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Au mois de juin, de rutilants bolides ramènent chaque jour d’Europe des émigrés dans le quartier de Louga où vit Yama et ses trois enfants. Chaque véhicule empruntant la piste qui passe devant son domicile n’est que vaine promesse pour cette femme de 39 ans. Depuis douze ans qu’elle attend son mari, elle a cessé d’espérer le voir ouvrir la portière d’une de ces voitures de luxe. Emigré aux Etats-Unis depuis 1997, son mari attend d’avoir ses titres de séjour pour rentrer. Avec la crise qui frappe durement le pays de l’oncle Sam, les envois de devises sont de plus en plus espacés.

« Je travaille depuis cinq ans comme domestique. Ma belle-mère ne me donne que vingt mille francs par mois (30 euros). Je dois payer la scolarité de mes enfants, aider ma famille restée au village et régler les dépenses quotidiennes. Au début, lui et sa mère ne voulaient pas que je travaille mais ils se sont finalement rendus à l’évidence », dit-elle. Il aura fallu beaucoup de courage et de détermination à cette femme pour accepter de braver les railleries et les invectives qu’une telle décision n’ont pas manqué de susciter. « Au début, mes amies me fuyaient. Elles disaient que je déshonorais mon mari en travaillant comme servante pour 35 000 francs CFA. J’ai hésité un moment, mais quand les besoins se sont accumulés, je n’ai pas eu le choix », explique-t-elle.

La finesse de ses traits démontre qu’elle fut belle. Malgré le masque de la pauvreté et les soucis liés à la solitude, elle conserve encore une certaine beauté. Elancée et d’une noirceur d’ébène, Yama garde le sourire. Elle ne baisse pas les bras. En plus de son travail de bonne, elle vend des cacahuètes et des beignets devant sa maison.

Interpelée sur sa situation d’épouse abandonnée, Yama explique que c’est son destin. « Je ne savais pas qu’en me mariant je resterai aussi longtemps sans le voir. Quand il partait, il avait prévu de m’amener quelques années après. Cela fait douze ans que j’attends. J’espère que c’est bientôt le bout du tunnel. C’est dur mais je ne peux pas divorcer à mon âge. Peut être qu’un jour Dieu me payera ma patience. »

Khady Lo

Précédents articles de la série :
Louga,, un drame dans les veines
Louga, adultère et infanticide
Moment privilégié de « chasse » à Louga
Châteaux, coépouses, jalousie et coups de couteaux
Louga, des hommes fantômes et des femmes seules
A la recherche de l’homme idéal
Seule en attendant mieux 

Khady Lo –

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