L’association la Cathode a dû fermer ses portes suite à la liquidation prononcée par le Tribunal de Grande instance de Bobigny le 19 décembre dernier. 

« On vide les locaux en ce moment », explique dans un rire crispé Gabriel Gonnet, l’un des fondateurs de la Cathode. Créée en 1986, cette association avait pour objectif d’apprendre le métier de journaliste reporter d’image (JRI) à des personnes en difficulté. Située en Seine-Saint-Denis, l’association a tourné de nombreux reportages et documentaires sur les problématiques de ses quartiers. « La ligne éditoriale était simple, ”A partir de mon expérience de la banlieue qu’est-ce que j’ai à dire sur le monde ?” », résume Gabriel Gonnet.

Une marque de fabrique qui a convaincu de nombreux médias et producteurs : l ‘AFP, France 3, Demain TV… Leurs thématiques privilégiées : le harcèlement à l’école, l’éducation, la résilience… Leur objectif raconter leur quotidien. A la « belle époque », la Cathode c’était 6 salariés permanents, 10 intermittents, 80 salariés en insertion, une dizaine de bénévoles, un catalogue au final de 33 DVD. Mais l’association rencontre des difficultés économiques. Gabriel Gonnet dénonce cette administration kafkaïenne qui perd les initiatives dans les méandres de la paperasserie.

« Je passais plus de temps sur les formalités que sur le travail des projets », regrette l’ancien président, « on est là pour créer pas pour remplir des dossiers ». « Et puis, il y a eu la loi de 2009 sur l’insertion qui nous a fait perdre des subventions. En nous définissant comme un chantier d’insertion nous n’avions plus le droit à certaines aides », regrette-t-il.

« On a fait le job »

Le modèle économique n’était alors plus viable. Malgré la vente des documentaires la Cathode ne s’en sort plus. S’ensuivent, cessation de paiement, redressement judiciaire, puis la liquidation. « Notre faiblesse est de ne pas avoir réussi à construire de partenariat solide », confie Gabriel Gonnet. « C’est un traumatisme, on ne sait pas comment tout ça va évoluer », explique-t-il. Pour lui la Cathode c’était avant tout « une image de fabrique », la certitude que le sujet traité aura ce regard bien particulier de leur quartier.

Et puis, il y avait la dimension humaine évidemment positive : « Les gens faisaient quelque chose collectivement et évoluaient personnellement en parallèle ». « Franchement si l’on regarde on a fait le job », tente de se rassurer Gérard Gonnet. Pourtant la fermeture de la Cathode va laisser un grand vide dans le département et dans le monde de la création. L’ancien président a déjà de nouveaux projets en tête : travailler dans une maison d’édition, développer le travail sur le harcèlement mais dans plusieurs villes, partir en Afrique… Même si ces projets ne sont pas très éloignés des thématiques de la Cathode, il souhaite prendre son envol et laisser derrière lui cette aventure.

D’autres, vont tenter de prendre la suite et tenter de sauver ce qui peut l’être. Une association, « Les Amis de la Cathode », est en cours de création. Ses bénévoles espèrent récupérer le matériel et le catalogue des DVD produits. Et pourquoi pas faire revivre les projets de l’association initiale.

Charlotte Cosset

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