passant par Gigastore, peu de commerces avaient été épargnés par les braquages avec cagoules et armes à feux en guise de menace. J’ai pour ma part évité de me rendre à Bobigny 2 durant un bon mois, mais je me suis résolue à y retourner, ne serait-ce que pour approvisionner la maison.

Malheureusement, il aura fallu attendre que des personnes soient blessées psychologiquement, voire, pour certaines, peut-être choquées à vie et dans l’immédiat incapables de reprendre leur travail ; il aura fallu un mois et demi et 18 braquages pour qu’un début d’atmosphère sereine chasse le stress et la peur qui s’était emparée des commerçants et des clients. Il aura fallu attendre que la télévision vienne faire un reportage sur le centre commercial de Bobigny pour que des mesures de sécurité soient prises. Les jeunes auteurs des braquages ont semble-t-il tous été interpellés et incarcérés. Ils étaient une vingtaine.

Bobigny 2 est aujourd’hui sous protection policière. De l’ouverture à la fermeture, une patrouille tourne dans le centre, surveille les entrées et le parking. Des policiers font également des rondes dans les cités proches. De quoi faire comprendre qu’ils occupent le terrain et qu’il vaut mieux ne rien tenter d’illégal sous peine d’être pris la main dans le sac ! Ce déploiement, s’il avait été mis plus tôt en place, aurait évité bien des braquages…

Les mamans se sentent donc plus en sécurité. Savoir que l’on peut faire ses courses sans avoir à craindre l’irruption de voleurs comme dans les westerns, c’est quand même plus agréable. La gente féminine est ravie de voir les flics tout autour d’elle. Pas de sacs arrachés, pas de chahut entre jeunes. Quel retournement de situation !

Pour une fois, ce sont les jeunes turbulents qui se plient aux ordres et non le personnel des magasins, qui n’est plus forcé de subir leurs intimidations. Comme beaucoup de centres commerciaux, Bobigny 2 est un lieu de retrouvailles après les cours, et spécialement le mercredi après-midi. On y papote, on s’y amuse. Mais nous savons tous que certains sont là pour ennuyer les passants, siffler les demoiselles et s’embrouiller avec n’importe quelle bande « rivale » qui les regardera avec trop d’insistance. La présence de la police ne les retient toutefois pas de faire les intéressants.

La situation tourne au ridicule quand ce sont ces mêmes jeunes qui se retrouvent plaqués sur la vitrine de Celio pour un contrôle et une fouille. Des mères voient les fils de leurs amies dans une posture assez humiliante. Humiliante, oui, mais qu’ont-ils, aussi, à errer en bandes devant les caisses les mains dans les poches, avec pour seul but, la provocation ?

La police, faute de mieux ? Sans raisons valables pour la plupart d’entre eux, nombreux sont les jeunes de banlieue à ne pas aimer les flics. Une patrouille de médiateurs plutôt que d’agents des forces de l’ordre aurait peut-être plus d’efficacité à long terme sur leur comportement. Lors de la fête de la ville, par exemple, la sécurité est assurée par les grands frères et les animateurs de centres de loisirs, qui ont vu grandir les ados, et jamais jusqu’à présent il n’y a eu, à ma connaissance, de dérapage. C’est un vœux pour 2010 : que les assoces s’impliquent d’avantage dans l’encadrement des jeunes de nos quartiers, sans pour autant prendre à leur compte le rôle central, irremplaçable, des parents.

Inès El laboudy

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