13h30, arrivée à l’Open Bidouille Camp (OBC), à l’espace Mains d’œuvres de Saint-Ouen (93). Après avoir croisé le marché aux puces et traversé la rue animée des rosiers à Saint-Ouen, c’est dans un joli bordel organisé par le site Owni, la Cantine et Small bang que nous débarquons. L’espace Mains d’œuvre «pour l’imagination artistique et citoyenne»  est le haut lieu de la bidouille de ce samedi 22 septembre, et des réflexions collectives qui en découlent. C’est déjà le bordel dans vos têtes ? On précise.

Pléthore de bidules home-made!

Mains d’œuvres s’est improvisé marre de bidouilles culinaires, technologiques, collaboratives, co-révolutionnaires de 11h à 18h. Organisateurs et associations partenaires sont prises d’une crise de tweets au vu du succès que la manifestation remporte : les deux salles sont bondées, l’ambiance est très décontractée et le public hétéroclite : Entre les animateurs d’ateliers plus passionnés les uns que les autres, les geeks férus de fabrication numérique maison et les parents anti-consumérisme qui sensibilisent leur progéniture au Do it yourself (DIY), Mains d’œuvres est un joyeux foutoir qui fait plaisir à voir.

Les mains à la pâte, au numérique, ou à l’électronique… Do it yourself!

A l’entrée, un plan dessiné des lieux et de l’emplacement des différents ateliers : Après avoir appris à bidouiller un ordinateur pour remettre notre bécane à neuf, on poursuit nos geekeries home-made par la fabrication d’un serveur d’ordinateur dans un jerrycan. Ras-le-bol de vous faire cuisiner à la sauce matos récupéré ? L’OBC  invite aussi à mettre la main à la pâte à l’italienne, avec une seule exigence : se laver les mains ! Après, vous pourrez aller les mettre dans le «cambouis» pour la conférence sur les enjeux de la bidouille à l’ère numérique si ça vous chante. Parce que l’OBC c’est aussi ça : des participants qui veulent apprendre à créer, à fabriquer, mais qui s’intéressent aussi aux enjeux du DIY qui ne se limite plus aujourd’hui à la fabrication d’accessoires déco, de bijoux ou de vêtements. A l’ère du numérique, les possibilités de création sont décuplées, et ça, Nathalie l’a bien compris. Passionnée de bricolage, elle n’attend qu’une chose : que sa fille Chloé ait terminé de confectionner sa pochette en tissu à l’atelier couture pour l’emmener faire un tour du côté des impressions 3D, des gravures et des découpes laser ! Une autre facette du DIY qui lui permettra selon elle de fabriquer ses « objets du quotidien » elle-même.

Anti-consumérisme

Guillaume, la trentaine, débarque de Toulouse avec sa copine. Posté depuis un moment devant la machine à découpe laser, il cherche les bons plans bidouille : «Vu le beau temps, on s’est dit que ça valait le coup de s’enfermer» ironise-t-il enjoué. Il a connu ce qu’il appelle «la débrouille » d’abord en se calant au fond de son canapé devant des émissions sur le sujet. La pratique est venue plus tard. Ici, Guillaume ne cherche pas le procédé éclair pour faire son « canapé en canettes de bière ». Il a l’esprit pragmatique et attend de l’OBC les « idées et petits trucs » qui lui éviteront d’acheter. La Débrouille compagnie à trois pas derrière lui est plutôt bonne joueuse dans le genre. Elle utilise différents matériaux de récupération pour créer des objets d’utilisation quotidienne ou de décoration : bougeoirs, pendentifs en cannette, jouets fabriqués avec des bouchons en plastique, boîtes brésiliennes… la Débrouille compagnie remporte un succès fou auprès d’un public féminin et des enfants, tout comme les ateliers pâtes et couture. Gabi, de l’association Les petits débrouillards s’improvise pédagogue en accueillant lui aussi des enfants autour de sa table : «on est dans une logique d’apprentissage. On apprend aux visiteurs à fabriquer des objets juste pour comprendre comment ça marche. » En revanche, ce sont  plutôt les ados et les adultes qui s’attèlent à la fabrication de cerfs-volants faits sur place en un temps record avec les moyens du bord.

Mains d’oeuvres

La tête pleine de bidouilles, la petite pause gourmande au bar du centre Mains d’œuvres s’impose. On sert des parts de gâteaux encore dans leurs moules, des sandwichs fraîchement home-made et des bières qui remportent un succès fou, dans l’esprit DIY ! Là on rencontre Camille, directrice de Mains d’œuvres et qui a accueilli le projet avec une grande ambition : «Mains d’ouvres est un lieu artistique pluridisciplinaire, où on accueille plein d’artistes qui ont des passions et qui ont envie de réinventer le monde.» Elle est venue avec son fils, non pas par obligation mais parce qu’elle considère que les enfants sont «les premiers artistes». Pour Camille, le DIY est l’avenir, et les enfants les acteurs du changement : « Je suis venu avec mon fils pour qu’il s’adapte à ce type d’environnement. Les enfants aujourd’hui touchent les technologies à partir de 3-4 ans donc on veut ici leur donner l’opportunité de créer le monde (…) ce sont les nouveaux acteurs du DIY ». «On veut faire découvrir à tout un chacun, autant enfant, bricoleurs du dimanche qu’à des artistes ou des designers ce qu’on peut faire avec les nouvelles technologies » ajoute-t-elle. En repartant, rencontre avec Damien armé de son « yukupianolele », pas la première de ses créations pour le moins originales… Le DIY, c’est sûr, c’est gratifiant ! Combien de visiteurs sur la journée ? Demandez aux barmans victimes de razzia de jambon. Défi largement relevé pour l’OBC !

Aurélie Bacheley (Master Journalisme Gennevilliers)

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