Jeudi dernier, les futurs Bondy Bloggers se sont livrés à un premier exercice pratique à Lausanne. Une équipe a passé deux heures à la rue de Bourg, là où se trouvent les boutiques hors de prix, une autre est allée à la Bourdonnette, une cité à la sortie ouest de Lausanne. Voici deux morceaux de l’équipe de la Bourdonnette, un troisième suivra avec du son.

Etre enfant en cité suisse.

Seul problème en arrivant à la Bourdonnette, coté aux portes de Lausanne où se côtoient 48 nationalités, c’est qu’il n’y a pas un chat ! C’est le matin, les enfants sont à l’école, les mamans à la maison et les autres travaillent. En plus, arrivés sur place, ce n’est pas la concierge de l’immeuble ni le gérant, ni l’épicier du coin que nous avons voulu rencontrer mais des gens aux paroles authentiques et sincères. C’est ainsi qu’en attendant un peu, nous avons fait la connaissance de Michel et Marvin, deux petits blacks super mignons âgés respectivement de 10 et 12 ans. Ils sortaient du métro (aérien) en rentrant de l’école et ils ont eu la gentillesse et l’envie de répondre à nos questions :

Bonjour, pourriez-vous me dire quelles sont vos activités en dehors de vos heures de cours ?

Marvin : Quand on sort de l’école on va faire de l’ordinateur au magazine du quartier (ils parlent de la station de TV locale, TV Bourdon), on va aussi faire du billard mais des fois les grands nous disent de partir mais c’est parce qu’ils veulent jouer ou sinon on fait du basket sur la place.

Michel : Des fois on organise des voyages et on prend l’avion pour aller en Egypte et en France.

Et les grands, comme vous dites, vous disent tout le temps de partir, même si vous les croisez dehors ?

Marvin : Non, seulement quand il y a de la bagarre. – Il y’a donc de la bagarre dans votre quartier ?

Michel :Tout le temps y’a des personnes qui viennent d’ailleurs et qui se battent en général le vendredi et le samedi soir.

Marvin : oui il y a un an un Portugais et un Turc se sont battus juste derrière (l’enfant me dirige vers le lieu des faits) et on a entendu des coups de feu.

Et vous savez pourquoi ils se battent ?

Marvin : ben oui parce que tous les immeubles veulent faire la loi. L’enfant me fait alors un rapide panorama du quartier

Michel : alors là c’est l’immeuble des Noirs, là c’est celui des Albanais et la bas c’est celui des Somaliens.

Et tu penses que c’est pour ça qu’il y a des bagarres dans le quartier ?

Marvin : par exemple les Albanais quand on passe devant ils parlent dans leur langue et nous insultent, c’est pour ça.

Comment se passe la relation entre les filles et les garçons dans votre quartier ?

Les garçons se regardent et se sourient sans doute un peu gênés, du fait de leur jeune âge. Je décide donc de reformuler ma question.

Est-ce que les filles sortent et s’amusent au foot ou au basket avec vous ?

Michel : Ben ça dépend des mamans y’en a qui laissent pas sortir les filles et y’en a qui les laissent sortir. En général celles qui portent le voile ne sortent pas. Je tiens à dire que nous avons découvert un nouveau visage de la Suisse. Nous ne pensions pas trouver une véritable mosaïque des cultures où Kosovars, Chiliens, Sri lankais, Angolais, Afghans voire encore Irakiens participent à cette diversité. 

Par Nacima Annane

Paroles d’immigrés

A la Bourdonnette, nous avons rencontré une majorité de gens des pays de l’est de l’Europe, des Italiens, Afghans, Irakiens. En nous promenant dans les allées du quartier entre les bâtiments, nous avons fait connaissance avec Tringa, 25 ans, d’origine Kosovar. Cette jeune femme élégante et souriante est étudiante en première année de Droit. Elle nous raconte qu’elle est arrivée à l’âge de 9 ans. « Mes parents réfugiés ont appris la langue française en prenant des cours ». A travers l’exploration de cette cité « à la Suisse », nous avons appris que le port du voile est autorisé à l’école. Comme le dit Tringa : « pas de problème, chacun se respecte ». D’après elle, on ne peut pas comparer la Suisse à la France. « Nous avons baigné dans le même milieu donc il n’y a pas de raison que je ne soit pas intégrée à la communauté Suisse. C’est une liberté de se lier avec des gens de différentes origines »

Mais pour d’autres personnes que nous avons rencontrées, les immigrés se rassemblent entre eux. Comme Nicolas, 21 ans. Ses parents d’origine Chilienne sont arrivés dans les années 70 pendant la deuxième vague d’immigration qui a suivi le coup d’Etat au Chili. Il travaille comme bénévole à la télévision locale du quartier. « Au lycée, j’avais souvent le sentiment d’être étranger, les immigrés se regroupaient entre eux ». Rose-marie est du même avis que Nicolas. Ce qui ne l’a pas empêchée de vivre dans le quartier depuis 25 ans. « J’y suis j’y reste », c’est sa philosophie.

Nadia Boudaoud

Nadia Boudaoud

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