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« Ca sent la défaite par forfait avec une petite bagarre, ou la défaite pour cause de retard ». Au volant de son monospace, Mohammed, président du Racing Club Blanqui (26 gars dans la vingtaine) est nerveux. Une fois de plus, ses gars n’étaient pas à l’heure au rendez-vous. Soyons cléments, le dernier est arrivé avec 40 minutes de retard. « Et dire que les autres sont en train de s’échauffer depuis 5 ou 10 minutes! » Radouane l’entraîneur raconte: « Une fois, nous avons été en chercher un chez lui. Il était en peignoir. Il sortait du bain! » Hier, Mohamed a dû acheter des gants pour le match: le gardien est parti avec. C’est un joueur qui va s’improviser gardien. « Ils ne s’inquiètent même pas de savoir si l’équipe est complète ou non. Pire: ils ne viennent pas à l’entraînement et veulent jouer le week-end! » regrette Mohammed. Mais apparemment, cela ne sert à rien de leur faire la morale. Mohammed – dit Mimi – a déjà tout essayé. « C’est un manque de respect. Et dire qu’ils ont tout: des maillots propres qui sentent bon, de la crème s’ils se font mal, des ballons. Mais même venir, ils ne le font pas! » 

Cet après-midi donc, le RC Blanqui joue contre Drancy. Il est 14h26 et nous sommes toujours en train de chercher le stade de Drancy. « On va être en retard grave! » « On a le temps Mimi », le calme Radouane qui reste toujours zen. On y est! Comme prévu, l’équipe adverse est déjà en train de s’échauffer. Le terrain? Un mélange de terre et de sable. Présentation des joueurs à l’arbitre, photo de l’équipe pour le blog de L’Hebdo et allez les gars! Je reste au bord du terrain, unique supportrice du RC Blanqui. Et je n’ai même pas de quoi improviser une banderole. Du côté adverse, ils sont une vingtaine. Sadio, un joueur remplaçant, me tient compagnie. « C’est déjà bien qu’on ait tous le même maillot, qu’il y ait des filets aux buts et que ce soit un arbitre officiel qui officie ». Il raconte les matchs où certains spectateurs viennent juste pour leur casser la figure. « Ce sont des règlements de compte qui n’ont rien à voir avec le football mais avec la vie dans la cité ». Sadio, qui est étudiant en fac de psychologie, travaille comme ingénieur du son (sa première formation) pour payer ses études. Des jeunes de Bondi qui ont réussi, il en connaît: « Par exemple Malik Hebbar; il joue à Reims en D2. Deux jeunes de Bondy jouent également à l’ASB, les espoirs de l’équipe de France ».

C’est la mi-temps. Le RC Blanqui perd 4 à 0. Tout le monde au vestiaire! Moi aussi. L’entraîneur rappelle les règles de base: chacun reste à sa place. « Ceux qui sont à la défense restent à la défense. Cela ne sert à rien d’aller en attaque ». Le gardien se fait tirer les oreilles: « Mohammed, tu n’as pas la hargne et les réflexes de gardien ». Je ricane. Et pour cause! « On est menés 4 à 0, ce n’est pas grave. L’objectif de la deuxième mi-temps est de se faire plaisir ». Mimi est plus sévère: « Les gars, c’est la farfouille et le bazar sur le terrain. Il récapitule les postes de chacun sur le tableau. » Le match reprend. Mimi me glisse: « Heureusement, il n’y en a plus que trois qui fument dans l’équipe ». Lorsqu’il dit « fumer » Mimi, il ne parle pas de cigarettes.

Par Sabine Pirolt

Sabine Pirolt –

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