«Nos vies sont perturbées. Nous n’arrivons plus à tenir le coup. C’est trop pénible ». Après une dizaine de jours de recherche, de doutes et de rumeurs, Diary Sow, jeune étudiante sénégalaise de 20 ans, en classe préparatoire scientifique au prestigieux lycée Louis-le-Grand à Paris, est toujours portée disparue. Depuis le 4 janvier dernier, au sein de la communauté étudiante et diaspora sénégalaises, la mobilisation est à son maximum pour retrouver leur compatriote.

Difficile de passer à côté de l’avis de disparition diffusé dans les rues de Paris et massivement partagé sur les réseaux sociaux. Depuis quelques jours, la fédération des étudiants et stagiaires sénégalais de France (Fessef), ne veut pas se résigner. C’est la raison pour laquelle ils ont décidé de lancer une offensive de communication. « Nous voulons retrouver notre sœur Diary Sow saine et sauve. Il n’est pas possible qu’en 2021, on ne puisse pas retrouver cette jeune femme », explique un membre de la fédération.

Le dimanche 10 janvier, la diaspora sénégalaise s’est organisée à la sortie du métro de Clichy pour distribuer des tracts aux passants et faire passer leur message près du lycée Louis-le-Grand et aux alentours de sa résidence étudiante, située dans le 13e arrondissement, où son badge aurait été actionné pour la dernière fois le 4 janvier dans l’après-midi, selon les services consulaire sénégalais. Des déclarations qui éloignent la piste toulousaine où l’étudiante était en vacances.

Malgré les recherches et les appels à témoins, la jeune étudiante demeure toujours introuvable et l’enquête bute sur un épais mystère. L’enquête pour « disparition inquiétante de majeur », ouverte par le Parquet de Paris et menée par la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) de la police judiciaire, tente toujours de comprendre ce qu’il est arrivé à Diary Sow. D’après les informations du Parisien, l’analyse de sa chambre universitaire laisse penser que la jeune femme pourrait avoir récupéré des affaires et effets personnels avant de partir.

Je la vois comme un exemple à suivre. 

La jeune étudiante est décrite comme « généreuse, dévouée ». « Depuis le lycée, je la vois comme un exemple à suivre. Elle est courageuse et travailleuse. Elle a toujours aidé ses camarades. C’est une bosseuse comme disait notre proviseur, elle mangeait en apprenant. Elle faisait tout pour ne pas perdre de temps », explique Abibatou* l’une de ses amies, étudiante en deuxième  année de BTS technique dans une université parisienne.

En 2020, elle publiait déjà son premier romain « Sous le visage d’un ange (éditions l’Harmattan), et était connue au niveau national pour ses deux titres de meilleure élève du Sénégal en 2018 et 2019, et de Miss Sciences obtenue en 2017.

« Lorsque nous faisions des siestes ou dormions la nuit, elle était en train de faire ses exercices. Elle est brillante et déterminée. Ça nous touche qu’on ait plus de nouvelles d’elle », confie Abibatou, qui continue ses efforts au sein du mouvement collectif et spontané de la diaspora sénégalaise pour retrouver l’étudiante.

En France toute la diaspora sénégalaise joue le jeu.

Une véritable chaîne de solidarité s’est formée, saluée par les autorités consulaires du Sénégal et les parents de la jeune étudiante. « En France toute la diaspora sénégalaise joue le jeu. Depuis nous recevons des appels venant de toutes les villes et régions de France. Travailleurs, étudiants, autorités, des franco-sénégalais, des célébrités », explique Thierno Laye Fall président de la Fessef.

Dans la permanence des étudiants de l’université Paris 8 le sujet de la disparition de Diary Sow est sur toutes les lèvres. Les étudiants viennent de décider de s’engager dans une nouvelle battue et de renvoyer de nouveaux messages sur les réseaux sociaux. Une opération de collage est aussi prévue.

Je suis inquiète. Et je me projette car je suis jeune femme comme elle. 

« Je suis inquiète. Et je me projette car je suis jeune femme  comme elle. Depuis que j’ai appris la nouvelle, je vis avec la peur au ventre. Et j’imagine bien le sentiment de culpabilité de sa mère », confie émue Khardiata Diakhaté 24 ans, cette jeune étudiante sénégalaise en BTS  management des unités marchandes.

Des milliers d’internautes ont déjà signifié leur soutien à la famille Sow, originaire de Malicounda dans la région de Mbour à 80 kilomètres de Dakar, pour retrouver leur fille. Avec, souvent, en guise d’accompagnement, un petit mot ou un commentaire de soutien avec les photos de la jeune femme.

Au-delà de la mobilisation sur les réseaux sociaux et les appels à retrouver Diary Sow, les étudiants et ressortissants sénégalais ont aussi décidé de mettre une pression médiatique agressive. Ils ont aussi pris contact avec des avocats pour accentuer le travail d’enquête.

« On est dans l’état d’urgence. Il est de notre devoir de resserrer les coudes et établir notre champs de solidarité parce qu’avant tout, C’est pourquoi nous multiplions nos chances de recherche pour la retrouver sauve et saine », argue le Président du collectif, Thierno Laye Fall.

Ces recherches seront réalisées en concertation avec le consulat du Sénégal, son établissement et la brigade de répression de la délinquance contre la personne. En attendant une bonne nouvelle, Thierno Laye Fall promet de ne pas lâcher la pression pour celle qui représentait la figure d’une grande partie de la diaspora sénégalaise. « Diary fait partie de nous. Ici, en France nous sommes et représentons sa famille. Elle est notre compatriote. Elle est notre sœur. »

Kab Niang

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