Bondy Blog : Qui imagine et comment fabrique-t-on un festival comme La Magnifique Society ?   

Guillaume Gonthier : Nous sommes une salle de concert basée à Reims labellisée par le ministère de la Culture. On a organisé jusqu’en 2013 un concert au pied de la cathédrale de Reims, dans l’hyper-centre. Aujourd’hui, notre festival, La Magnifique Society, a trois ans d’existence. On est une équipe de 25 permanents accompagnés de plus de 300 bénévoles qui nous épaulent durant les trois jours du festival.

C’est quoi, le charme de ce festival ?

GG : Après les concerts au pied de la Cathédrale de Reims, on a voulu passer à un espace plus arboré et plus grand. On a obtenu les autorisations et soutiens mais il a fallu dealer, négocier avec les élus. La Magnifique s’étale sur trois jours de 18 heures à 1 heure du matin. Pour la municipalité, c’est des hôtels qui se remplissent. Cela a joué dans la négociation. On attire des personnes de région parisienne, venues chercher un lieu moins bondé et plus à taille humaine.

Quand on est un festival rémois qui se tient à la même période que We Love Green ou Rock en Seine à Paris, comment fait-on pour se démarquer ?

GG : Déjà, on essaye de jouer un maximum sur la proximité. Sur le fait que l’espace dédié aux festivaliers soit plus aéré et vivable. Ensuite, on joue sur la localisation de notre festival avec un emplacement classé à l’Unesco, le Parc de Champagne. C’est un excellent cadre pour les festivaliers qui veulent fuir la capitale même si, du coup, on n’a pas de camping. On cherche à attirer un maximum les jeunes locaux. L’an dernier, on a plutôt bien réussi avec 24 000 festivaliers sur trois jours. C’est plutôt pas mal pour un festival qui a seulement trois ans. Cette année, on table sur 10 000 visiteurs par jour.

Côté programmation, diriez-vous que la scène de Reims est tendance ? Comment analysez-vous la situation ?

GG : On vient à La Magnifique Society pour les têtes d’affiche. Cette année, il s’agit de Roméo Elvis, Christine and the Queens, Nekfeu ou Parov Stelar. On est sur trois, quatre styles différents, divisés en trois scènes : la pop, l’électro le rap et le rock.  C’est volontaire de notre part. On veut diversifier les styles au maximum. On a aussi des partenariats avec l’institut français de Tokyo au Japon ainsi avec la Corée du Sud. Cela  nous permet de programmer des artistes nippons à Reims et inversement d’envoyer jouer des artistes là-bas. Au-delà des têtes d’affiche, on a la volonté de mettre en avant des artistes émergents et locaux.

Elle est comment, d’ailleurs, cette scène rémoise ? Elle a des messages à faire passer ?

GG : Il y a encore cinq ans, c’était difficile d’avoir des rappeurs. Ces derniers ne venaient pas car ils trouvaient que la scène était trop rock à leur goût. Le nouveau directeur culturel a voulu changer cela en programmant davantage de rap. Pour convaincre les rappeurs, il a décidé d’accompagner davantage les artistes et notamment les rappeurs locaux en proposant  par exemple des tarifs de studios accessibles. Des répétitions en studio à 5 euros de l’heure. On organise également des open-mics et des concerts gratuits. On donne l’opportunité de se produire aux artistes émergents « les plus méritants ». On essaye de conseiller ces artistes. Quand on revient quelques années en arrière, on se rend compte qu’avant les rappeurs se faisaient des guéguerres. Aujourd’hui, ils se refilent les pistons, ils s’entraident.

L’enjeu, c’est dès lors de connecter ce que vous faites avec les classes et les quartiers les plus populaires ?

GG : On travaille difficilement avec les maisons de quartier, d’abord par manque de moyens. Mais aussi parce qu’on arrive pas à avoir des bons interlocuteurs. Par exemple samedi dernier, dans une des cités de Reims, la  maison de quartier nous a demandés… de leur amener des jeunes rappeurs du quartier. C’était le comble pour nous.  On a donc une maison de quartier qui ne connaît même pas les rappeurs locaux. Dans ces conditions, c’est assez difficile de mener un travail fin et de terrain avec eux. Ce qu’on propose concrètement, c’est par exemple des scènes gratuites. On intervient également auprès de mineurs dans les maisons d’arrêt, on y organise des ateliers où on sensibilise à la musique.

Propos recueillis par Mohamed ERRAMI (avec Eugénie COSTA)

Crédit photo : La Magnifique Society

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