Petite rencontre avec Godelaine Poirier, 64 ans, militante au sein d’une ONG, le CCFD, Comité catholique contre la faim et pour le développement, à Noisy-le-Grand, dans le quartier du Champy. Cette association fêtera ses 50 ans l’année prochaine et ne compte pas en rester là. Elle développe et suit près de 500 projets par an, dans le monde entier. Les projets ne sont pas individuels, ils se traduisent par une idée collective, que le CCFD tente de faire éclore. Leur philosophie est celle de « l’Homme, avec un grand H, debout, de l’Homme actif ». Il ne s’agit pas d’assister les populations d’Afrique et d’Asie, ni de leur dire que faire… Leur intervention n’est que financière et se veut parfois morale. Les encourager, les motiver pour lutter contre toutes les inégalités.

Godelaine se dit choquée par l’image d’une petite fille haïtienne, cuisinant des galettes à base d’argile et de terre. Elle se révolte de voir les pays riches si passifs et regrette ce comportement égoïste qui la met hors d’elle. Quand elle en parle sa voix tremble…« Cette image, de la petite file, date de 2008 », précise-t-elle, comme si elle voulait bien mettre en avant le fait que ce n’est pas dû au tremblement de janvier 2010… Et que la pauvreté haïtienne existe depuis bien longtemps mais qu’elle a été volontairement ignorée. Alors elle parle de cette ignorance, de cet égoïsme, de cet individualisme…

Ce qui m’amène à lui demander pourquoi elle ne va pas sensibiliser les jeunes dans les collèges et les lycées. Apparemment le deuxième C de CCFD, le catholique, dérange. « Vous aviez l’intention de parler de diverses croyances dans les lycées ? - Non », répond-t-elle. « Et vous sélectionnez uniquement des populations catholiques ? - Non, nous avons un partenaire musulman et nous n’avons pas de critères religieux », déclare-t-elle.

En Inde, une école sous les arbres à été créée. Noël Da Silva en est à l’origine. Déçu de voir que tous les Indiens quittaient leur pays, parce qu’ils ne pouvaient pas y étudier. Ailleurs on veut construire pleins d’écoles. Ici l’école semble lasser tout le monde. Ce n’est pas perçu comme une chance, mais comme un fardeau qu’il faut supporter pour certains. Une étape à passer pour d’autres.

A son sens, la France a des dettes envers les populations pauvres d’Afrique, et avec ces projets l’association ambitionne de s’en acquitter. « Regarde comment nous consommons ! Avant on avait, pour la plupart d’entre nous, l’habitude d’acheter des poulets entiers, maintenant pour aller plus vite, on achète que des cuisses dans des lots et on ne consomme plus d’ailes, et ceux qui s’occupent de l’agro-alimentaire ont décidé d’envoyer ces ailes congelées et de les vendre à des vendeurs des marchés. Arrivées là-bas, les ailes sont périmées et plus personne ne peut faire son poulet yassa (recette sénégalaise) », dit-elle en reprenant le gros titre d’un article L’Europe plume l’Afrique (documentaire récemment diffusé sur Arte).

Pendant deux heures, ce sont des histoires du bout du monde qu’elle me raconte. Elle est très touchée, très concernée, comme si elle en avait elle même souffert, elle qui n’est jamais sortie des frontières françaises. « Les Chinois veulent acheter les terres de l’Algérie et de Madagascar ! Les chefs d’états d’Afrique laissent partir leur jeunesse, impossible de faire évoluer les choses». « Pourquoi alors, s’exclame-t-elle, pointer du doigt les immigrés ? » A la fin, elle me regarde et me dit : « Par exemple, toi, tu viens de deux richesses différentes, et tu vis en France. C’est toi et ce sont tous ceux qui ont un bout d’eux-mêmes dans ce monde qui doivent agir pour les autres. »

Elle me raconte l’histoire de plusieurs femmes qu’elles croisent dans les Maisons d’accueil pour tous, et avec qui elle parle, et qui apparemment se plaignent de leur déchirement entre leurs deux pays. Leur pays natal et la France à laquelle elles se sont habituées.

Silvia Sélima Angenor

Silvia Sélima Angenor

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