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En partant à la découverte du milieu associatif de Bondy, j’ai été vraiment surprise par sa richesse. Une association rattachée à un club de foot, un collectif des Africains de Bondy, une association des femmes africaines, une autre pour les jeunes et encore une pour la promotion de la culture. Et je suis très loin d’en avoir fait le tour. C’est simple, aujourd’hui je connais mieux les collectifs bondynois que les assoc’ de ma propre ville, Genève. J’ai découvert, ici, un réel besoin de se regrouper, de se retrouver, en fonction de ses intérêts ou de sa culture.

Puis il y a aussi les désillusions, au centre desquelles se trouvent les maisons de quartier. J’ai rencontré, dans un café près de la gare, un ancien animateur socio-culturel. Fans de son job, il n’en est pas moins critique: « Dans les quartiers difficiles, les maisons de quartier son souvent orpheline d’animateur. Elles recrutent souvent ».

J’apprends alors que des candidats à la fibre sociale discutable ont trouvé la parade: ils prennent le poste puis jouent du pare-feu, de la difficulté du contexte, en abusant d’une excuse facile qu’ils invoquent à tout va pour justifier leur inaction: « Oh tu sais, on ne peut pas bosser avec ces jeunes-là, ils bousillent tout ».

Mon interlocuteur est dégoûté « Ces gens, quand tu leur demande la date de leurs prochaines vacances, ils te répondent sans hésiter. Par contre quand tu leur demandent des détails sur leurs futurs projets sociaux, ils te balancent – Ouais, je te l’ai dit on est en galère avec les p’tits gars d’ici, y’a rien a en faire ». Ils se planquent plusieurs mois avec leurs excuses, bien payés parce que le coin est difficile, puis ils démissionnent et partent en vacances avec les Assedic.

Contrairement aux exemples qu’il cite, Saïd, l’ancien animateur avec lequel je discute est un pro du social: il me raconte qu’il y a quelques années, il a décidé de reprendre les rênes d’une maison de quartier réputée « difficile » et vidée de tout occupant et activité depuis un certain temps. Pour rameuter sa « clientèle », Saïd a fait du porte à porte. Le lendemain, les jeunes sont venus… Et les flics aussi! Répondant à l’appel apeuré d’un habitant du coin, guère habitué à voir des jeunes autour de la maison de quartier!

Le cas des « profiteurs de maisons de quartier » est l’exception qui confirme la règle: la plupart du temps les animateurs sont des personnes engagées, qui croient à leur métier et qui on confiance dans la jeunesse des banlieues et dans son envie de se donner les moyens de s’en sortir. Et c’est tant mieux!

Le problème, pourtant, c’est que l’exception tend à devenir la règle dans l’esprit de certaines personnes: il est fort dommage qu’une minorité de ces profiteurs nuisent à l’image des animateurs de quartier et à l’excellent boulot qu’ils font. Mais les abus existent depuis fort longtemps, comme me l’apprend mon interlocuteur, et il serait temps de prendre quelques mesures, non? Lesquelles? Très bonne question! En fait, je vais me décharger de la réponse. Facile me direz-vous… Ce serait oublier que je suis arrivée ici depuis quatre jours seulement. D’autres me diront peut-être qu’il n’y a pas de solutions, voire même de m’occuper de mes affaires. Ce serait bien triste. Une des fonctions de notre présence banlieusarde, à nous petits Suisses, est d’observer la situation, de rencontrer des gens qui ont des histoires à raconter, un besoin de parler aussi et, parfois, de savoir poser les questions qui dérangent. Une simple prise de conscience, tout comme une vexation, engendre parfois des miracles…

Rédigé par Karin Suini

Karin Suini –

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