Vous avez pu lire que le Bondy Blog a été invité par les Verts et par les Roses, tendance Montebourg. Disons le : nous ne nous limiterons pas aux mouvements minoritaires, sauf que nous ne pouvions vraiment pas nous rendre à Marseille chez l’UMP avec Johnny et Doc Gyneco, parce que ce week-end là, nous avions notre propre université d’été !

Dans une très belle ferme du 77, nous avons réuni tous nos bloggeurs disponibles, l’équipe d’encadrement au complet ainsi que quelques regards extérieurs pour nous aider à penser l’avenir du blog. Autant dire que cet avenir est brillant : on vous prépare une couverture de la campagne présidentielle aux petits oignons ! Mais il y avait tout de même beaucoup à dire, six mois jour pour jour après la reprise du blog des Suisses de l’Hebdo par des jeunes de Bondy. En effet, les réunions hebdomadaires de rédaction à la salle Georges Brassens ou au café chez Jeannine, à côté de la gare RER de Bondy, permettent de lancer les sujets suivants mais pas de débattre à fond des forces et des faiblesses du blog.

Notre séminaire champêtre a donc commencé par une lecture critique des 170 posts mis en ligne depuis le 1er mars (impossible de traiter les 5 000 commentaires de la même période…). C’est Alain Rebetez, de l’Hebdo, qui s’en est chargé. Il est aussi trésorier de l’association Bondy Blog et a participé à la formation des bloggeurs au printemps. « Vous n’êtes pas des menteurs, vous avez fait ce que vous disiez que vous feriez », commence-t-il par dire aux bloggeurs, en référence au texte d’intention de Mohamed Hamidi. « Il y a eu de la régularité dans votre travail et une diversité d’approche, et beaucoup de très bonnes choses, parfois toutes simples, comme des choses vues qui vous touchent ». Puis sont venus les bémols. D’abord, pas assez de suivi. C’est pourtant une des forces d’un blog, de revenir sur un sujet, un personnage. Comme cette fille de polygame, qui nous a offert un témoignage rarement entendu, on aimerait bien l’entendre à nouveau, la suivre.

« Ah, si vous pouviez feuilletonner vos textes, pour un sujet comme les expulsés de Cachan, ce serait génial ! Imaginons que pour vous distinguer des journaux, vous voulez parler aux employeurs des sans-papiers, qu’on a pas entendus dans cette affaire. Dans un premier épisode, vous racontez votre arrivée dans le gymnase, le décors, les conditions de vie, et votre échange verbal avec un groupe de sans-papiers à qui vous demandez un contact avec leur employeur (Alain Rebetez mime la scène, joli numéro impossible à refléter ici). Vous le publiez en disant que vous allez continuer la chasse aux patrons. Deux jours plus tard, vous passez les coups de fils à ces patrons, et vous racontez tout. Celui qui a peur de vous parler, celui qui vous insulte, celui qui nie mordicus et enfin celui qui accepte de vous voir mardi suivant. Vous publiez en disant : la suite au prochain épisode. Vous ne mettez personne en danger, tous les noms peuvent être modifiés. Et le mardi, vous y allez. Le gars dit que son sans-papiers est indispensable et qu’il ne sait pas comment il va le remplacer. Ou au contraire qu’il est fainéant, peu importe, vous posez de bonnes questions et publiez un troisième épisode, vous vous rendez compte à quel point vous aurez tenu vos lecteur en haleine ? »

Et puis il y a les questions qui ne sont pas posées. Par exemple à ces deux femmes juive et musulmane sur le conflit au Liban : leur échange est intéressant mais pourquoi ne pas creuser un peu sur les relations entre juifs et musulmans en banlieue, en allant au delà de la première réponse évidente (ça va très bien, nous sommes amis) ?

Alain Rebetez est aussi un peu agacé par la place trop grande offerte aux associations et surtout par le traitement trop sympathique de leurs activités (ou pire, de leur manque d’activité pour celles qui se contentent d’énoncer des intentions). A la réflexion, il comprend l’intérêt de parler du secteur associatif, prédominant en banlieue, mais supplie les bloggeurs de dépasser la platitude du simple constat comme dans la fameuse affaire des merguez.

« Quand on a de belles thématiques, poursuit Alain Rebetez, il ne faut pas tourner la page ! Aucun sujet n’est épuisé ! » Il fait alors référence à la question tabou de l’homosexualité en banlieue, abordée hélas une seule fois par ce blog, ou à celle du vote des étrangers, pour laquelle il faut continuer le débat. Il relève la force des texte qui relatent un fait divers tragique, comme l’accident mortel de moto à Blanqui, mais en demande plus : « C’est pas-sion-nant ! On aborde là des questions qui touchent à la surveillance des enfants, à la responsabilité personnelle, cela nous prend tous à la gorge ». Idem pour la question de l’amour, trop rarement abordée, et qui pourtant a fait recette comme le prouve le beau texte sur un couple mixte.

A propos de la ligne politique de ce blog, Alain Rebetez estime qu’on sent trop qu’elle est à gauche. « Vous avez le droit d’avoir des ancrages politiques, dit-il, mais ne faites pas du blog une plateforme bien-pensante ! Allez voir ceux qui ne pensent pas comme vous ! Ils ne sont pas criminels, ils ne sont pas cons ! Je suis stupéfait de l’absence de militants ou d’électeurs du FN dans vos pages. Vous avez le droit d’avoir vos positions mais pas le droit de ne pas être curieux ! Quand vous avez fait l’interview du maire de Bondy, qu’est-ce que vous avez été bons ! C’est parce que vous étiez un peu provoc, un peu insolents. Continuez ! Allez poser quelques questions gênantes aux associations ! »

Il est passé 18 heures, samedi, à la ferme de Fontenelle. Les bloggeurs ont fait preuve d’attention irréprochable et de jolies sorties comiques. Un autre invité du blog dont l’intervention est prévue dimanche, Nordine Nabili, journaliste à RFI et pilote d’un grand projet en cours d’agence de presse des banlieues, encourage les bloggeurs avant la clôture de la séance. « Il y a 100’000 journalistes en France et aucun qui ne fait ce que vous faites. Vous êtes porteurs d’un nouveau journalisme. Vous commettez quelques petites erreurs de jeunesse, mais vous devez continuer, vous devez dépasser la question de votre légitimité à prendre la parole, abandonnez tous vos complexes ! » La suite au prochain épisode…

Serge Michel

Serge Michel

Articles liés

  • Précarité menstruelle : à Grigny, on veut « changer les règles »

    Au cours de l’année 2021, la ville de Grigny, dans l’Essonne, a mis en place des dispositifs de distribution gratuite de protections périodiques. Cette initiative s’accompagne d’une politique teintée d’actions de sensibilisation pour lutter contre le tabou des règles. Cécile Raoul a rencontré les concernées de la précarité menstruelle. Reportage.

    Par Cécile Raoul
    Le 18/01/2022
  • Père Jean-Luc Ferstler : « La misère n’attend pas les business plans »

    Cette année Emmaüs Forbach fête ses 40 ans. Le prêtre et fondateur d’Emmaüs Forbach, Jean-Luc Ferstler, figure emblématique de la ville, a choisi d’accompagner les personnes les plus fragiles depuis les années 1980. Portrait d’une vie qui raconte un territoire paupérisé après la fin du charbon, heureusement riche en solidarités.

    Par Amina Lahmar
    Le 14/01/2022
  • À Saint-Denis, Profs et Parents épuisés mais solidaires face au protocole sanitaire

    Face à des protocoles sanitaires compliqués à suivre pour les profs et les parents, une grande majorité du personnel de l'Éducation Nationale fait grève ce jeudi 13 janvier 2021 pour signifier sa colère au Ministre Jean-Michel Blanquer. À Saint-Denis, à la fracture sociale s'ajoute la gestion de la crise sanitaire pour des profs au bord de l'implosion. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 13/01/2022