Art martial méconnu du grand public, la boxe kabyle a néanmoins acquis ses lettres de noblesse en France, où chacun peut à loisir la pratiquer. Ce sport de combat séculaire est répandu dans tout le Maghreb et porte plusieurs noms selon les différentes régions : kung Fu de Tlemcen, savate des Aurès, claquette de Rabat ou encore la danse du Harissa comme on l’appelle du coté de Tunis. La boxe kabyle est divisée en plusieurs branches, la plus controversée, celle du ceinturon volant, pose comme condition d’être papa. Cette école met à disposition du combattant tout un éventail de claques et d’armes : ceinturon en cuir, claquette, fils de la radio, postillon rageur… l’environnement et la physiologie de celui qui s’exerce à la boxe kabyle, doivent être un véritable arsenal. Les armes de jet, comme la télécommande, ont récemment été autorisées par la FPRB (Fédération des Pères à la Remise des Bulletins).

La variante féminine de cette boxe tire son origine du water fighting, sorte de lutte millénaire pratiquée par les femmes maghrébines faisant la queue durant la corvée d’eau à la fontaine. En France le bidon bleu, l’arme traditionnelle, est interdite. A haut degré de maîtrise il peut être mortel, on lui préfère le balai où le parapluie beaucoup plus maniables et discrets car on doit dégainer vite face à un adversaire leste et gracile luttant pour sa survie et son goûter. De manière générale, le combat s’arrête immédiatement quand l’adversaire pleure, avoue ses crimes, a retenu la leçon ou augmente sa moyenne. Des sanctions sont prévues en cas de débordement lors des combats, toute violence se devant d’être maîtrisée. Les fédérations de France ont donné plein pouvoir à la DDASS pour séparer les combattants. La boxe kabyle, dans sa forme adaptée au beau sexe, a intégré récemment quelques éléments du Ninjutsu. Le camouflage et la tromperie ont été élevés au rang d’art par l’A.B.B (Amicale des beurettes de boites). Les pratiquantes de cette variante ont souvent des frères, qui se sont eux, spécialisés en pistage en milieu urbain et en ruinage de vie sociale.

Pratiquer l’art martial de nos montagnes est essentiel pour tout algérien, il permet de canaliser son Seum, son énergie cosmique, qui se traduirait en français par les nerfs ou la rage. Ainsi, pétri de méditation, le pratiquant assidu de boxe algérienne peut passer de longues heures à attendre à l’aéroport d’Alger, dans un calme relatif, son avion estampillé Air Algérie, dont les doutes sur son fonctionnement au gaz ou à pédalo se confirment d’année en année tant il met du temps à décoller; alors que nous, on veut juste rentrer à Bondy après deux mois de vacances au bled , le cul greffé sur une pierre au centre du village avec nos cousins, qui arborent presque toujours ces magnifiques faciès de mexicains, ceux-là même qu’on peut voir dans les vieux westerns. L’aéroport c’est l’arène où chaque année a lieu le championnat du monde de boxe kabyle. Le challenge : monter dans l’avion en vie. Dès que les portes d’embarquement s’ouvrent, que ça soit à Roissy ou à Alger, tout le monde, femmes, enfants, vieux et vieilles (les plus vicieuses), se précipite dans un élan de furie d’une violence inouïe. Ça se bouscule, ça s’injurie, ça se frappe à coup de sac de bananes, arme autorisée pour l’occasion. Cette cohue dure bien une demi- heure, avant que les hôtesses au sol, traumatisées, en mauvais terme avec leur direction puisque affectées à notre transit, blâme ultime à Roissy, arrivent à nous faire rentrer dans l’avion. Oui je sais, en faisant la queue comme des humains normaux, en cinq minutes c’est réglé, mais moi-même, je n’ai jamais compris ce rituel. Peut-être que certains croient qu’ils ont acheté des billets d’avion à gratter, d’où la crainte de ne pas être l’heureux gagnant qui montera dans l’avion, des billets à 600 euros en période estivale. Non, ce n’est pas à Las Vegas ou à Tahiti que je vais chaque été, c’est à Tazmalt en Kabylie, capitale mondiale des moustiques et du festival des sosies du sergent Garcia.

Idir Hocini

Idir Hocini

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